Supplément PNUD : Immortaliser la mémoire de la guerre

Concours
OLJ
20/04/2018

« Quelle est l’objet, le lieu, le son ou la personne qui représente pour vous la guerre civile ? Comment voyez-vous le souvenir de la guerre et ses témoins ? ».

Telles étaient les questions posées par le projet « La consolidation de la paix au Liban » du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), dans le cadre d'un concours de photographie axé sur la mémoire de la guerre civile libanaise.

La compétition a été organisée avec le soutien de l'Allemagne, et les participants ont été appelés à façonner la mémoire de la guerre civile et à la représenter à travers leurs images et les photos qui la leur rappellent.

Le jury était formé de Patrick Baz, photojournaliste et détenteur de plusieurs prix, Nour Bejjani, représentante du Centre international pour une justice transitionnelle (ICTJ), et l’équipe de travail du Pnud. Il a retenu 11 images gagnantes dont une pour la couverture du supplément.

Prises récemment, ces photos ont été envoyées par des photographes professionnels et des amateurs de photographie.


(Voir l'intégralité du dossier ici)


Faites la paix

Cette photo est une représentation personnelle de notre refuge pendant la guerre civile, où ma famille et moi avions l'habitude de passer de nombreuses heures en attendant la fin des combats.

Même après toutes ces années, cette salle de bain a encore un fort effet sur moi. Malgré tout le stress et la peur que nous avions dû traverser, notre famille s'est rapprochée et renforcée.

Maria de Lourdes Haddad, réalisatrice, 39 ans



Inventez-vous et réinventez-vous

Cette photo a été prise dans un bâtiment sur une célèbre ligne de démarcation qu’on appelait Chiyah-Aïn el-Remmaneh, pendant la guerre civile libanaise. Les bâtiments endommagés existent jusqu'à aujourd’hui dans le même secteur. Dans cette pièce vide, une chaise abandonnée jadis utilisée par plusieurs éléments armés.

Hussein Baydoun, photojournaliste, 30 ans

Aïn el-Remmaneh, Beyrouth



Renaissance

Malgré la destruction complète de cette fameuse zone résidentielle dans le centre de Beyrouth, une peinture sur toute la largeur du bâtiment montre un garçon jouant avec des gadgets électroniques, symbolisant notre résurrection en tant que nation émergeant de notre capitale détruite. Sur cette photo, la vie et la mort sont en conflit de la même manière qu'elles l'étaient pendant la guerre, ce qui constitue un rappel très aigu des journées noires.

Habib Abboud, conseiller financier et administratif, 56 ans 

Beyrouth 



Le vieil homme

Cet homme a traversé la guerre et son père est mort devant lui. À travers son regard et son visage, nous voyons les épreuves de la vie et sa dureté. Mais malgré cela, il poursuivra son existence tout comme les autres humains qui ont connu la guerre.

Joseph Khalil, étudiant universitaire, 21 ans



Saint-Vincent-de-Paul au centre-ville

La façade de l’église Saint-Vincent-de-Paul au centre-ville. Détruite par des bombardements dès les premiers mois de la guerre, en 1975, elle est aujourd’hui à l’abandon. Un projet de rénovation est à l’étude pour faire de ce symbole de la guerre civile un espace de dialogue inter-religieux.

Hugo Lautissier, Journaliste francais, 30 ans 

Centre-ville de Beyrouth



Passage

J'ai pris ces photos derrière ma maison, là où ma mère a transformé en bac à fleurs une caisse de munitions abandonnée par les soldats de la Force arabe de dissuasion, stationnés près de chez nous pendant la guerre.

Telle est la culture de la paix et le point de vue que nous avons choisi…

Manal Malaeb, professeur universitaire, 38 ans 

Baysour, Aley



Les nuits des obus meurtriers

C’était en 1982, un des jours les plus violents de la guerre au Liban, notamment dans le nord du pays. Le fracas des missiles résonnait dans toute la ville de Tripoli, une nuit plus proche de l'enfer. Dans cet appartement, une famille comme beaucoup d’autres était terrée jusqu'à la fin des combats, à une heure avancée de la nuit. Mais la mort a été plus rapide, et un obus a explosé à l’intérieur, incendiant complètement les lieux. Onze civils d'une même famille ont été tués dans l’une de ces nombreuses tragédies engendrées par la guerre du Liban.

Abdel Salam Wajih Sayadi, étudiant universitaire, 25 ans 

Tripoli



Sur la ligne de démarcation, l'histoire s'écrit, les pierres écoutent

Ô Passé ! Ne nous change pas à chaque fois que nous nous éloignons de toi ! Ô Futur ! Ne nous demande pas : Qui êtes-vous ? Et que voulez-vous de moi ? Nous ne le savons pas non plus.

Ô Présent ! Nous avons un peu enduré. Nous ne sommes que des passants à l’ombre épaisse !

Mahmoud Darwiche

Rue Monot, Achrafieh. Un immeuble abandonné depuis 20 ans


Gilbert Farjallah, étudiant universitaire, 22 ans



Trous de mémoire

Près de 30 ans se sont écoulés depuis la fin de la guerre civile libanaise, mais Beyrouth est toujours atteinte physiquement et émotionnellement par ses conséquences. Malheureusement, ces dommages dans les immeubles, directement touchés sur la ligne de front, sont toujours visibles. Après toutes ces années, il n'y a pas de législation claire portant sur ces bâtiments complètement laissés à l’abandon ou partiellement habités.

Les 2 enfants sur cette photo vivent avec leurs parents dans cette demeure de Beyrouth dans de très mauvaises conditions, qui rendent leur vie très risquée. Le plus triste est qu'ils paient un loyer au propriétaire.

Reine Chahine, photographe, 31 ans 

Tayouné, Beyrouth



Le Liban refleurira

Bien que le Liban (la fleur) ait traversé des situations difficiles, y compris la guerre (les pierres), il a pu survivre et s'épanouir. Cette image, à mon avis, représente parfaitement le Liban après la guerre.


Sara Saïd, étudiante, 17 ans

Batloun, Chouf



Les articles, enquêtes, entrevues et autres, rapportés dans ce supplément n’expriment pas nécessairement l’avis du Programme des Nations Unies pour le développement, ni celui de L'Orient-Le Jour, et ne reflètent pas le point de vue du Pnud ou de L'Orient-Le Jour. Les auteurs des articles assument seuls la responsabilité de la teneur de leur contribution.



The Memory of War Through Your Lens


What object, site, sound or person represents the civil war for you?

What is your vision of the memory and remnants of the war?

These are the questions the UNDP «Peace Building in Lebanon» project put to contestants for the photography competition about the memory of the Lebanese civil war.

The project organized this competition with the support of Germany, calling on participants to construct the memory of the Civil War and represent it through their lenses and the photographs that remind them of it.

The jury, which is made up of Patrick Baz, an award-wining photojournalist, Nour El Bejjani, ICTJ representative in Beirut and UNDP team, selected 11 winning photographs (including one photo that was used as the supplement’s cover photo). These photos were recently taken by professional photographers and photography enthusiasts.


«Make Peace»

«This photo is a personal representation of our shelter during the civil war where my family and I used to spend lots of hours hoping and waiting for the war to end.

Even after all these years, this bathroom still evokes different emotions in me. Despite all the stress and fear that we had to go through, our family got closer and stronger.»

Photo by Maria de Lourdes Haddad, Director, 39 years old.

Tayyouneh, Beirut


«Invent Yourself and Then Reinvent Yourself»

«This picture was taken in a building on the demarcation line between the warring sides. This was the Ain el-Remmaneh-Chiah crossing during the Lebanese civil war. Building showing the marks of war still stand in this area. In this empty room, a lonely chair was used by many gunmen during the war.»

Photo by Hussein Baydoun, photojournalist, 30 years. 

Ain el-Remmaneh


«Renaissance»

«Despite the complete destruction of this famous Lebanese residential area in downtown Beirut, a painting on the full width of the building shows a boy playing with some electronic gadgets. This symbolizes our resurrection as a nation from under our destroyed capital. In this photo, life and death are in conflict the same way they were during the Lebanese war, which constitutes a very sharp reminder of the black days of the war.»

Photo by Habib Abboud, Financial and Administrative Consultant, 56 years. 

Downtown Beirut


«Old Man»

«This man has lived through civil war. His father had died right in front of him. We can see in his eyes and face life’s hardships and pain. And yet, he goes on with life, as many others like him who have experienced war, hunger and poverty.»

Photo by Joseph Khalil, University Student, 21 years old. 


«Saint Vincent de Paul Church»

«This is the façade of Saint Vincent de Paul Church in downtown Beirut. It was bombed in the early months of the war in 1975 and remains abandoned to this day. A renovation project is under consideration to turn this symbol of civil war into a space for interfaith dialogue.»

Photo by Hugo Lautissier, French Journalist, 30 years old. 


«Passage»

«I took these pictures in the backyard of my house, where my mother had turned the ammunition box into a flower pot. The box was left by the Arab Deterrent Force that was stationed near our house during the war.»

It is all about perspective.

Photo by Manal Malaeb, University Professor, 38 years old.


«Deadly Mortar Nights»

«It was 1982, the year of some of the most violent days of the civil war in Lebanon in general and North in particular. The sound of shelling resonated in the city of Tripoli on a night that seemed like hell. In this particular house, a family, as other families like it, huddled together to wait out the night and the end of the round of fighting. But death came sooner, as a shell exploded in this house, burning it down with everyone who was inside. Eleven civilians of one family were killed in just this one tragedy of the many caused by the civil war in Lebanon.»

Photo by Abdel Salam Wajih Seyadi, University Student, 25 years old.


«On the Demarcation Line: There Is History Being Told and Stones That Have

Heard the Story Before»

«Oh Past, do not change us… the further away we move from you! Oh Future, do not ask us: Who are you? And what do you want from me? For we have no clue either. Oh Present, bear with us a little, for we are mere dreary passersby!»

Mahmoud Darwish

This building on Monot Street in Achrafieh has been abandoned for 20 years.

Photo by Gilbert Farjallah, University Student, 22 years old.


«Memory Holes»

«Almost 30 years passed since the end of the Lebanese civil war, yet Beirut is still affected by the results of this war emotionally and physically. Unfortunately, we can still see this physical damage in buildings on the Green Line that were affected directly. After all these years no clear laws exist regarding these buildings, which are completely abandoned or partially uninhabited.

The two kids in this photo live with their parents in this building in Beirut in very bad conditions, making their lives very risky. The sad part is that they pay rent to the landlord.»

Photo by Reine Chahine, photographer, 31 years old.


«Lebanon Will Flourish»

«I believe that although Lebanon (the flower) has passed through rough periods, including war (the stones), it was able to flourishand survive. This picture in my opinion perfectly represents Lebanon after the war.»

Photo taken by Sara Saeed, Student, 17 years old.

Batloun, Chouf.



The articles, interviews and other information mentioned in this supplement do not necessarily reflect the views of the United Nations Development Programme, of L'Orient-Le Jour, nor of the Pnud. The content of the articles is the sole responsibility of the authors.

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