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Moyen Orient et Monde

De l’intérêt d’Assad à utiliser les armes chimiques

Analyse

Persuasives, plus cruelles et moins coûteuses, les armes comme le chlore ou le sarin restent un atout pour Damas.

11/04/2018

Que gagnerait Bachar el-Assad à utiliser des armes chimiques ? À quelques heures, semble-t-il, d’une réaction militaire internationale à l’attaque qu’aurait perpétrée Bachar el-Assad dans la Ghouta samedi dernier, la question se pose plus que jamais. Le 7 avril, une attaque chimique contre Douma, dernière poche rebelle de la Ghouta orientale, a fait plusieurs dizaines de morts et plusieurs centaines de blessés. Les images ont fait le tour du monde. Celles d’enfants suffoquant sont particulièrement pénibles. 

Survenue un an exactement après l’envoi de 59 missiles Tomahawk par Donald Trump pour punir Damas du massacre à l’arme chimique à Khan Cheikhoun et qui a fait plusieurs dizaines de victimes le 4 avril 2017, l’attaque imputée à Damas semble faire effet. En quelques heures, un accord est conclu avec les combattants de Jaïch al-islam, groupe islamiste majoritaire dans la Ghouta mais qui se refusait à quitter Douma. Plusieurs milliers de civils et de combattants avaient entre-temps déjà quitté la zone pour être redirigés vers Jarablos, dans le nord. Le départ des derniers combattants n’était plus qu’une question de temps, selon certains observateurs. Quel intérêt, dans ce cas, pour le gouvernement syrien, d’attirer davantage l’attention de la communauté internationale sur le conflit qui fait rage en Syrie ? Justement, répondraient les soutiens du régime syrien, Assad a déjà gagné. 

Sauf que les négociations auraient capoté entre Moscou et les groupes armés de la Ghouta quelques jours auparavant. Alors que Damas exigeait de Jaïch al-islam qu’il rende les armes ou quitte la ville, le groupe aurait à son tour affirmé vouloir y rester en tant que « force de police locale », à la fureur du gouvernement syrien. L’attaque du 7 avril aurait alors servi de moyen de persuasion particulièrement convaincant. C’est là toute l’horreur des armes chimiques. Invisibles, quelques fois inodores, elles sont bien plus redoutables que les bombes et les armes traditionnelles. Elles font partie d’une guerre psychologique souvent plus destructrice que des frappes aériennes. Elles ont également une connotation bien plus cruelle : elles génèrent des souffrances longues, et une mort assez lente, par asphyxie. 


(Lire aussi : Le piège de la ligne rouge : frapper quoi et pour quels objectifs ?) 


Armes moins coûteuses

Dotées d’un pouvoir de dissuasion particulièrement puissant, les armes chimiques ont aussi l’« avantage » de causer moins de destructions matérielles que des missiles ou autres barils explosifs, armes quotidiennes de Damas et de ses alliés russes. Elles sont, dans ce même registre, moins chères à produire. Le chlore, par exemple, est couramment utilisé au civil, comme dans le traitement de l’eau. Mais il est également moins foudroyant que le gaz sarin, cent fois plus puissant que le cyanure.

Sur le plan politique également, l’utilisation d’armes chimiques peut se révéler utile. D’après un communiqué publié par l’agence syrienne officielle SANA au lendemain de l’attaque de Douma, soit le dimanche 8 avril, Jaïch al-islam aurait demandé à négocier avec Damas, et non plus avec Moscou comme ce fut le cas jusque-là. « Toutes les négociations qui ont eu lieu actuellement sont avec l’État syrien exclusivement après que les terroristes de Jaïch al-islam ont plaidé pour la cessation des opérations militaires lancées contre eux tout au long de la nuit dernière », d’après l’agence. Selon certaines sources, Bachar el-Assad aurait décidé de s’imposer face à la position russe, laquelle aurait permis une présence islamiste à sa porte. Le président syrien fait, ainsi, acte de présence à sa manière, sur un terrain dominé par ses alliés russes, iraniens et autres, et qui ont permis un tournant dans le conflit, notamment depuis le début de l’intervention russe en Syrie en septembre 2015. 

Quant à la communauté internationale, il n’en a que faire. Comme pour narguer ces mêmes pays qui le critiquent avec virulence depuis maintenant sept ans, et dont les « lignes rouges » ne semblent plus représenter grand-chose. Malgré les menaces, le gouvernement syrien s’attend à des frappes – si elles ont lieu – limitées, similaires à celles qui ont visé la base de Chaayrat l’année dernière, en représailles à l’attaque de Khan Cheikhoun. Bachar el-Assad sait pertinemment que le contexte actuel ne permet pas aux Occidentaux d’en faire plus, par peur d’un embrasement généralisé dont personne ne veut.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LUI ET LES RUSSES ET IRANIENS PLUS ACCESSOIRES VONT LE REGRETTER AMEREMENT !

Eleni Caridopoulou

Il fallait attaquer tout de suite et ne pas attendre, je pense que tous veulent qui reste ce criminel. Il pire que Hitler , ill ne tuait pas des allemands, celui ci il tue son peuple

Bery tus

Le plus grand boucher qu’est Assad vas payer le prix fort ... et les russes et l’iran Et la chine ne pourront rien faire

LA TABLE RONDE

Il aurait mieux valu nous faire un article sur le pourquoi le clown déséquilibré mental américain trump-pète n'a pas attaqué, lui qui promettait de le faire en 24 ou 48 h .

Plutôt que nous dire des " il semblerait " ...." qui reste à confirmer" .... " il se pourrait " .....

La non attaque sur Damas en 24 , 48h comme promis est le seul fait réel à débattre, Mme Samia.

Chelhot Michel

Vous vous rappelez sûrement de la fameuse fiole que Colin Powel a exhibée à l'ONU pour justifier la guerre contre l'Irak !
Les Fake news serinées par les merdias internationaux ne bernent plus personne...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA BESTIALITE DANS TOUTE SON ABJECTE OPULENCE !

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