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ZAWARIB BEIRUT

Les étincelles de Gemmayzé

Elle a connu son heure de gloire au début des années 2000, vidant la rue Monnot de ses restaurants, pubs et autres cafés, bouleversant les habitudes des anciens et vieux habitants du quartier, faisant découvrir aux plus jeunes des coins de rue dont ils ignoraient complètement l'existence. Elle reste particulière, presque mythique, gorgée de passé et de présent.

Gemmayzé, un charmant chaos. Photo Michel Sayegh

En me baladant ce matin dans ce quartier que l'on appelle Gemmayzé, en fait la rue Gouraud, rebaptisée du nom du général qui a été haut-commissaire du gouvernement français au Levant, et par je ne sais quel réflexe libanais qui se plaît à revisiter les noms des rues, je ressens avec évidence le côté théâtral de Beyrouth, quand la ville sait comme par magie se transformer en planches.

Le secteur de Gemmayzé, qui, avec Mar Maroun, forme le quartier de Saïfi, est finalement une petite enclave constituée de quelques rues et de grands immeubles plus modernes. Il a été baptisé ainsi en raison des arbres éponymes qui, dit-on, l'ont peuplé. Ou peut-être est-ce juste un seul qui en est l'inspiration. La rue, diversifiée, colorée, longe l'école des frères du Sacré-Cœur, au coin de ce qui fut Ahwet el-Ezaz, aujourd'hui transformé en Ahwit Leila, où le vieux café avait placé ses habitudes et ses habitués. Juste à côté, Fadi Mogabgab a discrètement installé les plus beaux tableaux de sa collection et sa charmante maison d'édition Zaaroura.

Bouleversements et tradition

C'est ici que l'on retrouve, alignés dans une bonne entente et une belle complémentarité, les endroits tendance de la ville. Des pubs, des pizzerias, des restaurants ou encore des cafés où se retrouvent de jeunes entrepreneurs à la recherche de nouveaux talents. Plus loin dans la rue, des travaux et des constructions, des façades qui se refont une beauté, recouvertes de grandes bâches, laissent parfois entrevoir quelques mosaïques et poteries anciennes héritées d'un passé glorieux. Les arbres de la maison Dagher fleurissent la rue et la comblent des airs d'un été qui marque ses repères en beauté. Le restaurant Le Chef survit encore à ses jeunes concurrents en faisant souffler dans la rue un parfum d'authenticité qu'on aime et qui manque. Après avoir dépassé la rue Abourousse, l'une des deux seules rues, avec Justinien, où les voitures roulent à gauche, on arrive à l'escalier de Saint-Nicolas, autour duquel s'organisent des concerts, des festivals de cinéma et autres événements artistiques et culturels. Le Grand Meshmosh Hotel, installé à mi-parcours et inauguré en janvier 2016, accueille les étrangers amoureux de notre ville. Ces mêmes marches souvent empruntées par les sportifs abonnés au club voisin et par les clients des boutiques design et des différentes galeries qui récemment ont vu le jour, Art on 56th, Artlab ou encore 392rmeil393. Passage obligé, tant pour les artistes locaux et internationaux qui y sont exposés que pour la beauté des lieux ainsi sauvés d'une éventuelle et tragique destruction.

Retour au début du parcours, juste après la rue du Sacré-Coeur se trouve la « vraie » rue Gemmayzé. En perpendiculaire, au bout de la rue Nahr Ibrahim, l'antiquaire Maalouf travaille le métal, le fer forgé, le marbre et des pièces qu'il revend ou brade. Le Goethe Institut, à la façade plus moderne, plus rigide également, souligne un contraste bienvenu avec l'architecture traditionnelle de l'école, en face. Sur le trottoir, un bistrot propose une excellente cuisine française. Remarquez son sol pavé de mosaïques récupérées de Ahwet el-Ezaz et, tant que vous y êtes, goûtez sa salade de carottes aux saveurs du Sri Lanka ! Dans cette ambiance panachée, Dawawine tombe à pic pour nourrir votre envie de culture. Cet espace dédié à l'art, au design, à la lecture propose également un coin bistrot/café idéal pour un moment entre amis ou collègues, ainsi qu'une salle où se tiennent régulièrement des projections de film suivies de débats.

En découvrant la rue al-Arz, parallèle à Nahr Ibrahim, et Gemmayzé, je me demande si c'est un hasard qui les a placées si proches, tant leurs noms, puisés de nos forêts, les portaient à être voisines ! Al-Arz a connu un relookage récent, avec de nouvelles enseignes parmi lesquelles la designer Mira Hayek qui a installé son atelier au premier étage d'une vieille et belle bâtisse. Cette rue, sur laquelle se trouve l'Union européenne, a également une vie de nuit. Des bars-restos avec musique live et DJ, des rooftops qui lui donnent un visage à découvrir différemment.

Combien de détails, de saveurs sucrées-salées, de rythmes peuvent se trouver et coexister si justement dans un même lieu ? Tout ici fait partie de notre héritage, réuni dans un pays minuscule. Un concentré d'intensité et de passion qui laisse s'échapper des étincelles d'émotion, à toute heure du jour et de la nuit.

*Il a sillonné les rues de Beyrouth à pied, plongé dans ses entrailles, pour y décrypter les vrais noms, avant que des coïncidences, des (mauvaises) habitudes, ne les aient changées. Bahi Ghubril en a constitué des plans, des cartes, des guides et un label : Zawarib Beirut. Il devient ainsi, un samedi sur deux, le guide des lecteurs de « L'OLJ », irréductibles amoureux de cette ville aux mille parfums.

http://www.zawarib.net/
Facebook : Zawarib Beirut
Insta : zawarib_world
YouTube : zawaribworld

 

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En me baladant ce matin dans ce quartier que l'on appelle Gemmayzé, en fait la rue Gouraud, rebaptisée du nom du général qui a été haut-commissaire du gouvernement français au Levant, et par je ne sais quel réflexe libanais qui se plaît à revisiter les noms des rues, je ressens avec évidence le côté théâtral de Beyrouth, quand la ville sait comme par magie se transformer en...

commentaires (1)

Eh bien oui tout ça me rappelle Beyrouth où j'habitais à Achrafieh à côté de l'hôpital St. Georges des grec Orthodoxe que je ne reconnais plus

Eleni Caridopoulou

11 h 23, le 09 juillet 2017

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Commentaires (1)

  • Eh bien oui tout ça me rappelle Beyrouth où j'habitais à Achrafieh à côté de l'hôpital St. Georges des grec Orthodoxe que je ne reconnais plus

    Eleni Caridopoulou

    11 h 23, le 09 juillet 2017