Éditos

© " Sur le point de mourir ". Photo : Sam Attallah, 27 ans, candidate au concours " Immortaliser la mémoire de la guerre "

OLJ
20/04/2018

Vers un avenir meilleur

Ce sont des moments passionnants, car le Liban organise en mai 2018 des élections législatives longtemps reportées, les premières depuis près d'une décennie. 

Dans ce contexte, les médias libanais devront à nouveau assumer leur rôle essentiel de surveillance, en servant de forum de débat public et d'éducateur des électeurs.

Tout comme les médias traditionnels, les réseaux sociaux peuvent également refléter l'esprit du changement social et de la mobilisation politique. C'est pourquoi les citoyens libanais se tournent de plus en plus vers ces plateformes pour suivre les informations électorales. C'est leur façon d’engager la responsabilité des candidats et de participer avec eux au débat politique. Cependant, ce qui fait défaut aux nouveaux médias, c'est l'expertise des médias traditionnels. Les réseaux sociaux peuvent parfois offrir des informations erronées ou trompeuses sur les candidats et leurs campagnes.

Dans ce supplément, nous mettons en lumière le rôle des élections dans la bonne gouvernance et la prévention des conflits. En utilisant ce support traditionnel, nous voulons transformer notre plate-forme – ce supplément – en outil destiné à favoriser la citoyenneté, le partage des connaissances, et l'inclusion. Dans ce numéro, nous abordons également la guerre civile libanaise, le radicalisme et l'extrémisme violent.

Nous espérons que vous ferez une lecture agréable.

Martin Huth

Ambassadeur de la République

Fédérale d'Allemagne à Beyrouth



Des balles et des bulletins

Se souvenir de la guerre civile libanaise est facile ; remédier à ses blessures ne l’est pas. Le Liban et les Libanais souffent encore des lourdes séquelles économiques, sociales, développementales, politiques et psychologiques de cette guerre qui a pris fin il y a 27 ans. Depuis la fin des combats, de nombreux Libanais s'efforcent de faire face au passé. Une lutte aussi longue et pesante implique de s'attaquer aux causes profondes du conflit et de faire face à la mémoire et aux conséquences de la violence passée, en tant que condition préalable à une réconciliation à long terme. La recherche entreprise sur les conséquences des guerres civiles suggère des liens clairs entre la capacité à traiter l'impact du passé et le potentiel de développement d'une paix durable. Tenir compte du passé et s'y attaquer devrait donc être un élément important pour les Libanais, afin qu’ils construisent ensemble un avenir et une paix durables.

Parallèlement, il est largement admis que des institutions réactives et responsables, associées à une gouvernance efficace fondée sur la primauté du droit, ont un rôle-clé à jouer dans le maintien de la paix et la promotion d’un développement durable. Les prochaines élections parlementaires prévues le 6 mai 2018 constitueront une étape importante pour renforcer la légitimité des institutions de l’État libanais, ainsi qu'un moment crucial pour les citoyens de faire entendre leur voix concernant leur vision du pays et de son avenir.

Céline Moyroud

Directrice du Pnud au Liban



Silence des armes… et maturité introuvale 

S’il y a bien une chose sur laquelle les Libanais sont d’accord, et fort heureusement d’ailleurs, c’est de ne plus jamais recourir à la violence intercommunautaire. Il leur a fallu 15 années de guerre civile dévastatrice et près de 15 autres de paix bancale sous la tutelle de la Syrie, pour comprendre et se graver dans l’esprit qu’aucune communauté ne peut espérer un jour contrôler toutes les autres et imposer son discours politique à l’ensemble de la population. Même le Hezbollah, qui exerce une influence quasiment sans partage sur les chiites du Liban et dispose d’un impressionnant arsenal, a lâché quelques signaux, laissant croire qu’il ne prendrait pas d’initiative unilatérale face à Israël… sauf en cas d’attaque au Liban-Sud.

La question de la violence ayant été ainsi apparemment évacuée, reste pour le Liban l’épineux problème des réformes politiques et économiques où pratiquement tout est à refaire. Et surtout l’abandon de cette procrastination légendaire, qui fait que les dossiers les plus pressants sont sans cesse reportés d’un gouvernement à l’autre, pour finalement être abordés dans l’urgence puis rapidement bâclés !

Les deux derniers exemples en date sont la dernière loi électorale et le projet de Budget pour 2018. La première est un mélange indigeste de proportionnelle et de vote préférentiel communautaire, qui ont achevé de dérouter les électeurs. Le Budget 2018, quant à lui, a été bricolé à la hâte sous la pression des investisseurs internationaux, occultant les réformes structurelles demandées et se contentant d’imposer aux différents ministères une réduction de 20 % des dépenses.

Au Liban, les armes se sont tues, certes. Ne manque plus à la classe politique que la maturité pour admettre que la gouvernance est avant tout un service public…

Gaby Nasr

Directeur des éditions spéciales

du quotidien L’Orient-Le Jour



L’article 50 et ses répercussions sur le ressortissant étranger

La controverse se poursuit autour de l'article 50 d la loi du Budget 2018, prévoyant d’octroyer un permis de résidence permanente à tout ressortissant étranger propriétaire d'un appartement ou d'une maison au Liban. Cette polémique a lieu sans un examen sérieux des avantages de cet article, et avant même l’étude de ses effets négatifs, lesquels peuvent être très limités si les contrôles légaux sont mis en place, afin de prévenir, à Dieu ne plaise, tout dérapage dans l’application du texte. C'est ce qui effraie une catégorie de Libanais qui craignent pour la démographie de leur pays et donc pour leur destin.

L’aspect positif est que cet article stimule l'investissement au Liban en encourageant l'achat d'appartements, ce qui contribuera à faire bouger le marché de l’immobilier. À mon humble avis, il n'y a pas de crainte que les ressortissants étrangers deviennent propriétaires, à condition que les ventes se limitent aux appartements sans vastes étendues de terrains.

Le député Ibrahim Kanaan a affirmé que « cet article a été amendé au mieux, et de permanente, la résidence du ressortissant étranger est devenue temporaire », ajoutant : « Cela ne contredit pas la loi sur la propriété des étrangers au Liban et ces derniers n'ont pas la possibilité de la contourner.

La loi actuelle sur les acquisitions, adoptée à l'unanimité par le Parlement, prévoit la mise en œuvre controversée de l'article 50. La résidence au Liban ne donne pas droit à la nationalité : tous les travailleurs étrangers prennent des permis de séjour et de travail qui sont renouvelés périodiquement et ne donnent aucun avantage légal à leurs bénéficiaires leur permettant d’obtenir un titre de séjour permanent et n'ont rien à voir avec leur naturalisation.

L’aspect négatif, quant à lui, est illustré par la crainte que le gouvernement syrien ne prive les citoyens qui ont quitté le pays ou s'opposent au régime de leur droit de revenir, ce qui rendrait leur séjour au Liban permanent, même s'ils n'ont pas obtenu la citoyenneté. Une situation qui provoquerait un déséquilibre dans le tissu social fragile du Liban.

Mais ce débat ne doit pas se refléter dans les rapports avec les ressortissants syriens ou tout autre résident étranger, car il se transformerait au moindre dérapage en racisme haïssable qui doit être évité pour protéger le Liban, que nous tenons à préserver.

Ghassan Hajjar

Rédacteur en chef du quotidien an-Nahar



Les articles, enquêtes, entrevues et autres, rapportés dans ce supplément n’expriment pas nécessairement l’avis du Programme des Nations Unies pour le développement, ni celui de L'Orient-Le Jour, et ne reflètent pas le point de vue du Pnud ou de L'Orient-Le Jour. Les auteurs des articles assument seuls la responsabilité de la teneur de leur contribution.





To a Better Future

These are exciting times, as Lebanon is holding the long-delayed parliamentary elections, the first in nearly a decade, in May 2018.

In this context, the Lebanese media will once again have to take on its vital watchdog role, serving as a forum for public debate and a voter educator.

Just like traditional media, social media too can reflect the spirit of social change and political mobilization. That is why Lebanese citizens are increasingly turning to social media platforms to follow election news. It is their way of holding candidates accountable and engaging with them in political debate. However, what the new media lack is the expertise of traditional media. Social media can at times offer misleading or false information about candidates and their campaigns.

In this supplement, we shed light on the role of elections in good governance and conflict prevention. Using this traditional medium, we want to turn our platform – this supplement – into a tool for fostering citizenship, knowledge sharing, and inclusion. In this issue, we also discuss the Lebanese civil war, radicalism and violent extremism.

We hope that this will be an enjoyable read.

His Excellency Mr. Martin Huth,

Ambassador

Embassy of the Federal Republic of Germany in Beirut



Bullets and Ballots

Remembering the Lebanese civil war comes easy; healing its wounds does not. Lebanon and the Lebanese are still suffering from the heavy toll of the economic, social, developmental, political and psychological remnants of the civil war, which ended 27 years ago. Since then, many Lebanese have been striving to come to terms with the past. Such a long and cumbersome struggle entails addressing the root causes of the conflict and coping with the memory and consequences of past violence as a pre-condition for long-term reconciliation. Research on the consequences of civil wars suggests clear linkages between the ability to address the impact of the past and the potential to develop sustainable peace. Coming to terms and addressing the past should, therefore, be an important element for the Lebanese in jointly shaping a sustainable future and building durable peace.

In addition, it is widely acknowledged that responsive and accountable institutions, together with effective governance based on the rule of law, have a key role to play in sustaining peace and promoting sustainable development. The forthcoming Parliamentary elections – scheduled on May 6, 2018 – will be an important milestone in strengthening the legitimacy of Lebanon’s state institutions, as well as a critical moment for the Lebanese to make their voices heard and getting across their vision for the country and its future.

Celine Moyroud

UNDP Country Director



Gunfire Has Ceased, Yet Maturity Is Still Out of Sight

If there is one thing that the Lebanese agree on – fortunately – that is never falling back into inter-communal violence. It took 15 years of an internecine civil war and nearly as many years of fragile peace under Syrian tutelage to understand and be convinced that no community can hope to control one day all the others and impose its political discourse on the entire population. Even Hezbollah, which holds virtually uncontested sway over Lebanon’s Shiites and disposes of an impressive arsenal, has given signals indicating that it would not take unilateral action against Israel, except in the case of an attack in South Lebanon.

The issue of violence thus apparently shrugged off, it remains for Lebanon to address the thorny problem of political and economic reforms, an area in which practically everything has to be started all over again. Especially getting over the legendary procrastination, which has so far meant that the most pressing issues are constantly referred from one government to the next, finally to be hastily dealt with and make a botch of the job!

The two most recent examples are the new electoral law and the draft budget for 2018. The former is an abysmal mix of proportional representation and communitarian preferential voting, which has come to obfuscate the voters. As for the 2018 budget, it was patched together under pressure from international investors, overshadowing the necessary structural reforms and stopping short at a 20% cut in spending imposed on the various ministries.

In Lebanon, gunfire has indeed ceased. All that the political class needs now is a measure of maturity to be able to admit that governance is above all public service.

Gaby Nasr

Managing Editor - L’Orient-Le Jour supplements



Article 50 and What it Means for Foreigners

The controversy over Article 50 of the State Budget Law of 2018, which provides for granting a residence permit to every person who acquires an apartment or house in Lebanon, goes on without a serious examination of the pros prior to the cons, which may be strictly limited if legal controls are put into place to avoid potential serious consequences. This is what terrifies a segment of the Lebanese who fear for the country’s demography and thus its fate.

On the positive side, the article encourages investment in Lebanon by encouraging the acquisition of apartments, thus boosting the real estate market. In my humble opinion, there is no fear of foreign ownership as long as sales are limited to apartments and not large plots of land. “This article has been amended for the better, after granting permanent residence, it now grants only temporary residence,” says MP Ibrahim Kanaan. “And it does not contradict the law on the foreign acquisition, nor are foreigners able to acquire through it in violation of the law on foreign acquisition of property.” The current acquisition law governs the implementation of the controversial Article 50 and was unanimously adopted by Parliament. Residency permits in Lebanon do not confer the right to nationality. All workers receive residence and work permits that are renewed periodically, but they do not offer any legal advantage for temporary residents to be granted nationality and they have nothing to do with resettlement.

On the negative side, there are fears that the Syrian government may deny the rights of its citizens who fled the country or opposed the regime, not allowing them to return, which would make their stay in Lebanon permanent, even if they do not get citizenship. This is a violation of Lebanon’s fragile composition.

However, this debate should not reflect on the treatment of Syrians, or any other foreigner for that matter, because it’s a slippery slope towards reprehensible racism, which should be avoided to preserve the Lebanon that we wish to preserve.

Ghassan Hajjar

Editor in Chief - An-Nahar newspaper



The articles, interviews and other information mentioned in this supplement do not necessarily reflect the views of the United Nations Development Programme, of L'Orient-Le Jour, nor of the Pnud. The content of the articles is the sole responsibility of the authors.

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