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Lifestyle - ZAWARIB BEIRUT

L’autre Mar Mikhaël

Le silence le jour, et ces ruelles à arpenter avec des arrêts répétés ; la foule, la nuit, bavarde et insomniaque, qui l’envahit : Mar Mikhaël à pile ou face, c’est tout ça à la fois... Et on l’aime.

Mar Mikhaël de jour se repose en attendant la nuit... Photo Michel Sayegh

Des fresques peintes qui trouvent leur place à la porte d’une église éponyme, humble, presque timide, entourée d’un jardin discret. Un théâtre voisin, celui de Maroun Naccache, dont les jours de gloire artistique passée sont hélas oubliés, un salon de coiffure juste à côté, et un figaro de quartier qui attend ses clients, assis, tranquillement, sur le trottoir.

Les recoins cachés et bourrés de charme de Mar Mikhaël, un Mar Mikhaël silencieux, plus « résidentiel », proposent de petites balades intimistes dans le cœur de ce quartier où chaque détail, parfois caché, interpelle et séduit. On peut même y apercevoir un des plus imposants arbres à caoutchouc de Beyrouth.

À quelques pas, dans la rue d’en face, un superbe immeuble des années 20, loin de tout, est brillamment camouflé derrière des arbres. Autour, une ou deux belles maisons anciennes racontent elles aussi des histoires, avec leurs antres dédiés à la Vierge ou à tous les saints, sous des escaliers vieillis par le temps, et juste à côté du linge étalé au soleil. Cette image d’une carte postale sépia, pleine de tendresse, est également le visage de Mar Mikhaël, vu le jour et dans une ambiance très différente, plus vraie, plus brute, plus pauvre aussi que l’autre, fondu dans une nuit blanche.

Contrastes
Même si Mar Mikhaël s’est forgé ces dernières années, au Liban et même au Moyen-Orient, une réputation de quartier hipster par excellence, certes, mais surtout de lieu de nuit, le place to be pour des soirées amusantes, bousculées et bruyantes, il est difficile de se souvenir ou de retrouver, dans tout ce brouhaha, son aspect village, ses couleurs plus authentiques qui le rendent encore plus charmant. Disons plutôt que son charme vient de ce mélange, ce contraste entre ses deux personnalités, ses côtés pile et face. Tout comme Campo dei Fiore à Rome ou Portobello Road à Londres, par exemple, un marché de fruits et de légumes ou d’antiquités le jour, et des bars animés la nuit.

Nous voici à présent au coin de Mar Mikhaël et de la rue Pharaon. Les bâtisses sont un mélange de maisons qui n’ont plus d’âge et de bureaux accaparés pour la plupart par des entreprises qui travaillent dans l’art, le design, les médias et la culture. À proximité, l’église arménienne évangélique, au coin de la rue Ibrahim Pacha, fait face à un chantier encore en construction, une structure en verre arrogante qui a bien heureusement conservé sa façade ottomane. Sur cette rue qu’on aime emprunter, pour flâner, pour retrouver des repères agréables, une librairie spécialisée en livres d’art, de photo et d’architecture, un restaurant libanais, un autre de burgers. Les cadres sont simples, agréables, inattendus, comme ce nouveau restaurant de viande, autrefois un garage qui réparait des voitures.

Dans la rue voisine, un parfum de Sicile, repéré dans un café, restaurant et centre d’art qui porte le nom de la ville ; à quelques pas, c’est la saveur de l’Himalaya que l’on retrouve dans cette boutique dont le propriétaire ramène des meubles et autres objets artisanaux glanés de ses voyages en Chine ; un restaurant indien, un autre italien, un mélange de saveurs qui teintent les nuits de parfums enivrants.

Snobé puis adulé
En se dirigeant de la rue Pharaon vers la rue de Madrid, on trouve les meilleurs designers de la ville qui ont installé leur enseigne et donné au coin son caractère. C’est ici que les premières (visionnaires et courageuses) boutiques ont osé s’installer il y a une dizaine d’années. Dans un coin de la ville alors méconnu, ignoré, presque snobé. Des créateurs de mode locaux y ont ouvert leur atelier, des designers de bijoux leur magnifique concept store, une architecte d’intérieure libano-grecque sa boutique de meubles et d’objets, aux côtés d’autres vitrines de vêtements et de produits de qualité fabriqués au Liban et des galeries spécialisées en art contemporain local. Tous ces créateurs, ces propriétaires, prennent le temps de se parler entre voisins, se racontent leurs histoires autour d’une tasse de café dans leur espace ou dehors, pour les fumeurs parmi eux. Ils ont su rester simples malgré un talent reconnu à présent à l’international. Un certain nombre d’entre eux vend sa production à Bloomingdales New York, Harvey Nichols Londres ou au Shinjuku district de Tokyo.

Nulle part ailleurs dans Beyrouth on ne peut trouver une telle concentration de créativité et de passion pour la mode et le design, avec la présence de galeries d’art et d’espaces culturels.
Mar Mikhaël est le quartier idéal pour flâner dans l’après-midi ou en début de soirée en quête d’inspiration. Même le glacier du coin, une marque libanaise également célèbre aux États-Unis, est un arrêt plein de charme pour consommer son cône sur place ou l’emporter. Le cadre idéal où l’on a envie de concrétiser et d’installer toutes les idées, même les plus insolites. Que ce soit un restaurant de homards, de spécialités hawaïennes ou de créations inattendues. Un grand nombre de bars, bourrés la nuit d’heureux habitués, se transforment en journée en cafés, devenant ainsi l’environnement idéal pour un moment de solitude, de réunion ou de réflexion. La vibration sensiblement différente, voire à l’opposé, de jour et de nuit, s’adapte bien à la géographie du quartier. Cette partie de la ville démarre à la rivière de Beyrouth, en extension avec Bourj Hammoud, rejoignant, via Gemmayzé, le hub de la place des Martyrs. Elle se situe, en quelque sorte, entre le raffinement d’Achrafieh et la brutalité de Quarantina, entre Bourj Hammoud la surpeuplée et le centre-ville minimaliste. Mar Mikhaël est ainsi naturellement voué aux contrastes.
Ce qui n’était autrefois qu’un coin industriel est devenu un centre pour noctambules en quête de belles nuits (blanches). Après avoir, en journée, respiré l’air marin et pédalé le long de la rue d’Arménie, après s’être s’arrêté pour un café sur le pouce, un petit déjeuner healthy ou un déjeuner dans un de ces charmants petits restaurants à caractère, en découvrant à nouveau ces boutiques qui rivalisent de qualité avec de nombreuses enseignes de New York ou d’ailleurs.
Mar Mikhaël, on ne s’en lasse pas, 24h/24… Qui l’aurait dit ?


http://www.zawarib.net/
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*Il a sillonné les rues de Beyrouth à pied, plongé dans ses entrailles durant des mois entiers, erré dans ses dédales, pour y décrypter les vrais noms, avant que des coïncidences, des (mauvaises) habitudes les aient changés. Bahi Ghubril en a constitué des plans, des cartes, des guides et un label : Zawarib Beirut. Il devient ainsi, une semaine sur deux, et pour notre plus grand plaisir, le guide des lecteurs de « L’OLJ », irréductibles amoureux de cette ville aux mille parfums.



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Des fresques peintes qui trouvent leur place à la porte d’une église éponyme, humble, presque timide, entourée d’un jardin discret. Un théâtre voisin, celui de Maroun Naccache, dont les jours de gloire artistique passée sont hélas oubliés, un salon de coiffure juste à côté, et un figaro de quartier qui attend ses clients, assis, tranquillement, sur le trottoir. Les recoins...

commentaires (4)

Mon Dieu comme ça a change!! J'habitais a 100 m.de l'hôpital Saint Georges des Orthodoxes et quand j'étais fatiguée d'étudier j'allais me promèner à la rue Sursock pour admirer les belles villas

Eleni Caridopoulou

17 h 26, le 27 janvier 2018

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Commentaires (4)

  • Mon Dieu comme ça a change!! J'habitais a 100 m.de l'hôpital Saint Georges des Orthodoxes et quand j'étais fatiguée d'étudier j'allais me promèner à la rue Sursock pour admirer les belles villas

    Eleni Caridopoulou

    17 h 26, le 27 janvier 2018

  • Souvenirs souvenirs ... “Bien émouvants sont les souvenirs des souvenirs.” Je me rappelle encore le jour de l'inauguration de la longue rue d'Arménie ...il y a déjà 40 ou 45 ans ... Les souvenirs d'enfance ont un gout très particuliers surtout quand ils sont agréables. Vive notre petit paradis le Liban avec ses peines et ses joies, sa grandeur et ses faiblesses, ses querelles et ses amours .... On l'aime tel qu'il est !

    Sarkis Serge Tateossian

    12 h 38, le 27 janvier 2018

  • AVEC LE PAPIER HYGIENIQUE DE L,ACCORD QUI Y A ETE SIGNE LE QUARTER EST DE TRES MAUVAISE SOUVENANCE !

    LA LIBRE EXPRESSION.

    11 h 45, le 27 janvier 2018

  • Charmant quartier qui semblait être "exilé" aux confins d'Achrafieh et qui a retrouvé un éclat et un caractère propres. Pour bien faire, ne prenez pas votre voiture, venez en taxi, à vélo, à pied. Vous êtes à Gemmayzé? Admirez, rue Gouraud, la magnifique maison d'Anastasia Sursock, rénovée à l'identique par son petit-fils, aiinsi qu'une foultitude d'autres maisons, certaines en ruines, qui témoignent des jours de splendeur du quartier. Prenez l'escalier Saint-Nicolas, bordé de maisons superbes et noyé dans la verdure.il vous conduira au pied du musée Sursock dont les collections permanentes et la rétrospective Amine el-Bacha sont immanquables.Vous en aurez plein les yeux. Il ne vous reste plus qu'à redescendre sur terre en dévalant la cinquantaine de marches de l'escalier. Si la balade et les émotions vous ont creusé, un conseil: poussez la porte du restaurant emm-Georges pour y manger comme à la maison, mdardara, kebbé bi sanyiyyé...je m'arrête là car sinon je remplis 3 colonnes.

    Marionet

    11 h 03, le 27 janvier 2018

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