Opinions

Photo Aline Manoukian, photographe et éditrice de photos

OLJ
20/04/2018

La Libanaise en politique, un chemin pavé de mauvaises intentions 


Si ce que dit le poète français, Louis Aragon, sur la femme qui serait « l’avenir de l’homme » est vrai, cela signifie qu’au Liban, cet avenir est encore incertain. La Libanaise s’impose de plus en plus dans la plupart des domaines, mais elle est encore loin d’être l’égale de l’homme. Surtout en politique. Jusque-là, ce domaine était resté réservé aux hommes – ou en tout cas aux femmes qui héritent un leadership des hommes, qu’ils soient père, mari ou frère. L’idée du quota féminin dans la candidature n’a pas été adoptée dans la nouvelle loi électorale, chaque partie rejetant la faute sur l’autre. Pourtant, un nombre important de femmes se sont portées candidates aux législatives du 6 mai, brisant un tabou dans ce domaine et affichant une volonté de se battre, même si les campagnes contre les femmes sont plus féroces que celles qui touchent les hommes, parce qu’elles portent sur le côté personnel. 111 candidatures féminines sur un total de 976. Une première qui pourrait faire croire que la société libanaise est prête à accepter la femme comme partenaire de l’homme en politique.  

Toutefois, les apparences peuvent être trompeuses. D’une part, la femme libanaise a bénéficié cette année d’un coup de pouce de la part de la communauté internationale et des ONG locales pour se lancer dans la bataille électorale. D’autre part, les candidatures nombreuses ne signifient pas que le nombre de femmes députés augmentera dans le nouveau Parlement. La nouvelle loi électorale basée sur un mélange de mode de scrutin proportionnel doublé d’un mécanisme de voix préférentielle désavantage les femmes, qui pourraient être prises sur les listes pour être sacrifiées sur l’autel du nouveau système. Les partis politiques veulent moderniser leur image devant l’opinion publique locale et auprès des instances internationales en incluant (partiellement) des femmes dans leurs listes, tout en accordant leurs voix préférentielles à leurs candidats forts… des hommes. Ils diront ensuite qu’ils ont fait de leur mieux, mais l’électorat n’est pas prêt. De son côté, la société civile n’est pas assez forte pour imposer des figures féminines.

Pour la femme, le monde politique libanais est encore pavé de mauvaises intentions...

Scarlett Haddad

Journaliste et analyste politique



«Sous le Ciel de Beyrouth»


En décembre 1983, je venais de rentrer au Liban après avoir étudié en Californie pendant trois ans.

J'avais manqué quelque chose d'important : l'invasion israélienne de 1982.

Je dis « manqué », parce que je me sentais coupable de ne pas avoir partagé avec mes compatriotes libanais l'un des épisodes les plus durs de la guerre.

Je suis allée au camp de réfugiés de Chatila, impatiente de rencontrer les personnes qui avaient survécu au massacre une année auparavant.

J'ai marché dans des rues désertes, j'ai parlé à des gens, j'ai trouvé quelques traces du massacre.

Il y avait une fosse commune à l'entrée du camp. Certains disaient que des centaines, d'autres des milliers, de victimes étaient et sont toujours enterrées là.

J'ai rencontré un garçon de 8 ans, qui a dit qu'il était le seul survivant de sa famille. Sa minuscule corpulence lui avait permis de se cacher dans une machine à laver pendant que sa famille entière était abattue.

Aujourd’hui, cette fosse commune n'a pas changé, c'est toujours un terrain vague. Seul un monument à la mémoire des morts a été ajouté. À l’avant, des bouquets de fleurs fanées enveloppés de cellophane, quelques murailles de silhouettes noires sur les murs environnants et une cage avec des poulets courant d'un côté du « cimetière ».

Cette photo a été prise dans l'une des ruelles du camp, le jour de ma visite en 1983. Il n'y a pas de gens, seulement un silence étrange, quelques objets épars et peut-être les fantômes de certains innocents qui ont traversé ces allées étroites en septembre 1982, espérant échapper à la sauvagerie de leurs bourreaux.



Les articles, enquêtes, entrevues et autres, rapportés dans ce supplément n’expriment pas nécessairement l’avis du Programme des Nations Unies pour le développement, ni celui de L'Orient-Le Jour, et ne reflètent pas le point de vue du Pnud ou de L'Orient-Le Jour. Les auteurs des articles assument seuls la responsabilité de la teneur de leur contribution.



Lebanese Women in Politics: A Road Paved with Bad Intentions


If French poet Louis Aragon was right about women being the future of men, Lebanon’s future still looks uncertain. Lebanese women have been increasingly making their presence felt in most fields, but they remain far being man’s equal, especially in politics. Until now, this arena had been reserved for men – or at least for women who have inherited leadership from men, whether their fathers, husbands or brother. The idea of candidate quotas for women was not included in the new electoral law, each party passing the buck to the other. However, a significant number of women are running in the May 6 legislative elections. They are thus breaking a taboo in this field and showing their willingness to fight, even though the campaigns against women are more vicious than those against men, as they are more personal. There are 111 women candidates out of a total of 976. A first that could give the impression that Lebanese society is ready to accept women as men’s partners in politics.

However, appearances can be deceiving. On the one hand, Lebanese women benefited this year from a boost from the international community and local NGOs to run in elections. On the other, a high number of women candidates will not necessarily translate into an increased number of women MPs in the new Parliament. The new electoral law is based on a mix of proportional representation a preferential voting mechanism, which puts women at a disadvantage, being put on party lists only to be sacrificed later on the altar of the new system. Political parties want to modernize their image for local public opinion and international bodies by including (partially) women on their lists, while at the same time granting their preferential votes to their strong candidates, i.e. men. They will then claim that they have done their best, but the electorate was not ready. For its part, civil society is not strong enough to impose women figures.

For women, the road to the Lebanese political arena is still paved with bad intentions.

Scarlett Haddad

Journalist and Political Analyst



«Under the Skies of Beirut»


December 1983, I had just come back to Lebanon after studying in California for 3 years.

I had missed something important, the Israeli invasion of 1982.

I say missed, because I felt guilty about not having shared with my fellow Lebanese one of the hardest episodes of the war.

I went to the Shatila refugee camp, eager to meet the people who had survived the massacre a year before.

I walked in some deserted streets, spoke to people, found some traces of the massacre.

There was a mass grave at the entrance of the camp, some say hundreds, others thousands of victims were and are still buried there.

I met an 8-year-old boy who said he was the only survivor from his family. His tiny corpulence had allowed him to hide in a washing machine while his entire family was being shot to death.

That mass grave hasn’t changed today, it’s still a flat wasteland. Only a monument in the memory of the dead has been added. In front of it, there are some faded bouquets of flowers wrapped in cellophane, a few murals of black silhouettes on the surrounding walls and a cage with some chicken running around on one side of the «graveyard».

This photograph was taken in one of the narrow alleys of the camp, on the day of my visit in 1983. There are no people in it, only an eerie silence, some scattered objects and perhaps the ghosts of some innocents who ran through those narrow alleys in September 1982, hoping to escape the savagery of their executioners.



The articles, interviews and other information mentioned in this supplement do not necessarily reflect the views of the United Nations Development Programme, of L'Orient-Le Jour, nor of the Pnud. The content of the articles is the sole responsibility of the authors.

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