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Moyen Orient et Monde

De Bush à Trump, de l’Irak à l’Iran : l’histoire se répète-t-elle ?

États-Unis

Une offensive militaire contre Téhéran reste improbable, mais l’arrivée à la Maison-Blanche de Mike Pompeo et John Bolton ravive les peurs d’un nouveau conflit.

27/03/2018

Sa nomination inquiète. Fait peur, même. L’arrivée à la Maison-Blanche de John Bolton, le nouveau conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, ravive les inquiétudes d’un nouveau scénario à l’irakienne, en référence à la guerre lancée en 2003 par Washington contre Saddam Hussein. Ce « faucon » à l’attitude de va-t-en-guerre n’a jamais caché son penchant pour des frappes militaires contre l’Iran et la Corée du Nord. Connu pour ses positions radicales depuis qu’il était ambassadeur à l’ONU, entre 2005 et 2007, quand George W. Bush était président, il a toujours défendu les guerres dites « préventives » et a été l’un des plus grands défenseurs de l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Il a même tenté de convaincre l’ancien ministre israélien de la Défense Shaul Mofaz de frapper l’Iran, selon des révélations récentes de l’ancien diplomate. Il a également multiplié les déclarations chocs à l’égard des Nations unies et s’est opposé à la création de la Cour pénale internationale.

La nomination de Mike Pompeo à la tête du département d’État et aujourd’hui celle de John Bolton sont pour plusieurs observateurs le signe qu’un nouveau conflit couve. L’ultimatum donné par Donald Trump à ses alliés européens pour durcir l’accord sur le nucléaire iranien expire en mai et d’aucuns voient cette date se rapprocher avec appréhension, de peur d’un retrait américain de l’accord.

L’histoire se répètera-t-elle pour autant ? Rien n’est moins sûr. Le contexte, déjà, n’est pas le même. Plusieurs différences fondamentales opposent l’administration de G.W.Bush à celle de Donald Trump, au sein de laquelle le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, surnommé « Mad Dog », apparaît aujourd’hui comme la figure la plus modérée, après le départ de Rex Tillerson et du général H.R.McMaster ces dernières semaines. « La première différence, fondamentale, concerne le caractère pragmatique de l’administration Bush en comparaison à celle de Trump.

L’administration de G.W.Bush ne serait pas allée en Irak et en Afghanistan s’il n’y avait pas eu un événement si puissant, si singulier (le 11-Septembre) pour créer des circonstances propices au lancement de l’un des plus grands désastres de la politique étrangère américaine », explique pour L’Orient-Le Jour Aaron David Miller, vice-président au Centre Wilson à Washington, ancien analyste du département d’État et négociateur au sein d’administrations républicaines et démocrates. « La seconde différence est que l’administration actuelle n’a pas, pour l’instant en tout cas, un événement de la même signification qui impliquerait l’Iran ou la Corée du Nord, et lui donnerait la justification politique nécessaire pour un mouvement militaire majeur. Et troisièmement, Donald Trump est réticent au risque, surtout quand il s’agit de projeter une image de force militaire », énumère le spécialiste, qui affirme voir plus de différences que de similarités entre les deux administrations. Malgré sa rhétorique belliqueuse, Donald Trump a eu plus d’une occasion de confronter militairement le régime iranien et s’est pour l’instant abstenu.


(Lire aussi : John Bolton, un faucon de plus à la Maison-Blanche)



Déclaration de guerre ?
« La nomination de Bolton est essentiellement une déclaration de guerre à l’Iran. Avec Pompeo et Bolton, Trump est en train d’assembler un cabinet de guerre », écrivait il y a quelques jours Trita Parsi, auteur et analyste spécialiste de l’Iran. Mais les circonstances exceptionnelles qui ont mené à l’invasion de l’Irak en 2003 par les forces américaines ne sont aujourd’hui tout simplement pas présentes, juge Aaron David Miller, qui voit trois obstacles s’élever face aux velléités guerrières de John Bolton : « Jim Mattis, Donald Trump, qui prône plutôt les interventions épisodiques et discrètes dans certaines parties du monde, et enfin l’opinion publique et le Congrès qui sont contre un nouvel Irak. »


(Lire aussi : Trump met sa politique étrangère dans les mains des va-t-en-guerre)



Même un retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, considéré par John Bolton et Mike Pompeo comme une aberration, ne signifierait pas pour autant une nouvelle guerre. Tous les postes ne sont toujours pas occupés au département d’État. Un sommet historique pourrait avoir lieu entre Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jung-un, qui pourrait redessiner toute la présidence de Trump. Ce dernier ne renoncerait probablement pas à la tenue d’un tel événement pour répondre aux aspirations guerrières de son conseiller. Seuls un échec retentissant de ce sommet ou une reprise du programme nucléaire iranien, pour l’instant plus qu’hypothétique, pourraient pousser le président américain à envisager une position militaire bien plus offensive. « Pourquoi Téhéran reprendrait-il son programme nucléaire ? Son succès diplomatique tient justement de sa stratégie à être constamment à un cheveu d’avoir l’arme nucléaire », mais sans jamais l’avoir, estime Aaron David Miller.

Si un scénario à l’irakienne semble exclu, le risque d’une escalade incontrôlée reste toutefois réel. Compte tenu du contexte régional au Moyen-Orient, et particulièrement en Syrie où Israël et l’Iran testent leurs lignes rouges respectives, l’administration Trump pourrait être confrontée au choix de s’engager ou non dans une action militaire. Reste à voir si à ce moment-là la présence de Jim Mattis suffira à jouer le rôle de garde-fou face aux faucons...



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Je ne vois aucun changement à part avoir nommé medor à la place de blacky .

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