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Liban

Le Liban demande 2,7 milliards de dollars pour faire face à la crise des réfugiés

Conférence de Bruxelles

« La tragédie se poursuit pour la 8e année consécutive et le pays continue d’être un grand camp de réfugiés », déplore Saad Hariri.

26/04/2018

Le Premier ministre, Saad Hariri, a tiré la sonnette d’alarme hier, au deuxième et dernier jour de la conférence de Bruxelles et fait état d’une situation en constante détérioration au Liban en raison de la crise des réfugiés syriens. Il a par ailleurs demandé à la communauté internationale 2,7 milliards de dollars pour l’année en cours avant de qualifier le pays de « grand camp de réfugiés ».

« Puis-je dire aujourd’hui que nous allons mieux que l’année dernière ? Non », a lancé M. Hariri. « La tragédie se poursuit pour la huitième année consécutive et le Liban continue d’être un grand camp de réfugiés. »  Le Premier ministre, qui a remercié la communauté internationale pour sa générosité, lui a demandé de continuer à soutenir le Liban. « Nos besoins sont grands, notamment dans les domaines de la santé et socio-économique. Nous demandons pour 2018 environ 2,7 milliards de dollars d’aides », a-t-il dit.

Les pays donateurs ont pour leur part annoncé hier soir dans un communiqué vouloir consacrer 4,5 milliards de dollars d’aides pour 2018 et 3,4 milliards pour 2019, sans toutefois préciser comment ces aides allaient être réparties entre les pays accueillant les réfugiés. L’Union européenne, quant à elle, aura offert à elle seule 6 milliards de dollars jusqu’en 2019, soit les trois quarts de l’ensemble des aides. Un communiqué de l’ambassade britannique à Beyrouth a annoncé pour sa part l’intention du Royaume-Uni d’octroyer 450 millions de livres sterling (près de 626 millions de dollars) « pour le développement et l’humanitaire en Syrie et dans la région ».

« Les participations financières des pays donateurs en 2017 ont été de 1,2 milliard de dollars, ce qui constitue 45 % de la somme que le Liban avait demandée, soit 2,7 milliards. La somme demandée constitue 6 % des coûts dont les pays européens auraient dû s’acquitter s’ils avaient accueilli un million et demi de réfugiés », a fait valoir Saad Hariri hier à Bruxelles. Il a également demandé l’aide de la communauté internationale pour la reconstruction du camp palestinien de Nahr el-Bared, détruit au cours des combats entre l’armée et les islamistes en 2007.

M. Hariri était accompagné à Bruxelles d’une délégation officielle formée du vice-Premier ministre et ministre de la Santé, Ghassan Hasbani, des ministres Marwan Hamadé, Mouïn Merhebi et Pierre Abou Assi, de son chef de cabinet Nader Hariri, et de son conseiller pour les Affaires des déplacés, Nadim el-Mounla.


(Lire aussi : Réfugiés syriens : Le HCR espère au moins 1,3 milliard de dollars pour le Liban)


Solution politique « permanente »
Le Premier ministre a également plaidé pour une solution politique « permanente » en Syrie. « Nous allons voir où nous en sommes avec la solution politique en Syrie et nous sommes pour une solution politique le plus tôt possible. Tout retard en vue de cette solution portera préjudice aux réfugiés et au Liban. Voilà pourquoi la communauté internationale doit être plus prudente et nous devons tous travailler ensemble pour trouver une solution politique permanente en Syrie », a déclaré M. Hariri à la presse, à son arrivée hier matin à la conférence.

« Nous allons discuter aujourd’hui du retour des réfugiés en Syrie. De même, nous travaillons avec la communauté internationale afin d’aider les communautés hôtes à supporter le fardeau des réfugiés. Nous travaillons à ce que tout l’argent qui sera octroyé soit donné sous forme de dons », a-t-il ajouté.

Lors de la conférence, le Premier ministre a fait état d’une « situation qui s’est détériorée » dans le pays. Assurant que « le Liban continue à faire de son mieux pour faire face aux obstacles » et aider les 1,5 million de réfugiés syriens qu’il accueille, M. Hariri a prévenu que « les ressources du Liban continuent à s’épuiser ». 

« Les pays d’accueil ne doivent pas être oubliés », a encore souligné le chef du gouvernement, demandant que l’aide internationale englobe également les communautés d’accueil. Il a déclaré que « les tensions entre les déplacés syriens et les communautés d’accueil ont augmenté ». Le chef du gouvernement a prévenu que la dégradation de la situation économique pourrait mener à des « troubles », mettant en garde contre l’accroissement du chômage des Libanais et des Syriens. « Cela pourrait pousser les déplacés à chercher refuge ailleurs », a-t-il dit.


(Lire aussi : Merhebi demande au Hezbollah de se retirer de Syrie « pour que les réfugiés y retournent »)


« Fatigue des pays donateurs »
Analysant le discours de Saad Hariri à la conférence de Bruxelles, Ziad Sayegh, expert en politique publique et réfugiés, estime qu’il revêt cette année une plus grande ampleur, en raison de plusieurs facteurs. « M. Hariri a déjà dit l’année dernière, à Bruxelles I, que le Liban était devenu un grand camp de réfugiés mais cette déclaration a plus d’impact aujourd’hui car le conflit syrien est entré dans sa 8e année et que nous n’avons toujours pas de politique publique compréhensive face à la présence des réfugiés au Liban », a dit M. Sayegh à L’Orient-Le Jour. « La Syrie aussi est un grand camp de réfugiés », a-t-il ajouté, en référence aux déplacés à l’intérieur du pays.

« Le Liban demande des aides comme s’il était persuadé que la solution politique en Syrie était difficile à atteindre et qu’il fallait tenter de faire face à la situation par tous les moyens », a déploré l’analyste. « Il y a toutefois une certaine fatigue au niveau des pays donateurs qui, l’année passée, n’ont donné au Liban que 45 % des sommes promises. De plus, les tensions sont grandissantes entre les réfugiés et les communautés hôtes au Liban, en raison de la régression du développement et de l’absence des opportunités d’emploi », a souligné M. Sayegh.

« Tous les leaders politiques libanais sont d’accord aujourd’hui sur le retour des réfugiés, mais pas sur le timing de ce retour ou sur les canaux à travers lesquels il devrait se passer », a-t-il fait remarquer, avant d’ajouter : « Il faudra voir les orientations du nouveau gouvernement dans ce dossier. »

« Il y a des points d’interrogation après le retour la semaine dernière de centaines de réfugiés présents à Chebaa vers Beit Jin, en Syrie. D’autres retours sont envisagés pour bientôt dans le cadre d’une coopération entre la Sûreté générale libanaise et les autorités syriennes », a révélé M. Sayegh. « Il y a d’autres points d’interrogation dus au fait que la communauté internationale n’a pas encore réussi à trouver une solution politique en Syrie ni à donner l’ensemble des aides promises aux pays qui hébergent les réfugiés », a-t-il dit.

M. Sayegh a par ailleurs mis en garde contre la loi présidentielle syrienne numéro 10 émise récemment et qui permet au régime de mettre la main sur les propriétés des particuliers si ces derniers ne sont pas capables de présenter un titre de propriété. « Il y a un tri démographique, confessionnel et communautaire qui est en train d’être fait à Alep, Homs ou même Hassaké », a-t-il mis en garde.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUT EST BIEN DIT ! QU,AVONS-NOUS RECOLTÉ ?

c...

Le Liban, c est tout de même 1,5 million de réfugiés syriens, compte non tenu de ceux qui sont passés au travers des mailles du filet, c’es aussi 450000 palestiniens, chiffre très aléatoire que l on devrait probablement revoir à la hausse, c’est aussi 100000 femmes de ménage ou autres techniciens de surface d origines diverses...La notion de l identité Libanaise se diluera t elle a mesure que la tendance s aggrave ?

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