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Liban

FL-Futur : Hariri paye-t-il le prix du compromis présidentiel ?

Partis

Lors de l’entretien tenu mardi à la Maison du centre, Samir Geagea et le Premier ministre « ont tourné la page de leurs différends ».

Yara ABI AKL | OLJ
17/05/2018

C’est une importante réunion qui a eu lieu mardi soir entre le Premier ministre Saad Hariri et le leader des Forces libanaises (FL) Samir Geagea, à la Maison du centre. 

La rencontre entre les deux hommes constitue leur premier entretien depuis la démission surprise de M. Hariri, annoncée le 4 novembre 2017 depuis Riyad. Cet événement avait profondément secoué les rapports entre Meerab et la Maison du centre. Pour rappel, peu après la démission du chef du gouvernement, certains médias proches du 8 Mars avaient mené campagne contre le chef des FL, l’accusant d’avoir exercé des pressions sur les autorités saoudiennes pour mener Saad Hariri à la démission. Des accusations auxquelles le courant du Futur « n’a pas réagi », selon plusieurs responsables et cadres FL, d’où la perturbation des rapports entre les deux alliés traditionnels et les efforts déployés par les ministres de l’Information Melhem Riachi (FL) et de la Culture Ghattas Khoury (Futur) pour les ramener à la normale. 

Outre la « normalisation » des rapports entre les FL et le Futur, c’est surtout le timing de l’entretien qui est important à plusieurs niveaux. D’autant que la rencontre est intervenue moins d’une dizaine de jours après les élections législatives marquées par une « victoire » FL, dans la mesure où le parti de M. Geagea a réussi à doubler les effectifs de son groupe parlementaire, qui est passé de huit à 16 dans la nouvelle Chambre. En revanche, le parti haririen a perdu le tiers de ses députés, comme l’avait ouvertement déclaré le Premier ministre au lendemain du scrutin. 


(Lire aussi : Concertations de haut niveau avant l’expiration du mandat de la Chambre)


À cela, s’ajoute le fait que les FL et le Futur sont parvenus à contourner leurs différends politiques (notamment au sujet de la démission du Premier ministre et des navires centrales) pour se présenter côte à côte dans les circonscriptions de Akkar, de Chouf-Aley et de Baabda. 

Mais, surtout, la rencontre entre les deux leaders est importante dans la mesure où elle coïncide avec une série de mesures partisanes prises par Saad Hariri au sein de sa formation et qui seraient liées aux résultats de la consultation populaire du 6 mai. Il s’agit, notamment, de la démission surprise de Nader Hariri, directeur du cabinet du Premier ministre. Mais aussi du limogeage de plusieurs cadres du parti. Même si Moustapha Allouche, membre du bureau politique du Futur, a tenu dans un entretien accordé à l’agence al-Markaziya à établir une nette séparation entre les mesures édictées par le chef du parti et la rencontre Hariri-Geagea, insistant sur le caractère « interne » des décisions haririennes. 

Cela fait dire à un analyste politique interrogé par L’Orient-Le Jour que « Saad Hariri paie le prix du compromis politique qu’il a conclu avec Michel Aoun en 2016, lui ouvrant ainsi la voie du palais de Baabda. » Expliquant son constat, cet analyste se fie aux chiffres. Selon lui, « ceux-ci imposent une reddition des comptes. D’autant que parmi tous les protagonistes qui ont adhéré au compromis d’octobre 2016, seul Saad Hariri a vu l’effectif de son bloc parlementaire tomber de 32 à 21 députés, ce qui signifie qu’il a enregistré des pertes populaires ». « Le Premier ministre a donc besoin d’alliés », dit-il, soulignant que la nouvelle loi électorale explique, elle aussi, en grande partie les résultats du scrutin. 

L’analyste ne manque pas d’aller encore plus loin. « Les chiffres des élections ont également une portée régionale. D’autant qu’ils pourraient être interprétés dans certains milieux diplomatiques comme largement favorables au Hezbollah, contrairement aux attentes de Saad Hariri, souligne-t-il, avant d’estimer que cela prouve que la loi électorale fait partie intégrante de l’entente conclue entre Michel Aoun et le chef de gouvernement peu avant l’échéance présidentielle. » Saad Hariri a donc besoin d’alliés comme Samir Geagea qui tente, lui, de récupérer une partie de la rue chrétienne (qui l’a abandonné après l’accord de Meerab conclu avec le CPL en 2016), explique encore l’analyste. Il s’empresse, toutefois, de préciser qu’il est encore tôt de parler d’une renaissance du 14 Mars. 



Tourner définitivement la page

De même, et en dépit de toutes les interprétations politiques données à la réunion de mardi, les milieux des deux partis la réduisent à sa dimension strictement locale, dans la mesure où le scrutin du 6 mai a donné le coup d’envoi à une nouvelle phase de la vie politique, qui suppose de nouveaux rapports interpartisans. 

C’est le point de vue qu’expose à L’OLJ Ghattas Khoury, conseiller politique de M. Hariri. « Le dernier entretien entre le leader des FL et le Premier ministre était nécessaire pour renouer les liens entre les deux partis », déclare-t-il, insistant sur « l’importance de rouvrir un dialogue sérieux avec Meerab ». 

M. Khoury a, par ailleurs, fait savoir que le leader du Futur et celui des FL ont profité de leur entretien pour évoquer la question de l’élection du chef du législatif et du vice-président de la Chambre, mais aussi celle de la formation du prochain cabinet. 

De même, un cadre FL contacté par L’OLJ insiste sur le fait que les législatives ont donné lieu à une nouvelle réalité politique. « Le Futur et les FL ont donc tourné définitivement la page de leurs désaccords dans la phase précédente. Ceux-ci n’ont d’ailleurs pas été évoqués lors de la réunion », assure ce proche de M. Geagea, qui souligne que le chef des FL a saisi l’occasion pour insister sur l’importance de maintenir la stabilité du pays, remédier aux lacunes qui ont entaché les relations entre Meerab et la Maison du centre et plancher sur les questions chroniques liées au quotidien des Libanais.



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RE-MARK-ABLE

Ça va donc à merveille pour eux ! Lol....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL PAIE LE PRIX POUR SON RETOURNEMENT DE VESTE APRES SA JUSTE DEMISSION !

Yves Prevost

Il paie le prix de sa politique de laxisme vis-à-vis du Hezbollah depuis son retour de Saoudie.

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