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Moyen Orient et Monde

Le « suicide » d’un écologiste célèbre fait grand bruit en Iran

Polémique

De nombreuses voix se sont élevées pour connaître les véritables causes de la mort suspecte en prison du Pr Kavous Seyed Emami.

13/02/2018

C’est son fils, Ramin Seyed Emami, connu sous le pseudonyme King Raam, chanteur du groupe Hypernova, qui a révélé le décès du Pr Kavous Seyed Emami : « L’annonce de la mort de mon père est à peine croyable. Kavous Seyed Emami a été arrêté le 24 janvier 2018, et vendredi 9 février sa mort a été annoncée à ma mère. Ils disent qu’il se serait suicidé. Je ne peux toujours pas le croire », a-t-il écrit sur son compte Instagram samedi soir. 

Une fois n’est pas coutume, de nombreuses voix se sont élevées pour connaître les véritables causes du décès. Dans un tweet, samedi 10 février, Mostafa Tajzadeh, activiste politique et adjoint au ministre de l’Intérieur lors du mandat du président réformateur Mohammad Khatami, a fait appel au président Hassan Rohani et lui a demandé de prendre les mesures nécessaires « pour déterminer les vraies raisons de la mort du Pr Emami ». 

Hier, un député réformateur cité par le site économique iranien 

donya-e-eqtesad a demandé à la justice de faire la lumière sur la mort du Pr Emami : « En peu de temps, deux morts ambiguës ont eu lieu au sein de la prison d’Evin, les gens s’inquiètent de ces informations et du silence des responsables », a ainsi déclaré Mohammad Reza Badamchi. 

Le décès en prison d’Emami vient en effet s’ajouter à ceux de contestataires arrêtés suite aux protestations sociales qui ont éclaté dans 80 villes d’Iran fin décembre. Sina Ghanbari se serait ainsi suicidé dans les toilettes d’Evin. Beaucoup se sont indignés de la mort du jeune homme : « Je ne le connaissais pas, mais, comme beaucoup, cela m’a attristé », affirme ainsi un tenancier de café de 32 ans. Sur les réseaux sociaux, il est fait état d’au moins deux autres morts suspectes qui n’ont cependant pas été confirmées. Un « comité d’investigation des arrestations » de 2017 a d’ailleurs vu le jour. Sur Telegram, l’application de communication très utilisée en Iran, ce comité rassemble des données concernant la détention des protestataires. L’objectif, faciliter les investigations et donner des réponses aux familles et aux citoyens. Ainsi, le 21 janvier, Mehdi Mahmoudian, ancien journaliste et réformateur, publiait sur Twitter un rapport du comité attestant des conditions de détention de certains prévenus.


(Lire aussi : Interrogations autour du "suicide" en prison d'un écologiste irano-canadien )



Le bras de fer politique continue

Le comité de sécurité nationale du Parlement iranien a confirmé lundi soir le suicide du professeur suite à une vidéo montrant le détenu « se préparer à son suicide », rapporte l’agence iranienne FARS News. Selon le président conservateur du comité, Alaeddin Boroujerdi, la famille n’a pas demandé d’autopsie. Dans la foulée, le député modéré, Ali Motahari, dénonce un manquement du surveillant : « Dans la vidéo, bien que l’instant du suicide ne soit pas clair, on y voit cependant Kavous Seyed Emami se préparer pendant 7-8 minutes. Le responsable des caméras de sécurité aurait dû se rendre compte plus rapidement de ce qui se passait pour pouvoir l’empêcher. » Le député ajoute : « À mon avis, les explications concernant la mort d’Emami ne sont pas suffisantes. » 

« Même si ces personnes (arrêtées) ont de lourdes accusations contre elles, la protection de la vie des prévenus relève de la responsabilité de la justice », avait également soutenu, dimanche soir, le député Mahmoud Sadegh à l’agence de presse iranienne ILNA à propos de l’arrestation des écologistes.

Les raisons de l’arrestation du Pr Emami restent également encore floues. Samedi, le procureur de Téhéran, Abbas Jafari Dolatabadi, avait fait état de l’arrestation d’un groupe d’écologistes qui menaient des études sur le guépard iranien. Ces experts seraient soupçonnés d’espionnage. C’est dans ce cadre qu’aurait eu lieu l’interpellation du Pr Emami ainsi que de Morad Tahbaz, Irano-Américain et sponsor de la fondation pour la faune persane. Mais Sadegh 

Zibakalam, chef du département politique de l’Université de Téhéran, s’interroge : « Quiconque connaissait Kavous Seyed Emami, professeur de sociologie de l’Université Emam Sadegh, (…) se demande à quelles informations classées secrètes il a pu avoir accès pour vouloir les donner à nos ennemis. » 

Mahmoud Reza Tabesh, en charge de l’environnement au Parlement, rejoint ses propos : « Jusqu’à présent les investigations n’étaient pas convaincantes. Ces experts n’étaient pas politisés et n’avaient pas accès à des informations classées secrètes », a-t-il déclaré à l’agence iranienne ILNA. Selon lui, cette affaire met à mal l’ouverture qu’a initiée le gouvernement de Rohani envers les ONG. Celles-ci pourraient ne plus avoir confiance et « le gouvernement risquerait ainsi d’être privé des informations scientifiques et des expertises de ces bénévoles, qui jouent le rôle de médiateurs entre le gouvernement et la population ». 

Ces événements attestent encore une fois d’un bras de fer entre les instances judiciaires aux mains des conservateurs et le gouvernement réformateur de Hassan Rohani. Lors du 39e anniversaire de la révolution, dimanche, le président iranien a réaffirmé pendant son discours la nécessité de procéder à des réformes et insister sur l’importance de faire confiance au peuple : « Si notre révolution a duré 39 ans, c’est parce que nous organisons des élections ! Acceptons les choix de notre peuple. » M. Rohani a également appelé à l’unité : « Laissons de côté nos rivalités pour être ensemble », a-t-il scandé. Pas sûr qu’il ait été écouté.


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Irene Said

C'est probablement le "guide suprême Khamenei"
qui lui a montré comment se "suicider".

Le plus drôle dans tout cela est que ces chers Iraniens s'imaginent que le monde continue d'avaler ces couleuvres sans problèmes !

Et dire que chez nous au Liban des troupeaux entiers de moutons-suiveurs-bêleurs s'évertuent de vivre, penser, s'habiller comme ces Iraniens...et sont certains qu'ils iront droit au paradis promis.
Irène Saïd

Wlek Sanferlou

Bien sûr le monde entier croit la version homemade des Iraniens disant que le professeur Emami s'est suicidé. Des suicides assistés et même inspirés de ce genre sont monnaie courante dans la démocratie irano/loufoque

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