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Lifestyle - Vin sur vin

Investir dans le vin : oui, mais...

Miser sur ce marché tentant peut être un placement très rentable, à condition de respecter certaines règles.

Photo Regis Duvignau/Reuters

« Les bouteilles les plus prestigieuses commencent à exister au moment où on les vide entre amis. » Paul Bocuse


Les vins prestigieux sont en vogue, l’engouement mondial pour l’or rouge ne cesse d’augmenter et le marché des grands vins se porte très bien. En moins de dix ans, les grands crus ont vu leurs prix doubler, voire tripler. Le marché des grands vins est à présent comparable à celui de l’art. Mais comme dans chaque domaine, les tendances, la mode et les goûts changent. Alors qu’est-ce qu’un grand vin et quel est en ce moment le grand vin ?

Certes, la demande est très importante, mais les risques sont très élevés aussi. Les vins qui étaient recherchés il y a une dizaine d’années ne le sont plus aujourd’hui. Ceux qui étaient les mieux notés par le Wine Advocate, et notamment par le célèbre Robert Parker, devenaient alors les plus prisés. Les Grands Crus classés du Médoc et les stars de la Rive Droite avaient les meilleures cotes, et dans les années 2000, les Chinois arrachaient les Château Lafite Rothschild à n’importe quel prix. La prévente des meilleurs vins de Bordeaux en primeur (acheter en primeur, c’est réserver et acheter son vin avant qu’il ne soit mis en bouteilles, et bénéficier de prix avantageux) de 2009 et 2010 est une excellente illustration de ce phénomène : les meilleurs vins ont été cédés à des prix très élevés et leur valeur était censée se maintenir et augmenter, sauf que ces prix ont ensuite dégringolé pour des raisons diverses. Mais les données ont changé. Bordeaux n’est plus à la mode. La demande a baissé et, par conséquent, les prix aussi. Il fut un temps où il était très avantageux d’acheter les grands vins de Bordeaux en primeur, mais avec la forte augmentation des prix, le placement semble à présent moins avantageux.

Vins « parkerisés »
De nos jours, pour réussir, il faut être connaisseur, privilégier les cuvées rares ou les stars montantes. Et donc suivre la tendance de l’année et lire la presse professionnelle. La mode influe également beaucoup sur les cours. Comme en bourse, il convient de se tenir informé sur le marché du vin afin de définir une bonne stratégie d’investissement, savoir quand et quoi acheter, mais aussi quand et quoi vendre.

Les meilleurs retours sur investissement sont bien souvent réservés aux passionnés qui dénichent les nouveaux talents, qui cherchent le vigneron qui fait parler de lui, ou encore la région qui attire le plus d’amateurs. Ainsi, le marché américain s’est métamorphosé après des années de folie et un engouement sans limites pour les grands crus de Bordeaux et les vins parkerisés, boisés et alcoolisés. En 2018, on privilégie les vins des grands noms bourguignons, les cuvées rarissimes du nord de la vallée du Rhône, ou encore les domaines mythiques de la Loire.

Enfin, l’investissement dans le vin comporte une grande part de risque, car il s’agit d’un produit vivant, fragile et précieux, qui nécessite une très bonne conservation, dans des conditions idéales de température (12-14) et d’hygrométrie (75 %). Il faut aussi faire attention aux étiquettes, quelques marchés sont très sensibles à l’état extérieur des bouteilles (capsules, étiquettes…) et rester vigilant.



Le vigneron Bruno Giacosa, un grand nom dans le vin. Capture d’écran


La personnalité
Bruno Giacosa, un grand vigneron vient de partir


Célébré comme l’un des meilleurs vignerons de la région des Langhes, en Italie, né à Neive en 1929, Bruno Giacosa a succédé à son grand-père Carlo et à son père Marco, et a démarré au sein de l’entreprise familiale dès l’âge de 15 ans. Cet homme adhérait à une philosophie toute simple. Selon lui, les vins produits dans le passé étaient meilleurs. Lorsque les rendements étaient inférieurs, l’agriculture était plus simple et la vinification misait moins sur les outils et les techniques, et davantage sur la préservation des attributs fondamentaux d’un cépage donné. Il avait ainsi réussi à produire des vins de caractère, dotés d’une grande richesse aromatique.

Longtemps, Bruno Giacosa, qui a disparu en janvier de cette année, a figuré parmi les meilleurs producteurs du Piémont. Dès les années 1960, la qualité de ses vins n’a cessé de s’améliorer. En 1967, il a choisi de mettre en bouteilles des Borolo et des Barbaresco issus de sélections parcellaires en inscrivant le nom du cru sur la bouteille. Lorsqu’il a subi un grave accident vasculaire cérébral en 2006, il s’est retiré et a cédé la place à sa fille Bruna, qui assume dès lors un rôle de premier plan au sein de l’entreprise.

Les vins de Bruno Giacosa sont de classiques « vins de méditation ». Ils allient richesse et finesse aromatique, élégance, structure, puissance et longévité. Et en 2012, il avait été le premier à recevoir le titre de docteur honoris causa de l’université des sciences gastronomiques de Pollenza.
Le 22 janvier dernier, ce grand nom du vin italien est mort à Alba à l’âge de 88 ans.

Le chiffre 76 300 euros
Le prix d’un jéroboam (bouteille de 3 litres) de la Romanée-Conti Grand Cru 1999 du mythique domaine de Bourgogne cédé dans une vente aux enchères par le cabinet Baghera Wines à Genève le 6 juin 2017.

L’accord mets et vin
Une fondue savoyarde avec des vins à caractère oxydatif, comme les vins jaunes du Jura.

*Ingénieur agronome de formation, diplômé en œnologie de l’université de Bourgogne à Dijon, Louis Tannoury a obtenu un master en commerce international des vins et spiritueux. Après quelques années d’expérience dans le vignoble bourguignon, il est actuellement importateur et distributeur de vins au Liban (Terroirs-Y-Seleccion).
Cette rubrique sera publiée un samedi sur deux.



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