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Lifestyle - Vin sur vin

Avril, mois des primeurs à Bordeaux

Rendez-vous annuel incontournable autour du vin, même lieu et même passion pour de nouvelles surprises.

Georges Gobet/AFP

Chaque année au printemps, tous les experts et professionnels, les dégustateurs, les critiques, les importateurs et les négociants du monde entier se rendent à Bordeaux pour goûter et commenter les vins du millésime. Les passionnés de vin ont tous entendu parler de la dégustation et la vente en primeurs des grands vins de Bordeaux.
Les primeurs sont une institution bordelaise, un système propre au vins de Bordeaux qui ne s’applique nulle part ailleurs ; le principe étant de vendre les vins de la dernière récolte au printemps suivant, en début d’élevage, dont la mise en bouteille s’effectuera 18 à 24 mois plus tard. Cette tradition remonte au XVIIIe siècle, lorsque le négoce bordelais se rendait dans les châteaux quelques mois avant les vendanges pour estimer et acheter la récolte sur pied. Les négociants s’occupaient généralement eux-mêmes de l’élevage et/ou la mise en bouteille des vins. La campagne des primeurs telle qu’on la connaît de nos jours, avec la fameuse semaine de dégustation en primeur, qui a eu lieu cette année du 9 au 12 avril, a été mise en place dans les années 70 avec la création de l’union des grands crus classes de Bordeaux. Ce système s’est institutionnalisé avec le baron Philippe de Rothschild, lorsqu’il a organisé une dégustation professionnelle de son millésime 1982 en avril 1983, alors que le vin était encore en élevage. Cet événement a été largement commenté par la presse.

Primeurs, mode d’emploi
La campagne des primeurs débute par la fameuse semaine de dégustations des primeurs, une sorte de Fashion Week du vin qui réunit les professionnels venus du monde entier. Les acheteurs, les négociants, les journalistes et autres spécialistes viticoles vont déguster, estimer et juger la qualité des vins du millésime de quelque 200 propriétés, dans le but de préparer les achats mais aussi de guider le choix des amateurs. Les notes qu’ils attribuent aux bouteilles sont en effet attendues avec impatience et s’avèrent décisives pour la suite. Ainsi, les fameuses notes de Robert Parker, célèbre critique des vins de Bordeaux jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite, avaient pour effet de donner la tendance définitive au millésime. Les notes de 95 à 100/100 Parker assuraient au propriétaire de vendre rapidement, et au meilleur prix, sa production.
Aujourd’hui, heureusement, cette tendance n’a plus la même influence, le marché n’est plus soumis à ce seul verdict. D’autres critères de qualité et de travail guident à présent la tendance du marché.
La semaine de dégustation des primeurs, essentielle, est suivie par la publication des comptes rendus des critiques par appellations et propriété. Après cette phase de médiatisation des notes, les châteaux mettent sur le marché leurs vins, en primeur, à un tarif qui tient compte, bien sûr, de la note, mais aussi de la demande du marché. Les propriétés communiquent leurs prix ou placent leur vin sur la place de Bordeaux, les unes après les autres, généralement dans le mois qui suit la dégustation.
Pour la vente et comme dans la Bourse, toutes les transactions se passent sur cette place qui, plus qu’un lieu physique, représente un système unique, car les châteaux ne vendent pas leurs vins en direct aux particuliers ni aux différents circuits de distribution.

Un trio efficace
Les grands vins de Bordeaux sont vendus à des négociants par l’intermédiaire d’un « courtier ». Ce sont eux qui assurent ensuite la distribution des vins partout dans le monde. Les courtiers mettent en relation négociants et châteaux. Ces trois acteurs sont essentiels à la commercialisation des vins de Bordeaux.
Le statut de courtier est très respectable à Bordeaux. Il est déterminant dans la fixation du prix de vente en primeur. Comme il est l’intermédiaire entre les propriétaires et les négociants, il est rémunéré par une commission représentant 2 % du montant de la transaction de chaque partie (domaine-négociant). Si la vente en primeur ne concerne aujourd’hui que 3 à 4 % des ventes de Bordeaux, elle a pourtant un important effet sur les petits châteaux dépendant du marché des grandes marques.
Historiquement, seuls les grands crus classés participaient aux primeurs, mais aujourd’hui, ce sont la plupart des domaines de qualité, classés ou non, qui le font. Cependant, depuis quelques années, certains domaines ont tourné le dos au système des primeurs comme le célèbre Château-Latour, qui le fit dès le millésime 2012, ne proposant ses vins sur le marché que lorsqu’ils sont prêts à boire. L’une des motivations principales de ce départ était de reprendre le contrôle des prix de sortie et surtout de se réapproprier les marges qui leur échappaient, au bénéfice du négoce : par exemple, un Château-Latour 2008 sorti à 150€ en primeurs (avril 2009) s’échangeait trois ans plus tard à plus de 800€. Les primeurs qui se vendent sur la place de Bordeaux sont avantageux pour les châteaux et les négociants car les châteaux, qui vendent leurs productions avant la mise en bouteille, n’ont plus à se préoccuper de la commercialisation de leurs vins. Les négociants achètent les vins moins chers (à leur premier prix de sortie). Ainsi, lorsque le millésime acheté en primeurs sera livré, ils pourront le vendre plus cher et récupérer de meilleures marges.
Pour les particuliers, c’est aussi une façon de placer leur argent et faire des bénéfices quelques années plus tard, à condition d’être bien conseillé avant d’acheter.

Les limites du système
Depuis dix ans, les vins de Bordeaux sont sous le feu des critiques. Trop chers, trop techniques, ils auraient perdu leur charme, voire leur âme. Ce n’est plus avantageux d’acheter les vins en primeurs, on trouve à présent des grands vins de l’exceptionnel millésime 2009 sur le marché au même prix de sortie il y a 8 ans.
Paradoxalement, alors que les grands crus n’ont jamais été aussi chers, signe d’une forte demande, ils sont boudés par un certain nombre d’amateurs et de professionnels. Leur offre s’est ainsi réduite sur la carte des vins d’un certain nombre de grandes tables, en France comme dans le monde. La principale raison ? Essentiellement, leur prix. Tirés vers le haut pendant plusieurs années, l’internationalisation de la distribution des grands crus, et l’ouverture de nouveaux marchés tels que l’Asie, où la spéculation sur les grands crus a fait perdre la raison à de nombreux propriétaires, a nui au marché. D’autant que certaines années ont vu les millésimes « du siècle » se succéder. Ce fut notamment le cas en 2009 et en 2010, en 2015 et en 2016. Enfin, l’uniformisation du goût de ces vins très techniques, qui n’a pas aidé. Des vins qui sont faits pour plaire à certains critiques et marchés alors que le connaisseur, lui, veut être surpris, las des vins qui se ressemblent et qui se répètent. Malgré ces critiques, le système des primeurs perdure, soutenu par une organisation tout à fait unique, véritable machine de guerre pour la promotion des grands crus bordelais dans le monde. Ils constituent aujourd’hui encore un phénomène suivi de près par les amateurs du monde entier.

La personnalité


Jancis Robinson, une femme de grande influence

Née le 22 avril 1950 à Cumbria, journaliste, écrivain et critique des vins du monde, elle est coauteur avec Hugh Johnson d’un des plus célèbres ouvrages sur le vin, l’«Atlas mondial du vin». Jancis Robinson anime également la rubrique vin au «Financial Times» et écrit sur son propre site
www.jancisrobinson.com
En 1984, elle a été la première personne non impliquée dans le commerce du vin à décrocher le prestigieux titre de Master of Wine. En 2003, elle a été admise à l’ordre, de l’Empire britannique par la reine Élisabeth II.
Jancis Robinson est non seulement devenue l’un des auteurs les plus célèbres du monde du vin, mais aussi la personnalité la plus influente dans le monde sur internet et les réseaux sociaux.


Le chiffre
+ 700%

 La hausse de prix des premiers crus de Bordeaux entre 1986 et 2012

L’accord mets et vin
L’agneau avec un grand cru  de la célèbre appellation de Pauillac

*Ingénieur agronome de formation, diplômé en œnologie de l’université de Bourgogne à Dijon, Louis Tannoury a obtenu un master en commerce international du vins et spiritueux. Après quelques années d’expérience dans le vignoble bourguignon, il est actuellement importateur et distributeur de vins au Liban (Terroirs-Y-Seleccion).


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