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"A droite toute" : le Front national change de nom sans changer de ligne

France

Les thèmes fédérateurs de Marine Le Pen sur la sécurité, l'immigration, l'islam lui permettent de réunir des militants divisés à la perspective d'un changement de nom, validée seulement par une "courte majorité".

OLJ/Anne RENAUT/AFP
13/03/2018

Marine Le Pen veut changer le nom du parti français d'extrême droite Front national, pour le rendre plus fréquentable en vue d'éventuelles alliances de gouvernement, mais la ligne du parti reste orientée "à droite toute", rendant hypothétiques les rapprochements, analysent des politologues.

La dirigeante frontiste a proposé au congrès de sa formation, le week-end dernier, de rebaptiser le parti "Rassemblement national", estimant que le mot "front" a un côté trop "guerrier" selon ses dires.
La présidente espère ainsi tirer un trait sur le passé sulfureux du parti, à l'image entachée par les déclarations controversées de son fondateur, Jean-Marie Le Pen, notamment sur la Shoah.

Mais ce changement d'appellation n'a pas empêché que le FN ressorte de ce congrès "à droite toute", sur une ligne inchangée "nationale populiste", affirme le politologue Jean-Yves Camus, interrogé par l'AFP.
Celle qui, comme Emmanuel Macron, vante la fin du clivage droite-gauche, a suivi un "logiciel clairement de droite" en défendant "les valeurs, la transmission, le patriotisme, l'attachement charnel à la France", analyse M. Camus.
Certes, la présidente du FN marche toujours "sur deux jambes", comme elle le dit souvent.
A l'adresse des militants plus conservateurs comme sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, elle a dénoncé dimanche une "société sans limites", en "pleine inversion des valeurs", annonçant la tenue d'un colloque pour "en finir avec mai 68".

Aux partisans d'une ligne "sociale" incarnée par son ancien bras droit Florian Philippot, qui a quitté le FN, elle a promis de "protéger" les "plus humbles" du "déclassement programmé", de défendre les services publics et le "patriotisme économique".




Concilier l'inconciliable

"Elle est bien sur deux jambes, car il existe un volet +social+ à droite. Mais c'est un volet +social+ qui applique la discrimination entre nationaux et étrangers. Ce qui n'est pas envisageable à gauche", explique M. Camus.
Les applaudissements les plus nourris, avec des militants scandant debout "on est chez nous", ont été entendus quand Marine Le Pen a lancé que "l'immigration légale et illégale n'est plus tenable" et que "l'argent des Français doit d'abord revenir aux Français".
Ses thèmes fédérateurs sur la sécurité, l'immigration, l'islam lui permettent de réunir des militants divisés à la perspective d'un changement de nom, validée seulement par une "courte majorité".

La difficulté pour Marine Le Pen est de "concilier deux choses incompatibles: attirer de nouveaux électeurs qui hésitent encore à voter FN, d'où le changement de nom, et en même temps se distinguer des autres partis politiques et donc maintenir sa radicalité", estime le sociologue Sylvain Crépon.

La venue samedi au congrès du FN du sulfureux Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, qui a promis la "victoire" des populistes en Europe, a aussi semblé contredire les efforts de "dédiabolisation" de Marine Le Pen.
"Pour faire oublier les aspects sulfureux du FN, le nom devrait se traduire par une réorientation du programme", estime M. Crépon.




Leçons de campagne
"Rien ne peut changer", tranche M. Camus, car ce n'est pas dans l'intérêt du FN d'abandonner la préférence nationale, sinon il "ressemblerait comme deux gouttes d'eau aux Républicains tendance Laurent Wauquiez", dit-il en référence au nouveau président des Républicains (LR), le parti de la droite classique affaibli par le ralliement de certains de ses cadres au président Macron, à l'instar du Premier ministre Edouard Philippe.

M. Wauquiez, président des LR, a adopté une ligne dure pour tenter de donner un nouveau souffle à son parti, victime comme l'ensemble de la classe politique française du raz-de-marée électoral du nouveau mouvement de M. Macron.
La présidente du FN a plaidé pour des alliances, mais sans annoncer de rapprochement concret.
"Aucune leçon n'a été tirée du ratage de la campagne" présidentielle, juge le politologue Jean-Yves Camus.

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