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Nos lecteurs ont la parole - Sylvain Thomas

À l’orée d’une vie d’un frère mariste

Les capucins, les carmes, les dominicains, les franciscains, les jésuites et les maristes se caractérisent par leur vie conventuelle régulière et des formes d’apostolat très diverses. Nous voudrions exprimer quel plaisir réconfortant nous procure le récit de la vie du frère André Delalande qui a fêté il y a quelques jours son centième anniversaire, toujours vivant, toujours aussi vif, toujours aussi bienveillant (une messe d’action de grâce a été célébrée en son honneur, à la basilique Notre-Dame du Liban à Harissa, par Mgr César Essayan, vicaire apostolique des latins).
Frère André est né le 14 janvier 1918. Il a mené une vie vénérable, humble et modeste. Nous sommes particulièrement bien placés pour en apprécier l’héroïsme. Quand, dans les fonctions de cette vie religieuse, on veut remplir exactement et complètement son devoir, sans jamais dévier d’une ligne pendant près de quatre-vingts ans consécutifs, oui, en vérité, il faut de l’héroïsme. Et comme c’est de son caractère intrinsèque qu’il s’agit, l’Église et le peuple en font autant pour reconnaître son mérite.
Ancien provincial des frères maristes au Proche-Orient, il a été, tour à tour, directeur de l’ancien Collège des frères maristes à Jounieh, professeur de philosophie, de littérature française et de langue française, maître d’internat, surveillant, animateur, conseiller, conférencier, parfois directeur spirituel. Comme on le voit, il a plus d’une corde à son arc.
Homme érudit et théologien, il pratique son apostolat religieux chez les élèves, chez les laïques et chez les chercheurs de la vérité biblique et évangélique ainsi que mariste et mariologique. Même à l’âge de la retraite, il ne croisait pas les bras, il était coordinateur et conseiller provincial.
Cet apôtre, apparemment courageux et méditatif, est un étonnant pionnier – un pionnier de tous les renouveaux dans la vie des maristes. Pionnier de l’apostolat. Pionnier de la vie communautaire fraternelle. Nous portons ici le témoignage de l’œuvre de cet homme de Dieu. Il mène une belle et austère épopée. On y verra un lutteur intellectuel aller droit au but, abattre l’ignorance, ouvrir larges les horizons de l’éducation et de la religion, mais aussi sachant attirer l’amitié. C’est dans cet admirable décor qu’on peut retrouver la grandeur du frère André Delalande.
On ne peut parler du frère André sans y découvrir une âme qui vibre sans cesse au souffle de Dieu. Dans ses paroles et ses écrits reviennent constamment les enseignements du fondateur des frères maristes, saint Marcellin Champagnat, qui avait pour devise : « Tout à Jésus par Marie, tout à Marie pour Jésus. » Le frère André est un grand apôtre par la densité, la clairvoyance et l’envergure de son zèle en respectant et en mettant en pratique ladite devise.
Son apostolat, le frère André ne l’évoqua qu’avec les mots de la mariologie et de la christologie. Ses lectures remontent à une réflexion de la parole de Dieu, lue et méditée. Il se situe ainsi dans la lignée des frères maristes dont il est l’un des « derniers des temps héroïques ». À leur exemple, il lit la Bible en mystique et en poète : la parole inspirée par l’Esprit lui offre une source inépuisable de lumière, le conduisant à trouver dans Marie la réponse aux interrogations des hommes. Elle lui a dicté des pages qui n’ont pas vieilli : l’Esprit en renouvelle sans cesse la jeunesse. C’est le chemin de ce renouvellement que le présent écrit tente de tracer, en citant largement les superbes exemples de la vie monastique du frère André, fms (fratelli maristi scuole).
Le style est ample, imagé, d’allure classique : le ton est chaleureux, humain. Ferme sur les exigences maristes du christianisme, il comprend néanmoins parfaitement les personnes et les situations. Plus qu’un exemple vivant, sa vie est un geste de charité continuel, qui vient dissiper les doutes, tracer de nouveaux chemins, consoler des peines et relever le moral affaibli des autres : élèves ou laïques. Ce brave frère André est toujours un fin psychologue. Il écrit : « L’amour et l’amitié entre les hommes ont en Dieu leur origine et leur rayonnement. Si Dieu est l’amour, ainsi donc la dureté, l’envie, la haine ne sont pas seulement dirigées contre l’homme : elles sont au plus profond véritablement dirigées contre Dieu. »
Homme de dialogue et une des figures de proue parmi les frères maristes, il compte beaucoup d’ami(es) et d’admirateurs parmi les corps professoraux et les parents d’élèves, comme auprès des élites sociales et classes populaires. Pédagogue averti, il prend grand soin des petits écoliers et des grands élèves en leur parlant de Marie, la mère de Dieu. Dialoguer avec lui est un moment de douceur, d’espérance et de réconfort comme dans une oasis fraîche dans le désert.
Nous devons comprendre que la vie religieuse est une vie de renoncement. Le dépouillement est souvent pour un génie comme le frère André un climat d’efficacité, il est toujours une valeur indispensable au service de Dieu. Se dépouiller, accepter de l’être à un degré suffisant est peut-être la disposition la plus difficile à réaliser au cours d’une longue existence d’homme. Dieu y aide le religieux en le plaçant dans des conditions providentielles de détachement on ne peut plus absolu. Dès sa majorité, le frère André se sépare de ses parents et de son pays d’origine et devient missionnaire mariste au Liban. Libéré, le dénuement ne le quitte pas et il partagera toujours sa mission de pauvreté, d’obéissance et la chasteté qui sont les vœux solennels et les piliers de la vie religieuse.
Le frère André sait qu’il ne suffit plus aujourd’hui de se battre pour Dieu. Il faut d’abord se battre pour l’homme afin de l’ouvrir à Dieu, car, selon l’adage fameux : « Dieu se fait gloire de l’homme vivant. » L’enjeu est simple : tirer l’homme de sa déchéance, réveiller ses facultés endormies. Fin psychologue, il reconnaît la jeunesse, qui, elle aussi, le « reconnaissait » et proclame avec ardeur « son espérance ». C’est un grand apôtre par la densité, la clairvoyance et l’envergure de son zèle.
Le fait est qu’il est doué d’une aspiration exceptionnelle, religieux au sens le plus vrai et le plus complet du mot, absolument désintéressé, rayonnant l’esprit des Béatitudes ; son charisme discerne toutes les valeurs chrétiennes authentiques, et, plutôt que de les laisser dans leur état d’isolement et de dispersion, il n’a de repos que s’il les a solidement réunies dans le Christ, demandant à ceux qui les détiennent un meilleur approfondissement de fidélité fervente à l’Évangile de Jésus-Christ.
L’admirable frère André dans une de ses correspondances a écrit : « La foi chrétienne apparaît à beaucoup de personnes comme un paysage dont il est difficile d’avoir une vue d’ensemble. L’essentiel et l’accessoire, les expressions traditionnelles et les expressions nouvelles sont juxtaposés. Doit-on, et même peut-on admettre tout ce que l’Église actuelle – pour ne rien dire de nombreux théologiens – propose à croire ? » Les problèmes de l’adhésion partielle ou totale à l’Église se font plus lourds et plus pressants. Trait caractéristique de nos jours, nombre de personnes estiment ne pouvoir vivre authentiquement et loyalement leur foi que sous forme d’une adhésion partielle, non exhaustive, ouverte sur l’avenir ; beaucoup de chrétiens se réfèrent plutôt à une sorte de catéchisme « intérieur » qu’aux expressions traditionnelles qu’ils ont reçues par le passé. À notre époque d’incertitude et de détresse de la foi, il est donc nécessaire de revenir à la fraîcheur et à la force qui caractérisent la foi chrétienne dès son origine. En disant cela, on ne nie pas, on ne méprise pas le développement dynamique et historique qu’a connu cette foi au cours de deux millénaires.


Les capucins, les carmes, les dominicains, les franciscains, les jésuites et les maristes se caractérisent par leur vie conventuelle régulière et des formes d’apostolat très diverses. Nous voudrions exprimer quel plaisir réconfortant nous procure le récit de la vie du frère André Delalande qui a fêté il y a quelques jours son centième anniversaire, toujours vivant, toujours aussi vif, toujours aussi bienveillant (une messe d’action de grâce a été célébrée en son honneur, à la basilique Notre-Dame du Liban à Harissa, par Mgr César Essayan, vicaire apostolique des latins). Frère André est né le 14 janvier 1918. Il a mené une vie vénérable, humble et modeste. Nous sommes particulièrement bien placés pour en apprécier l’héroïsme. Quand, dans les fonctions de cette vie religieuse, on veut remplir...
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