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Économie

Le Liban plus fragile depuis la crise de novembre, selon le FMI

Rapport

L’institution internationale appelle la Banque centrale à hausser ses taux d’intérêt afin de compenser le ralentissement des dépôts.

16/02/2018

La situation dans laquelle se trouve l’économie libanaise n’est plus viable et doit être redressée en urgence, en mettant la priorité sur la restauration de la confiance des investisseurs ainsi que la consolidation des finances publiques.  

C’est sur ce constat alarmiste que la délégation d’experts du Fonds monétaire international (FMI) a conclu sa visite au Liban, du 1er au 12 février, dans le cadre des consultations annuelles au titre de l’article IV. Menée par Chris Jarvis, la délégation a publié son rapport le 12 février, environ deux mois après avoir émis ses remarques préliminaires sur la situation économique libanaise à l’issue de sa précédente visite.

Le texte souligne notamment que la crise politique et diplomatique de novembre dernier – suite à la démission avortée du Premier ministre Saad Hariri – a fragilisé la situation du pays en provoquant une hausse « de 2 à 3 points des taux d’intérêt » sur les dépôts en livres, renforçant de fait la dépendance de l’économie à la confiance des déposants (les taux sur les nouveaux dépôts en livres gravitent autour de 9 % actuellement). Un facteur aggravant pour une économie déjà à la peine, souligne le FMI dans son rapport.


Arrimage de la livre au dollar
« Les autorités ont obtenu des résultats significatifs ces derniers mois, notamment en s’accordant sur le premier budget en octobre 2017, le premier en douze ans. Cependant, la situation économique reste fragile du fait d’une croissance lente et prolongée », qui devrait se situer entre 1 et 1,5 % en 2017, comme en 2018, note l’institution. En octobre déjà, le FMI avait abaissé sa prévision de croissance pour le Liban en 2017, de 2 % à 1,5 %.

Autre motif de préoccupation pour l’institution, le ralentissement de la croissance des dépôts bancaires, qui ont progressé de 3,8 % en 2017, soit à un niveau inférieur à celui enregistré ces dernières années (+7,2 % de croissance annuelle en 2016). Le FMI s’inquiète également du niveau élevé de la dette publique, qui devrait « rapidement » dépasser 150 % du PIB, et du déficit du compte courant, qui s’élève à environ 20 % du PIB. En l’absence de réformes, l’institution craint que la dette publique atteigne 180 % du PIB d’ici à 2023 et que le pays ne puisse plus maintenir l’arrimage de la livre au dollar.

Enfin, l’amélioration de la conjoncture libanaise est toujours étroitement liée à la stabilisation de la situation politico-sécuritaire chez son voisin syrien. Ainsi, si le pays du Cèdre peut bénéficier des retombées positives liées à la reconstruction de la Syrie – reprise des échanges commerciaux, amélioration de la confiance des investisseurs régionaux –, il reste néanmoins très exposé aux contrecoups des tensions régionales.


Droits d’accises sur les carburants
Dans ce contexte, le FMI juge que les pouvoirs publics doivent procéder à des « ajustements urgents » en matière de finances publiques. « Lors des années précédentes, le Liban a mené une politique mêlant laxisme fiscal, taux d’intérêt élevés sur les dépôts et faible coût du crédit garanti à travers un système de subventions quasi fiscal », note le rapport, faisant notamment référence aux différents plans de relance lancés par la Banque du Liban (BDL) depuis 2013. Un système qui ne serait plus viable pour le FMI, qui appelle le Liban à adopter un « budget crédible », qui « combine une hausse des recettes et une baisse des dépenses équivalant à 5 % du PIB. » S’agissant des recettes, l’institution préconise par exemple d’augmenter la TVA (qui a déjà été relevée d’un point en 2017, à 11 %), de rétablir un droit d’accise sur les carburants et de progressivement supprimer les transferts à Électricité du Liban (EDL).

Dans un contexte d’incertitudes politiques locales et régionales, le FMI conseille en outre à la BDL de hausser ses taux d’intérêt, voire d’utiliser ses réserves de devises afin de compenser le ralentissement des dépôts du secteur privé. « La BDL devrait recourir aux instruments monétaires classiques (...), et les efforts devraient se poursuivre pour accroître les marges de manœuvre des banques », qui restent très exposées à la dette souveraine, note encore l’institution. Le FMI recommande en outre au secteur bancaire de prendre des mesures supplémentaires pour limiter les risques liés au crédit, entre autres mesures. À un niveau plus global, il appelle notamment à moderniser le secteur de l’électricité ou renforcer la lutte contre la corruption. Enfin, parmi les motifs d’espoir, le FMI rappelle que le Liban a préparé un programme de modernisation de ses infrastructures qu’il doit présenter aux institutions financières et pays donateurs lors de la conférence du Cèdre, prévue à Paris en avril. « Le gouvernement a annoncé un plan de 16 milliards de dollars, mais les aides – fournies sous forme de prêts concessionnels – ne devraient pas dépasser 6 milliards », commente pour L’Orient-Le Jour l’économiste Roy Badaro, qui pense que le Liban doit surtout adopter une vision globale pour orienter son développement, de façon à favoriser la croissance inclusive et progressivement intégrer les revenus de l’économie informelle. « Les inégalités ainsi que le niveau élevé de la dette sont les deux principaux facteurs qui font obstacle au redressement économique du pays », conclut-il.



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