Ces initiatives qui changent le monde

L'abeille sauvage, animal domestique écoresponsable

Suisse
Céline GARCIN | La Tribune de Genève
16/06/2018

Des abeilles sauvages comme animal domestique. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est ce que proposent deux biologistes zurichois, Tom Strobl et Claudio Sedivy. Avec une touche environnementale à la clé : contribuer à la multiplication de ces pollinisateurs naturels qui sont en voie d’extinction.


En 2011, un rapport de l’ONU tire la sonnette d’alarme : le nombre d’abeilles est en chute libre dans le monde. L’organisme explique ce phénomène par la diminution des plantes à fleurs, l’utilisation de pesticides ou encore la pollution atmosphérique. L’enjeu est de taille : sans ces pollinisateurs naturels, un tiers de notre alimentation risque de disparaître. Sur les cent espèces végétales qui fournissent 90 % de la nourriture dans le monde, plus de 70 % dépendent des abeilles pour leur pollinisation.
Alors que les documentaires et les articles alarmants se multiplient, le compte à rebours semble, lui, bien enclenché. L’hécatombe de ces insectes vitaux est-elle inéluctable ? Peut-on agir au niveau individuel pour inverser la tendance ? Si bannir les pesticides au niveau mondial semble hors de portée du citoyen lambda, la start-up zurichoise Wildbiene + Partner, fondée par Strobl et Sedivy en 2013, propose un geste simple et accessible à tous pour contribuer à la survie des abeilles : l’installation d’un nichoir à maçonnes sur son balcon ou dans son jardin. En investissant dans un nichoir, les futurs éleveurs offrent à ces insectes un lieu où se reproduire.



Contrairement aux abeilles mellifères, les maçonnes ne possèdent pas de reine et ne piquent pas. Elles ne produisent pas de miel non plus. La présence de ces insectes au corps ambré et velu constitue ainsi une compagnie plutôt sympathique dans un jardin ou sur un balcon en ville où elles apprécient la diversité des plantes. Leur efficacité est en outre redoutable : « Une abeille sauvage pollinise autant que 300 abeilles à miel », souligne Strobl. Mais les maçonnes ne butinent pas toutes les fleurs avec la même ferveur. Leur mets de prédilection : les arbres fruitiers. Cela comprend également les fraisiers, les framboisiers et les mûriers.

Cinq ans après le lancement de la start-up, le concept a déjà séduit quelque 30 000 particuliers et 300 agriculteurs en Suisse. Et le nombre d’adeptes ne cesse de croître. Depuis cette année, des maisonnettes peuvent également être livrées en France. Pour devenir éleveur, il suffit de commander le matériel sur le site web de la start-up afin de recevoir un nichoir habité de 25 maçonnes indigènes.


Observer la vie des « maçonnes »
La start-up alémanique propose deux modèles de nichoirs différents : un destiné aux particuliers, l’autre aux professionnels. Le premier consiste en une maisonnette d’environ 20 cm de côté composée d’une centaine de tubes de nidification et coûte 120 francs suisses (100 euros) ; le second, d’une structure similaire mais huit fois plus grande, coûte 200 francs suisses (167 euros) par an. Strobl et Sedivy recommandent cependant aux producteurs de multiplier les habitats pour assurer une pollinisation optimale des végétaux. « Nous leur conseillons d’installer entre deux et quatre nichoirs par hectare, selon les plantations », précise Strobl.

Pour favoriser la multiplication des abeilles sauvages en Suisse, et donc lutter contre leur extinction, Wildbiene + Partner recommande à tous les propriétaires de ruches de leur renvoyer chaque automne la partie intérieure de la structure. À cette époque-là de l’année, les tubes de nidification abritent entre six et douze nouveaux cocons. Les œufs recueillis par les biologistes sont alors utilisés pour fabriquer de nouveaux stocks et multiplier les nichoirs. Selon eux, chaque maisonnette permet en moyenne de donner naissance à plus d’une centaine de nouvelles abeilles par an.
En échange, les biologistes vérifient que les ruches renvoyées n’abritent pas de parasites. « Comme il ne s’agit pas d’un habitat naturel, les risques d’en trouver sont plus élevés », explique Strobl. Ils tiennent également des statistiques pour chaque ruche. N’importe quel éleveur peut ainsi savoir à combien d’abeilles il a donné naissance depuis l’installation de sa maisonnette.

Au-delà de la pollinisation, les deux Zurichois cherchent à sensibiliser la population à la vie des abeilles. Pour un montant légèrement plus élevé, les particuliers peuvent opter pour un nichoir doté d’un « tiroir d’observation ». Les curieux ont ainsi la possibilité d’étudier à tout moment les différents stades de l’évolution de l’insecte, de l’œuf au cocon. Car si les « maçonnes » virevoltent entre les mois de mars et juin, à partir de juillet, l’essentiel de leur activité se déroule à l’intérieur de la structure.




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L'abeille sauvage, animal domestique écoresponsable

Suisse
Céline GARCIN | La Tribune de Genève
16/06/2018

Des abeilles sauvages comme animal domestique. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est ce que proposent deux biologistes zurichois, Tom Strobl et Claudio Sedivy. Avec une touche environnementale à la clé : contribuer à la multiplication de ces pollinisateurs naturels qui sont en voie d’extinction.


En 2011, un rapport de l’ONU tire la sonnette d’alarme : le nombre d’abeilles est en chute libre dans le monde. L’organisme explique ce phénomène par la diminution des plantes à fleurs, l’utilisation de pesticides ou encore la pollution atmosphérique. L’enjeu est de taille : sans ces pollinisateurs naturels, un tiers de notre alimentation risque de disparaître. Sur les cent espèces végétales qui fournissent 90 % de la nourriture dans le monde, plus de 70 % dépendent des abeilles pour leur pollinisation.
Alors que les documentaires et les articles alarmants se multiplient, le compte à rebours semble, lui, bien enclenché. L’hécatombe de ces insectes vitaux est-elle inéluctable ? Peut-on agir au niveau individuel pour inverser la tendance ? Si bannir les pesticides au niveau mondial semble hors de portée du citoyen lambda, la start-up zurichoise Wildbiene + Partner, fondée par Strobl et Sedivy en 2013, propose un geste simple et accessible à tous pour contribuer à la survie des abeilles : l’installation d’un nichoir à maçonnes sur son balcon ou dans son jardin. En investissant dans un nichoir, les futurs éleveurs offrent à ces insectes un lieu où se reproduire.



Contrairement aux abeilles mellifères, les maçonnes ne possèdent pas de reine et ne piquent pas. Elles ne produisent pas de miel non plus. La présence de ces insectes au corps ambré et velu constitue ainsi une compagnie plutôt sympathique dans un jardin ou sur un balcon en ville où elles apprécient la diversité des plantes. Leur efficacité est en outre redoutable : « Une abeille sauvage pollinise autant que 300 abeilles à miel », souligne Strobl. Mais les maçonnes ne butinent pas toutes les fleurs avec la même ferveur. Leur mets de prédilection : les arbres fruitiers. Cela comprend également les fraisiers, les framboisiers et les mûriers.

Cinq ans après le lancement de la start-up, le concept a déjà séduit quelque 30 000 particuliers et 300 agriculteurs en Suisse. Et le nombre d’adeptes ne cesse de croître. Depuis cette année, des maisonnettes peuvent également être livrées en France. Pour devenir éleveur, il suffit de commander le matériel sur le site web de la start-up afin de recevoir un nichoir habité de 25 maçonnes indigènes.


Observer la vie des « maçonnes »
La start-up alémanique propose deux modèles de nichoirs différents : un destiné aux particuliers, l’autre aux professionnels. Le premier consiste en une maisonnette d’environ 20 cm de côté composée d’une centaine de tubes de nidification et coûte 120 francs suisses (100 euros) ; le second, d’une structure similaire mais huit fois plus grande, coûte 200 francs suisses (167 euros) par an. Strobl et Sedivy recommandent cependant aux producteurs de multiplier les habitats pour assurer une pollinisation optimale des végétaux. « Nous leur conseillons d’installer entre deux et quatre nichoirs par hectare, selon les plantations », précise Strobl.

Pour favoriser la multiplication des abeilles sauvages en Suisse, et donc lutter contre leur extinction, Wildbiene + Partner recommande à tous les propriétaires de ruches de leur renvoyer chaque automne la partie intérieure de la structure. À cette époque-là de l’année, les tubes de nidification abritent entre six et douze nouveaux cocons. Les œufs recueillis par les biologistes sont alors utilisés pour fabriquer de nouveaux stocks et multiplier les nichoirs. Selon eux, chaque maisonnette permet en moyenne de donner naissance à plus d’une centaine de nouvelles abeilles par an.
En échange, les biologistes vérifient que les ruches renvoyées n’abritent pas de parasites. « Comme il ne s’agit pas d’un habitat naturel, les risques d’en trouver sont plus élevés », explique Strobl. Ils tiennent également des statistiques pour chaque ruche. N’importe quel éleveur peut ainsi savoir à combien d’abeilles il a donné naissance depuis l’installation de sa maisonnette.

Au-delà de la pollinisation, les deux Zurichois cherchent à sensibiliser la population à la vie des abeilles. Pour un montant légèrement plus élevé, les particuliers peuvent opter pour un nichoir doté d’un « tiroir d’observation ». Les curieux ont ainsi la possibilité d’étudier à tout moment les différents stades de l’évolution de l’insecte, de l’œuf au cocon. Car si les « maçonnes » virevoltent entre les mois de mars et juin, à partir de juillet, l’essentiel de leur activité se déroule à l’intérieur de la structure.




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