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Moyen Orient et Monde

« La dénucléarisation de la Corée du Nord n’est certainement pas un objectif pour Kim »

Entretien

Le chercheur Benjamin Hautecouverture commente pour « L’Orient-Le Jour » les derniers développements en rapport avec le dossier nord-coréen.

19/04/2018

Après la confirmation hier de la visite en Corée du Nord, mercredi dernier, du patron de la CIA, Mike Pompeo, par le président américain Donald Trump, Benjamin Hautecouverture, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique à Paris et spécialiste des questions de sécurité internationale, proliférations, dissuasion et désarmement, répond aux questions de L’Orient-Le Jour.

Le plan de négociations entre Washington et Pyongyang impliquerait la dénucléarisation de la Corée du Nord et le retrait des troupes américaines en Corée du Sud. Ces conditions sont-elles acceptables pour les deux parties ?
À ce jour, aucun « plan de négociations » n’a été rendu public. Les supputations vont bon train sur la base de rumeurs, fuites dans la presse, interprétations diverses. Il convient donc d’être très vigilant sur ce sujet épineux. Depuis le milieu des années 1990, toutes les concessions du régime nord-coréen sur son programme nucléaire ont été faites pour gagner du temps et accélérer la mise en œuvre du programme pour acquérir l’arme nucléaire, notamment au fil de ce que l’on a appelé les « Pourparlers à Six » entre la République populaire de Chine, la République de Corée, la République populaire démocratique de Corée (RPDC), les États-Unis, la Fédération de Russie et le Japon entre 2003 et 2009. Les concessions de façade qui ont été faites jusqu’à présent non seulement n’ont donc servi à rien mais elles ont été contre-productives. La dénucléarisation de la Corée du Nord n’est certainement pas un objectif du leader nord-coréen et je doute fort dans ces conditions que le retrait des troupes américaines du territoire coréen soit un élément de négociation acceptable pour la partie américaine.


(Lire aussi : Washington discute avec Pyongyang du prochain sommet Trump-Kim)


Les États-Unis affichent leur optimisme quant à leur capacité à obtenir un accord de paix, mais quels éléments pousseraient Kim Jong-un à faire des concessions ?
Ayant accepté le principe d’une rencontre dont on nous dit aujourd’hui qu’elle pourrait se tenir au début du mois de juin, sans que le lieu en soit encore connu, les États-Unis affichent naturellement un volontarisme encourageant. Le début de l’année 2018 est à la détente même si cette partie émergée de l’iceberg ne dit strictement rien des tractations à l’œuvre entre le renseignement américain et les Nord-Coréens depuis le mois de mars. Du reste, que les États-Unis et la RPDC se parlent est sans doute la seule bonne nouvelle du processus en cours après une année 2017 dangereuse et dépourvue de canaux de dialogue bilatéral mettant les deux parties dans des situations compliquées d’interprétation mutuelle des comportements. Le seul facteur qui pourrait conduire le leader nord-coréen à faire quelques concessions de façade, selon moi, dans le cadre d’une reprise de négociations cette année, est sa volonté de développement économique entravé par un régime de sanctions internationales qui, malgré son inefficacité, empêche le commerce de la population nord-coréenne à bien des égards. Or le développement économique du pays est un nouveau pilier de la politique de Kim Jong-un depuis 2012. Des réformes allant dans le sens d’une logique de marché ont été entreprises parallèlement au développement du programme nucléaire. Kim a besoin d’ouverture.

Quels sont les risques si les pourparlers ne donnent pas de résultats ?
Malheureusement, le peu de résultat des pourparlers menés avec la Corée du Nord dans divers formats depuis le milieu des années 1990 augure assez mal de l’aboutissement de ceux qui se profilent à un horizon beaucoup trop rapproché selon moi pour être crédibles. La bonne nouvelle, c’est que l’on sait très bien ce que des pourparlers inaboutis produisent : une continuation du programme nucléaire et balistique dans le même temps. Les Nord-Coréens ont encore des progrès à faire en termes de missiles intercontinentaux, de miniaturisation de leurs charges, de réacteurs nucléaires, de capacité de seconde frappe avec le développement de leur programme de sous-marins lanceurs d’engins et de missiles mer-sol, notamment. Ces travaux, n’en doutons pas, continuent d’avancer pendant que d’autres se gargarisent de nouveaux pourparlers et autres volontés partagées de négociation.


(Lire aussi : La Chine salue les « efforts importants » de la Corée du Nord)



Les autres acteurs (Chine, Russie, Japon, Corée du Sud) ont-ils la volonté et la capacité d’entraver les négociations ?
Les autres grands acteurs de la région n’ont pas intérêt à entraver la tenue d’un dialogue entre la Corée du Nord et les États-Unis, en tout cas pour le moment. Un tel dialogue se tiendra normalement après le sommet intercoréen de la fin du mois d’avril, si l’on en croit les Américains. La présidence sud-coréenne, qui a joué les bons offices entre Pyongyang et Washington dans la foulée des Jeux olympiques d’hiver, a au contraire intérêt à la tenue de cette rencontre historique au sens où une rencontre au plus haut niveau américano-nord-coréenne n’a jamais eu lieu. Le Japon y a également intérêt, notamment pour progresser dans le règlement des contentieux bilatéraux, la Chine a également intérêt à ce que les tensions de l’année dernière s’apaisent. Reste la Russie, dont le manque de coopération manifeste trouvera peut-être là matière à temporiser en restant en embuscade. Pour le moment, le caractère assez inédit de la reprise du dialogue est le fait que seuls le voisin coréen et les États-Unis soient à la manœuvre. Au regard de l’exacerbation générale des tensions dans les relations interétatiques depuis le début de la décennie, avec une intrication complexe des agendas, cela constitue sans doute une bonne nouvelle.



Pour mémoire

Kim Jong-un reçu en grande pompe à Pékin avant son sommet avec Trump


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LES AMERICAINS VEULENT VENDRE LA PEAU DE L,OURS AVANT DE L,AVOIR CHASSE !

ACE-AN-NAS

En tout cas , croire que le courageux Kim Jong UN va se délester de ses missiles balistiques nuclearises gratos , pour les beaux yeux d'un clown déséquilibré mental , ce n'est même plus moi tout seul qui le dit mais bien ses propres conseillés, c'est se fourrer le doigt dans l'oeil jusqu'au trognon.

Vous verrez ce sera du donnant-donnant .

Tu dégages d'ici avec tes clics et tes clacs et je baisse de ton .

That's it dear !

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