Photo d'archives datant de novembre 2010 montrant le colonel Suzanne El-Hajj dans son bureau à Hadeth. AFP / ANWAR AMRO
Le colonel Suzanne Hajj, ex-directrice du bureau de lutte contre les crimes informatiques au sein des forces de sécurité libanaises, était toujours détenue samedi pour son rôle présumé dans la fabrication d'accusations à l'encontre du dramaturge et acteur libanais Ziad Itani alors que des mises en garde contre la politisation de ce dossier ont été lancées par le chef de l'Etat et le Premier ministre libanais.
Une source sécuritaire a indiqué à l'AFP sous le couvert de l'anonymat que la responsable en question, arrêtée depuis vendredi dans le cadre de l'enquête, est soupçonnée d'avoir "utilisé les services d'un pirate informatique pour fabriquer des conversations afin de faire accuser Ziad Itani d'avoir eu des communications avec une fille israélienne".
La chaîne de télévision libanaise MTV affirme de son côté que le pirate informatique, également détenu par la police libanaise, a avoué avoir agi à la demande de Mme Hajj et a confirmé les accusations portées contre lui.
Selon un analyste qui suit de près le dossier, Suzanne Hajj avait perdu son poste à la suite d’un retweet "malheureux" d’un message ironique contre l’Arabie saoudite. Un certain Ziad Itani avait diffusé la capture d’écran de son retweet et elle aurait monté l’affaire pour se venger, mais se serait trompée de victime en raison de l’homonymie.
L'avocat de Ziad Itani, Rami Itani, a annoncé samedi que son client sera libéré "très prochainement".
Connu pour une série de pièces comiques sur la vie beyrouthine et âgé d'une quarantaine d'années, M. Itani avait été arrêté en novembre pour avoir "collaboré et communiqué" avec l'Etat hébreu.
En novembre, la Sûreté générale libanaise avait assuré que l'acteur aurait eu "pour mission de surveiller un groupe d'hommes politiques de haut niveau (...) et d'obtenir des détails sur leur vie et leur travail". En décembre, il avait été déféré devant la justice militaire.
Avant de devenir acteur et auteur, Ziad Itani travaillait comme reporter pour la chaîne de télévision pro-Hezbollah Al-Mayadeen et collaborait avec différents journaux.
Série de condamnations
Samedi, le président libanais, Michel Aoun, et le Premier ministre, Saad Hariri, ont appelé à ne pas politiser l'affaire Itani. Ils réagissaient au tweet diffusé la veille par le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk qui a affirmé que "l'acquittement ne suffit pas" et que "tous les Libanais s'excusent auprès de Ziad Itani".
"Tout le monde doit respecter le secret de l'enquête et s'abstenir de rendre publiques des informations avant la fin de la procédure judiciaire", a prévenu Michel Aoun dans un message sur la page Twitter de la présidence de la République. "Les dossiers entre les mains de la justice doivent rester à l'écart de toute tentative d'exploitation, quel qu'en soit le but", a ajouté le chef de l'Etat.
Même son de cloche de la part de Saad Hariri, dont le bureau de presse a publié un communiqué en ce sens. Le Premier ministre a ainsi appelé à "écarter cette affaire des tensions politiques et de l'arène médiatique et de cesser de l'exploiter en faisant du tort à la réputation de la justice et des forces de l'ordre".
"Cette affaire est entre les mains de la justice et des forces de l'ordre qui assument leurs responsabilités en vertu de la loi, loin de toute politisation. C'est ce qu'a fait d’abord le département de la Sécurité de l'Etat, et c'est ce que font actuellement les FSI et leurs services de renseignement, suite à une décision de justice", a ajouté M. Hariri.
"Le peuple libanais ne présente d'excuses à personne", a souligné de son côté le ministre de la Justice Salim Jreissati sur Twitter. "Il est indigne qu'un responsable présente ses lettres de créance électorales en réclamant de telles excuses, a-t-il ajouté L'acquittement ou l'inculpation relève uniquement de la Justice, qui énonce ses verdicts seule, au nom du peuple libanais".
"Le peuple libanais n'est pas concerné par les excuses présentées à Ziad Itani. C'est à vous, les responsables au pouvoir, de présenter des excuses pour ce fiasco sécuritaire et juridique et de démissionner (...)", a pour sa part écrit sur Twitter le leader druze Walid Joumblatt.
Itani a "payé très cher"
Des sources proches du ministère de l’Intérieur contactées par L’OLJ ont qualifié l’affaire Itani de "dossier monté de toutes pièces", assurant que "d’autres personnes impliquées dans la fabrication de ce dossier seront bientôt désignées". Ces sources ajoutent que M. Machnouk était convaincu de l’innocence de M. Itani depuis quelque temps, notamment depuis que l’affaire a été transférée de la Sécurité de l’Etat aux renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI).
Lors d'une conférence de presse aujourd'hui, l'association de la famille Itani a remercié Saad Hariri, Nouhad Machnouk et les autorités judiciaires compétentes "pour avoir déjoué le complot qui se tramait" contre Ziad Itani et a appelé les dirigeants à ne pas instrumentaliser l'affaire pour des causes électorales, alors que les législatives sont prévues le 6 mai.
"Nous demandons que cette affaire soit tenue à l'écart du bazar politique et de la question des élections législatives car certains tentent de se faire une popularité en exploitant ce dossier", a martelé un porte-parole de la famille, lors d'une conférence de presse.
"Nous avons toujours cru en l'innocence de Ziad Itani. Nous n'accusons personne, nous attendons la suite de l'enquête", a insisté la famille Itani. "Ziad Itani a payé très cher, et nous ne laisserons pas cette affaire passer comme si de rien n'était", a-t-elle conclu.
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12 h 30, le 04 mars 2018