Ces initiatives qui changent le monde

Live Love Recycle, une solution « 100 % sociale » à la crise des déchets à Beyrouth

Liban
16/06/2018

Sur sa mobylette électrique, casque, genouillères et coudières en place, son gilet jaune de sécurité réfléchissant les éclaircies d’une après-midi pluvieuse, Ibrahim se fraie un chemin dans le chaos de la circulation beyrouthine, au Liban. Si le jeune homme a la dégaine du livreur, il ne livre rien, mais collecte plutôt. Ibrahim fait partie des 400 collecteurs du projet Live Love Recycle, qui offre aux habitants de Beyrouth un service, à la demande et gratuit, de ramassage des déchets recyclables.
L’initiative Live Love Recycle est plus que bienvenue dans la capitale libanaise, où les déchets en tout genre sont jetés sans distinction dans un même sac en plastique. Ce sac finira soit au sommet d’une des décharges côtières du pays, et à terme probablement dans la Méditerranée, soit brûlé dans la rue. Jusqu’à aujourd’hui, l’État libanais a échoué à mettre en place un système de gestion des déchets efficace et respectueux de l’environnement, de la santé des citoyens et de leur bien-être.


Fort heureusement, la résignation est loin d’être l’apanage de toute la population libanaise. La crise des déchets dans le pays en 2015 – qui n’avait abouti, au bout de huit mois et après des manifestations massives, qu’à l’accouchement d’un plan temporaire introduit par le gouvernement – a servi de catalyseur à plusieurs projets alternatifs. C’est à ce moment-là que Georges Bitar, alors membre de l’ONG Live Love Lebanon engagée dans la défense de la nature, des communautés et de la culture libanaises, a eu l’idée de créer Live Love Recycle. « En 2015, des milliers de gens ont manifesté contre la crise des déchets, se souvient le Libanais d’une trentaine d’années. C’était une réaction tout à fait compréhensible, mais à Live Love, on n’aime pas se plaindre, on préfère agir, c’est dans notre sang. »



À la recherche d’un financement pour son projet, il entre en contact avec l’ONG française Acted (Agence d’aide à la coopération technique et au développement), qui deviendra partenaire, et avec le Programme d’aide alimentaire des Nations unies, qui apporte financement et soutien.
Depuis le 9 avril, après des mois de « paperasse », de recrutement et de formation des collecteurs, le service est opérationnel pour les habitants de Beyrouth. Pour y avoir accès, il faut télécharger l’application créée à cet effet. Ensuite, il suffit de deux clics pour qu’une mobylette électrique arrive, dans la demi-heure qui suit, à la porte du demandeur et le débarrasse de ses déchets recyclables (papier, carton, plastique, métal et canettes).
« J’avais pris l’habitude de trier mes déchets, mais il fallait que je les dépose moi-même au centre de recyclage. Alors j’étais moins engagée. Maintenant que j’utilise Live Love Recycle, je fais de nouveau bien attention au tri », explique Zeinab Ajami, qui a déjà fait appel plusieurs fois à ce service.


Offrir des opportunités d'emploi

Les déchets collectés sont ensuite envoyés à une autre ONG libanaise, arcenciel, qui se charge du recyclage. « Ce que j’aime le plus dans ce travail, c’est qu’on contribue à protéger l’environnement », affirme, un sourire aux lèvres, Ibrahim, un des collecteurs.
Comme lui, les 400 employés en charge du ramassage sont d’origine syrienne. Et certains vont jusqu’à faire des heures supplémentaires non rémunérées. Il faut dire que l’ambiance qui règne dans le dépôt, où se situe le centre de commande et sont entreposés plus de 50 mobylettes et quatre tuk-tuks électriques, est familiale et bon enfant.


À midi, les ramasseurs reçoivent un repas chaud, préparé par une vingtaine de femmes formées et recrutées par le projet. Par groupes de six ou sept, elles se retrouvent tous les matins chez l’une d’entre elles pour cuisiner plus de 80 plateaux-repas. Pour Mirna Toutayo, mère au foyer de trois adolescents et cuisinière pour Live Love Recycle, ce salaire « aide beaucoup à couvrir toutes les dépenses familiales ».
« Offrir des centaines d’opportunités d’emploi à des femmes et des gens de milieux défavorisés fait de Live Love Recycle un projet 100 % social », assure Bitar, qui entend bien avancer dans cette voie sociale.


S’il a une foule d’idées, le jeune homme est conscient que le développement de son projet doit se faire petit à petit. Il veut commencer, en coopération avec la municipalité de Beyrouth, par installer une douzaine de bennes aux couleurs du projet dans la capitale. « Avec ces bennes, les temps de trajet seront diminués et la cadence du ramassage pourra être augmentée, jusqu’à atteindre 20 000 sacs par jour », affirme-t-il.
Aujourd’hui, Bitar se veut résolument optimiste. « L’idéal serait que l’initiative soit reprise par les autorités », assure-t-il. Hadi Mahdi, responsable des opérations au sein de l’organisation, renchérit : « Quand un projet est bon, il y a toujours moyen d’assurer son avenir. »

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Merci.

 

de san mark

Belle initiative et combien utile. Quand j'ai une batterie déchargée cela me fait mal de la jeter à la poubelle, idem pour le papier, le plastique. Alors, lorsque le journal édite un tel article d'utilité publique, s'il-vous-plaît, donner en fin d'article des coordonnées de contact ce qui réduit le temps de recherche et augmente les chances de croître de cette brillante initiative.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BONNE IDEE. BONNE INTENTION. ENCORE FAUT-IL QUE LES MENAGES FASSENT LE TRI DANS DEUX DIFFERENTS SACS !

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Live Love Recycle, une solution « 100 % sociale » à la crise des déchets à Beyrouth - Claire GRANDCHAMPS - L'Orient-Le Jour

Ces initiatives qui changent le monde

Live Love Recycle, une solution « 100 % sociale » à la crise des déchets à Beyrouth

Liban
16/06/2018

Sur sa mobylette électrique, casque, genouillères et coudières en place, son gilet jaune de sécurité réfléchissant les éclaircies d’une après-midi pluvieuse, Ibrahim se fraie un chemin dans le chaos de la circulation beyrouthine, au Liban. Si le jeune homme a la dégaine du livreur, il ne livre rien, mais collecte plutôt. Ibrahim fait partie des 400 collecteurs du projet Live Love Recycle, qui offre aux habitants de Beyrouth un service, à la demande et gratuit, de ramassage des déchets recyclables.
L’initiative Live Love Recycle est plus que bienvenue dans la capitale libanaise, où les déchets en tout genre sont jetés sans distinction dans un même sac en plastique. Ce sac finira soit au sommet d’une des décharges côtières du pays, et à terme probablement dans la Méditerranée, soit brûlé dans la rue. Jusqu’à aujourd’hui, l’État libanais a échoué à mettre en place un système de gestion des déchets efficace et respectueux de l’environnement, de la santé des citoyens et de leur bien-être.


Fort heureusement, la résignation est loin d’être l’apanage de toute la population libanaise. La crise des déchets dans le pays en 2015 – qui n’avait abouti, au bout de huit mois et après des manifestations massives, qu’à l’accouchement d’un plan temporaire introduit par le gouvernement – a servi de catalyseur à plusieurs projets alternatifs. C’est à ce moment-là que Georges Bitar, alors membre de l’ONG Live Love Lebanon engagée dans la défense de la nature, des communautés et de la culture libanaises, a eu l’idée de créer Live Love Recycle. « En 2015, des milliers de gens ont manifesté contre la crise des déchets, se souvient le Libanais d’une trentaine d’années. C’était une réaction tout à fait compréhensible, mais à Live Love, on n’aime pas se plaindre, on préfère agir, c’est dans notre sang. »



À la recherche d’un financement pour son projet, il entre en contact avec l’ONG française Acted (Agence d’aide à la coopération technique et au développement), qui deviendra partenaire, et avec le Programme d’aide alimentaire des Nations unies, qui apporte financement et soutien.
Depuis le 9 avril, après des mois de « paperasse », de recrutement et de formation des collecteurs, le service est opérationnel pour les habitants de Beyrouth. Pour y avoir accès, il faut télécharger l’application créée à cet effet. Ensuite, il suffit de deux clics pour qu’une mobylette électrique arrive, dans la demi-heure qui suit, à la porte du demandeur et le débarrasse de ses déchets recyclables (papier, carton, plastique, métal et canettes).
« J’avais pris l’habitude de trier mes déchets, mais il fallait que je les dépose moi-même au centre de recyclage. Alors j’étais moins engagée. Maintenant que j’utilise Live Love Recycle, je fais de nouveau bien attention au tri », explique Zeinab Ajami, qui a déjà fait appel plusieurs fois à ce service.


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Les déchets collectés sont ensuite envoyés à une autre ONG libanaise, arcenciel, qui se charge du recyclage. « Ce que j’aime le plus dans ce travail, c’est qu’on contribue à protéger l’environnement », affirme, un sourire aux lèvres, Ibrahim, un des collecteurs.
Comme lui, les 400 employés en charge du ramassage sont d’origine syrienne. Et certains vont jusqu’à faire des heures supplémentaires non rémunérées. Il faut dire que l’ambiance qui règne dans le dépôt, où se situe le centre de commande et sont entreposés plus de 50 mobylettes et quatre tuk-tuks électriques, est familiale et bon enfant.


À midi, les ramasseurs reçoivent un repas chaud, préparé par une vingtaine de femmes formées et recrutées par le projet. Par groupes de six ou sept, elles se retrouvent tous les matins chez l’une d’entre elles pour cuisiner plus de 80 plateaux-repas. Pour Mirna Toutayo, mère au foyer de trois adolescents et cuisinière pour Live Love Recycle, ce salaire « aide beaucoup à couvrir toutes les dépenses familiales ».
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Aujourd’hui, Bitar se veut résolument optimiste. « L’idéal serait que l’initiative soit reprise par les autorités », assure-t-il. Hadi Mahdi, responsable des opérations au sein de l’organisation, renchérit : « Quand un projet est bon, il y a toujours moyen d’assurer son avenir. »

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