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Moyen Orient et Monde

Rohani s’en remet à l’Europe et aux autres signataires de l’accord sur le nucléaire

Crise diplomatique

L’Iran va chercher à savoir si le deal reste viable pour lui après la sortie des États-Unis.

09/05/2018

L’Iran avait annoncé, ces derniers mois, s’être préparé à tous les scénarios possibles en cas de sortie des États-Unis de l’accord sur le nucléaire de 2015 (ou JCPOA, Joint Comprehensive Plan of Action), en soufflant le chaud et le froid. Le président américain Donald Trump a décidé hier, sans grande surprise, de sortir son pays de ce deal ratifié à Vienne entre les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Allemagne et l’Iran, en réimposant des sanctions à l’encontre de Téhéran « avec le niveau le plus élevé possible ». Le locataire de la Maison-Blanche a martelé a de nombreuses reprises son envie de retirer les États-Unis de cet accord, tant durant sa campagne présidentielle que depuis son accession au fauteuil de président. C’est maintenant chose faite. Reste à savoir quelle sera la réaction iranienne maintenant que M. Trump a concrétisé ses menaces.


Ce sont des efforts diplomatiques intenses qui attendent l’Iran et les autres parties prenantes de l’accord favorables à son maintien. Des efforts qui permettraient à la République islamique d’y rester. « En soi une sortie des États-Unis ne tue pas l’accord et ne le fait pas disparaître. Il continue d’exister tant que l’Iran y reste et que les autres parties prenantes continuent d’en respecter les termes », affirme à L’Orient-Le Jour François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005.


Ayant suivi le discours de Donald Trump avec attention, le président iranien Hassan Rohani a, dans un ton relativement calme, pris la décision de maintenir son pays dans le JCPOA, après avoir vertement critiqué les positions américaines, notamment dans la région, mais aussi concernant leur engagement par rapport au droit international. La télévision nationale iranienne avait parlé un peu plus tôt à propos de l’annonce faite par Donald Trump d’une décision « illégale, illégitime, qui sape les accords internationaux » .


(Lire aussi : Derrière l'accord nucléaire, l'influence de l'Iran en question)



 « À partir de cet instant, l’accord nucléaire est entre l’Iran et cinq pays (Chine, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) », a également affirmé M. Rohani à la télévision d’État. « J’ai ordonné au ministère des Affaires étrangères de mener pendant les quelques semaines à venir avec les pays européens et les deux autres grands pays, la Chine et la Russie, des négociations » , a-t-il dit. « Si à la fin de cette courte période, nous arrivons à cette conclusion qu’avec la coopération de ces cinq pays, les intérêts du peuple iranien sont assurés malgré les États-Unis et le régime sioniste [...], l’accord nucléaire restera en vigueur et nous pourrons agir pour l’intérêt de la paix et la sécurité de la région et du monde. Mais si nos intérêts ne sont pas assurés, je parlerai au peuple et l’informerai des décisions prises par le pouvoir », a-t-il poursuivi.


 « En réponse aux violations persistantes des États-Unis et au retrait illégal de l’accord nucléaire, comme l’a demandé le président Rohani, je ferai un effort diplomatique pour examiner si les participants au JCPOA restants peuvent en assurer tous les avantages pour l’Iran. Le résultat déterminera notre réponse », a réagi sur Twitter le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. L’Iran est donc toujours présent dans cet accord qui a vocation à faire de lui un partenaire fiable sur la scène internationale. Mais la République islamique ne se laissera néanmoins pas faire et a tenu à faire connaître sa position si les négociations devaient mal tourner.



L’Iran en quête de résultats
Depuis plusieurs semaines, la République islamique a joué au jeu des avertissements avec Washington. Récemment, alors en attente de la décision de M. Trump, conservateurs et modérés ont soufflé le chaud et le froid. Le conseiller du guide Ali Khamenei, Ali Akbar Velayati, avait prévenu que l’Iran n’hésiterait pas « à quitter l’accord si les États-Unis en sortaient ». Cette menace a été néanmoins contrebalancée quelques heures plus tard par M. Rohani, qui a répété son désir de rester dans l’accord même si les Américains s’en retiraient. Reuters avait également affirmé que des voix s’étaient élevées en Iran pour une sortie « totale » de Téhéran du Traité de non-prolifération (TNP) auquel il a adhéré en 1970, mais sans plus de précision. Et même si les propos du président iranien semblent attester le contraire, Téhéran aurait toutefois le droit de se retirer de l’accord compte tenu de ses propres termes. Mais la stratégie iranienne consisterait à faire passer Washington pour le grand méchant loup. « Des clauses permettent de se retirer de l’accord si l’un des signataires ne le respecte pas », dit François Nicoullaud. L’Iran n’a néanmoins pas d’intérêt à le faire si ce n’est de détériorer davantage son image auprès de la communauté internationale.


 « L’important pour l’Iran, c’est de faire porter la responsabilité de l’échec éventuel de cet accord sur les Américains », poursuit l’ancien diplomate. Un échec qui pourrait aboutir à une éventuelle reprise du programme nucléaire iranien. Car même si Téhéran a affirmé sa volonté de discuter avec les autres parties prenantes de l’accord pour que celui-ci continue d’être appliqué, Hassan Rohani a néanmoins tenu à affirmer sa position par rapport au programme nucléaire. « J’ai ordonné à l’Organisation iranienne de l’énergie atomique de prendre les mesures nécessaires [...] pour qu’en cas de nécessité nous reprenions l’enrichissement d’uranium industriel sans limite », a précisé le président iranien. « Nous attendrons quelques semaines avant d’appliquer cette décision, nous parlerons avec nos amis et nos alliés, avec les autres membres de l’accord nucléaire avec lesquels nous mènerons des consultations ; tout dépendra de nos intérêts, s’ils sont assurés, nous poursuivrons le chemin de l’accord nucléaire, si l’accord nucléaire est un papier sans garantie pour les intérêts du peuple iranien, alors nous aurons un chemin clair devant nous », a-t-il poursuivi. Un chemin qui se tracerait dans un contexte tendu pour l’Iran. À la présidence iranienne de la République depuis 2013, Hassan Rohani a misé durant ses deux mandats sur le respect de cet accord et les bienfaits qu’il apporterait au pays. Mais sous la pression de mouvements de contestation dans tout le pays contre le pouvoir en place et face à une montée en puissance des groupes conservateurs dus à l’absence de résultats satisfaisants de la part du gouvernement, le président iranien risque gros avec le retrait américain de l’accord sur le nucléaire et risque d’être encore plus affaibli. Dans sa réponse à la décision de Donald Trump, M. Rohani a d’ailleurs fait savoir au peuple iranien qu’il ne devait pas avoir peur et que tout était sous contrôle. De futurs mauvais résultats dans les négociations pourraient donc coûter cher à M. Rohani qui devra montrer si les menaces proférées par la République islamique sont uniquement destinées à impressionner l’adversaire ou si elles sont capables d’être, à leur tour, mises à exécution.



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COMME LE CADAVRE QUI EST CONFIE AUX CROQUE-MORTS !

gaby sioufi

RIDICULE LE ROHANI !
RIDICULES LEURS GESTICULATIONS A TOUS !
COMME SI L'EUROPE ET LA RUSSIE ETAIENT VRAIMENT LIBRES DE LEURS DECISIONS ,
LORSQUE LES USA - DONALD TRUMP- LEVE SON DOIGT MENACANT !

"" tiens tiens, ca me rappelle le doigt de HN.... souvent menacant, parfois avec humour, d'autres fois avec ironie.

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