Roy Dib

Génération Orient III : #1 Roy Dib, réalisateur et artiste conceptuel, 35 ans

13/01/2018

Pour simplifier, on va dire que Roy Dib est réalisateur, mais il est bien plus que cela, même si, depuis 2014, il accumule les prix internationaux pour ses vidéos et courts-métrages. Tour à tour cinéaste, metteur en scène, acteur, artiste polymorphe et critique d'art, il a peu à peu opéré un glissement vers l'art conceptuel en s'intéressant au récit politique.

Sur la scène du Hishik Bishik Show, le phénoménal spectacle de cabaret qui se donne à Metro al-Madina depuis 2013, Roy Dib joue un rôle d'animateur. Ceci est son corps. À la fois présent et absent, totalement dans le rôle, avec une admirable économie d'effets. Né en 1983 au Koura qu'il n'a quitté qu'en 2001, il appartient à la génération de la guerre, mais n'a connu de la guerre que les images retransmises à la télévision. La guerre, c'était Beyrouth. Chez lui, au nord, c'était calme. Un peu trop. Il regardait en boucle Amani sous l'arc-en-ciel, un mélodrame créé sur mesure pour la petite Ré-Mi Bandali, enfant star qui jouait le rôle d'une fillette restée orpheline avec son frère après que leurs parents ont été fauchés par les bombardements. Avec sa cousine, Roy jouait à incarner les jeunes personnages du film. Première expérience d'acteur, première fascination pour le cinéma qui ne le quittera plus jamais, première intuition du pouvoir de l'image, à la fois cathartique et créateur de sens au-delà du sens.

À l'âge d'aller à l'université, Roy Dib se rend à Beyrouth. On est en 2001, il a 18 ans et les facultés de cinéma des institutions privées sont trop onéreuses pour ses moyens. Il s'inscrit à la faculté des arts scéniques de l'Université libanaise. Bien lui en prend, car on y bénéficie d'un enseignement global axé sur le théâtre avec suffisamment de notions de réalisation pour que le projet de fin d'études consiste en un court-métrage. C'est là qu'il tombe en amour du cinéma d'Antonioni et de Godard, du flou digital qui le pousse à « aller voir ce qu'il pourrait faire là-bas ». Il faut préciser ici, et par ailleurs, que le père de Roy Dib a toujours à portée de main, dans les années 80, une caméra armée d'un 8 mm et une cassette dans la vidéo du téléviseur, prête à enregistrer. Le soir, il enregistre entre autres les spectacles qui se donnent à cette époque au Casino du Liban, et le jeune Roy est autorisé à les visionner le lendemain. Les stars de la décennie, telles que la Madonna libanaise, la danseuse Samira Toufic, la multitalentueuse Férial Karim s'y produisent dans l'ambiance disco au goût du jour, lumières, paillettes, poussière d'étoile.

Teddy under a rainbow
Avec cela et la guerre, la guerre et cela, Beyrouth est pour Roy une sorte de Disneyland paradoxal enfermé derrière le petit écran. Il fera de tout pour rejoindre ce rêve. Son film de diplôme, B comme Beyrouth, dans lequel la comédienne Carmen Lebbos tient le premier rôle, préfigure le style du jeune réalisateur obsédé par la capitale libanaise, son bling-bling, sa guerre, sa violence et ses talentueux et si enviables orphelins. Suivra Under a rainbow, un montage des vidéos paternelles juxtaposant Ré-Mi Bandali et spectacles du Casino.

Et si, entre-temps, il cofonde Zoukak, l'excellente ONG qui promeut le théâtre expérimental et la scénothérapie au Liban, il n'en revient pas moins à ses premières amours, à la caméra qui mange du réel et recrache de l'onirique. Au bout de sept ou huit ans à Beyrouth, il n'a pas encore évacué la violence des paradoxes qui résume son lien à la ville. Et quand il tombe sur une interview de Nahla Chahal dans laquelle la journaliste et activiste souligne en substance que « le problème de la politique au Liban est qu'elle manque de créativité », il sait ce qu'il lui reste à faire, entre films et installations. Cette période commence à Ashkal Alwan où il bénéficie de l'influence de l'artiste Alfredo Jaar. Objects in mirror are closer than they appear ; Mondial 2010 (qui a gagné le Teddy Award pour le meilleur court-métrage au festival du film international de Berlin en 2014) ; The Beach House ; Here and There, Close to here (exposée à Sharja, Sao Paolo et au MaxxI à Rome) ; autant d'œuvres issues du réel libanais, primées et célébrées pour leur portée universelle.


Prix Teddy Award pour le meilleur court-métrage « Mondial 2010 » au festival du film international de Berlin en 2014


Roy Dib en 24 images par seconde:


Dans son travail se conjuguent le désir et la nécessité, un mélange de personnel, d'intime et de collectif:

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