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Culture

Tania Kassis : Je rêve de voir réunis l’étoile, la croix et le croissant

Entretien

Elle commence à chanter à 15 ans, et se produit pour la première fois sur scène à 16 ans. À 35 ans, s’étant forgé une réputation à la mesure de son talent, elle revient sur son parcours
musical à l’occasion du lancement de son opus « Jérusalem/Ya Quds », en cette semaine qui commémore, dans le sang, les 70 ans de la Nakba.

16/05/2018

Parlez-nous de votre nouvelle chanson intitulée « Jérusalem/Ya Quds » ?
La chanson illustre un peu mon parcours musical. J’ai composé la première version en 2001. Cette année-là, beaucoup d’enfants palestiniens meurent dans un Jérusalem meurtri par les conflits. C’est aussi l’année qui correspond au premier événement musical de ma carrière. J’avais été sélectionnée pour représenter le Liban aux Jeux de la francophonie à Ottawa, au Canada, qui se déroulent tous les quatre ans dans un pays francophone. Mon père en a écrit le texte en français et je l’ai mis en musique. À l’époque, elle s’appelait Peuple de Jérusalem. Une ode à cette ville que je rêve comme un symbole de paix, de vie commune, de dialogue des religions et où je rêve de voir enfin réunis dans un même emblème, l’étoile, la croix et le croissant... Même si la presse a salué mon courage de parler de cette ville alors que mon pays est en guerre avec Israël, j’ai perdu la compétition. Cela a été une grande frustration. Après maintes recherches, j’ai compris que l’une des raisons de mon échec, sans être la principale, était la probable répercussion politique et médiatique de mon texte. 

En 2007, je donne mon premier grand concert à l’Unesco. Je ressors cette chanson. Je change les paroles, toujours en français, et je l’intitule Peuple de la terre entière. Cette chanson est devenue un hymne pour la paix. 

« Jérusalem » (« Ya Quds ») a été écrite en plusieurs langues. Pourquoi ?
En 2010, je décide d’inclure Jérusalem dans un nouvel album même si le style rock de ce dernier n’est pas habituellement le mien. Comme je souhaite écrire un album tourné vers l’international, je réécris Jérusalem en anglais, en prenant en compte la situation dans cette ville en 2010, avec la démolition des maisons des Palestiniens. J’ai gardé l’idée principale, Jérusalem comme symbole des trois religions, en soulignant ce qu’elles ont en commun. 

En 2012, je retourne à Paris pour des rendez-vous professionnels. Lors d’une rencontre avec le directeur de l’Olympia, la première chose que l’homme de religion juive me dit : « J’ai adoré votre chanson Jérusalem. » Mon message de paix est passé. Depuis, la chanson est beaucoup écoutée sur YouTube. Même par des personnes qui ne sont pas proches de mon style musical. Elle a son succès. 

De nombreuses personnes en ont réclamé une en version arabe. J’ai donc composé une adaptation en arabe littéraire évoluant avec la situation d’aujourd’hui à Jérusalem. Je ne voulais pas faire une traduction de ce que j’avais écrit auparavant. Le message de dialogue, de vivre ensemble est toujours présent. C’est la première fois que j’enregistre avec autant de facilité, non pas que le sujet soit facile. J’ai laissé sortir mes émotions, tout ce que je ressens.

Que représente cette ville pour vous ?
Pour moi, Jérusalem n’appartient à personne. C’est la ville de la paix, c’est la ville des religions, des trois religions monothéistes. Évidemment, c’est la ville des Palestiniens, ils ont le droit d’y vivre. On ne peut pas dire, comme Donald Trump l’a fait, que c’est la capitale d’Israël. C’est aussi un endroit où nous, Libanais, ne pouvons pas aller car nous sommes en guerre avec Israël. Dire cela, c’est mettre les gens devant le fait accompli et cela n’aide pas au dialogue.

Où avez-vous tourné le clip ?
C’était notre grand point d’interrogation. Ne pouvant évidemment pas aller à Jérusalem, nous avons trouvé, dans la montagne libanaise, un lieu de tournage qui ressemble à ce qui est dans mon cœur. C’est donc dans cette vieille maison criblée de balles, portant les stigmates du passé, que le clip a été filmé. Il faisait très froid ce jour-là, la neige qui tombait a ajouté une atmosphère surréelle… En faisant des recherches, j’ai trouvé des images magnifiques de Jérusalem. Elles ont été ajoutées au clip, de même que les symboles des trois religions monothéistes : l’église du Saint-Sépulcre, le mur des Lamentations et la mosquée al-Aqsa. Ya Quds est née.

Quel public ciblez-vous ?
On pourrait croire que je m’adresse à une certaine tranche d’âge, celle des 40 ans et plus. Mais si l’on veut vraiment faire bouger les choses, ce sont les jeunes qu’il faut cibler. Ils ont encore de l’espoir. C’est pour cela que j’ai fondé, en 2013, l’association One Lebanon, dont le but est d’organiser des événements culturels et sportifs pour sensibiliser les jeunes au vivre ensemble. Un peu dans le même esprit que les « Enfoirés » en France, avec un concert annuel qui rassemble plus de 10 000 personnes. On chante le Liban, on chante la paix, l’unité. J’ai remarqué que la musique donne une part d’humanité…

De quelle façon votre art contribue-t-il à la paix ?
Je crois profondément qu’attaquer ne sert pas à résoudre des problèmes. Nous pouvons toujours transmettre un message d’une façon beaucoup plus diplomate. Par un échange, une discussion, et la personne en face a envie d’entendre ce que j’ai à dire. C’est de cette manière que j’ai bâti toute ma carrière. J’essaye de toucher les gens. Je parle de ce que je ressens, sans slogan.

Vous avez commencé votre carrière comme soprano. Aujourd’hui, comment définiriez-vous votre style musical ?
Je ne veux pas qu’on me catégorise comme une chanteuse d’église. Je dirais que ma catégorie, c’est « musique du monde ». Cela inclut des chansons engagées et non engagées. Disons que je fais une musique éclectique.

Quelle est votre source d’inspiration ?
Sans hésiter, les gens. D’ailleurs, tout ce que j’ai écrit a été basé sur ce que j’ai vécu ou sur ce que les autres ont vécu. J’ai l’impression d’être plus jeune que quand j’avais 20 ans. À 20 ans, j’étais étriquée au conservatoire. Aujourd’hui, je fais ce que j’aime, je suis avec des jeunes… et leurs mamans.

Comment imaginez-vous votre futur ?
Il m’est très difficile de planifier. Je laisse faire les choses. Je suis en train de composer des chansons sur des thèmes très variés. Je pensais sortir un album cet été, mais j’ai été retardée par Jérusalem. Ce sera pour après, sans doute pour le début de l’automne. Je prépare une grande célébration cette année pour marquer la 75e commémoration de la fête d’Indépendance libanaise. Pour l’occasion, nous produisons un concert de One Lebanon. En parlant de concert, il y aura peut-être une bonne nouvelle bientôt...


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