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Liban

Promotion de 1994 : fin officieuse de la médiation de Hariri

Promotion de 1994

Dix jours à peine après avoir lancé son appel à une solution entre Baabda et Aïn el-Tiné, le Premier ministre s'est dit « non concerné par des rumeurs sur des initiatives qui sont le pur produit de l'imagination ».

10/01/2018

Le Premier ministre Saad Hariri a levé hier l'ambiguïté sur sa médiation présumée entre le président de la République, Michel Aoun, et le président de la Chambre, Nabih Berry, les deux acteurs de la querelle autour de la promulgation du décret d'ancienneté des officiers de la promotion de 1994.

Le chef du gouvernement « n'est pas concerné par les rumeurs sur de prétendues médiations, rencontres et propositions (qu'il aurait initiées), celles-ci n'étant au demeurant qu'un pur produit de l'imagination des médias », a précisé un communiqué du bloc du Futur, réuni hier soir sous la présidence de M. Hariri. Et le texte d'ajouter : « En ce qui concerne (...) les contacts et concertations en cours pour mettre fin aux tiraillements politico-médiatiques, le Premier ministre a assuré au bloc du Futur qu'il accomplissait son rôle et assumait ses responsabilités à cet égard, conformément à la Constitution, mais aussi aux us et coutumes. »

Cette déclaration du chef du gouvernement rompt avec l'annonce qu'il avait faite lui-même de ses efforts de médiation, lors de sa tournée du 31 décembre dernier. « D'aucuns veulent gonfler cette affaire (...) mais je travaille sur cela et toutes les parties parviendront à une solution (...) », avait-il déclaré alors avec une forte touche d'optimisme.

 

(Lire aussi : La querelle recentrée sur les compétences du Parlement)

 

Plus que de mettre fin à cet élan, sa déclaration d'hier dément qu'une médiation n'ait jamais été menée par lui. « Ce n'est pas tant l'annonce d'une médiation qu'une incitation à une entente qui a été formulée par Saad Hariri le 31 décembre dernier », précise le député Nabil de Freige à L'Orient-Le Jour en ajoutant que « le Premier ministre maintient cet appel ». Des études juridiques seraient ainsi en cours, en dépit de la difficulté (inavouée par le bloc du Futur) de trouver une solution sur le terrain juridique. M. de Freige revient ainsi sur les précédents en la matière. « Sous le gouvernement de Fouad Siniora, un décret d'ancienneté avait été pris sans le contreseing du ministre des Finances, tandis que sous le gouvernement de Nagib Mikati, il l'avait été avec ce contreseing », fait-il remarquer.

Un proche du courant du Futur, qui évoque « une médiation effective menée par Saad Hariri », fait état clairement de son échec. Si cette médiation ne s'est pas manifestée par des démarches concrètes, c'est que le Premier ministre s'est vite trouvé dans l'impasse, dit-il. « Aussi bien Michel Aoun que Nabih Berry s'obstinent à camper sur leurs positions respectives, l'enjeu de la polémique étant électoral par excellence », précise-t-il. Catégorique, il confirme ce que toutes les parties savent désormais officieusement : « Toute solution éventuelle à la crise doit attendre l'après-législatives. »

 

(Lire aussi : Au-delà d'un décret, la guerre des « ego »le décryptage de Scarlett Haddad)

 

Une question demeure cependant sans réponse : pourquoi le Hezbollah a été le seul à rebondir sur l'initiative de médiation annoncée par Saad Hariri, tout en laissant faire l'escalade entre ses deux alliés ? Hier encore, en marge du Conseil des ministres qui s'est tenu avant la réunion du bloc du Futur, le ministre Mohammad Fneich s'est prononcé en ces termes sur les raisons de la non-ingérence du Hezbollah dans cette polémique : « L'affaire est entre les mains du Premier ministre. » Les milieux du courant du Futur écartent à l'évidence l'hypothèse d'une volonté de mettre Saad Hariri dans l'embarras et démentent d'ailleurs ce qui a été dit sur l'annulation présumée de sa visite à Aïn el-Tiné.

Cela importe peu désormais, le terrain étant libre aux surenchères politico-juridiques. Le député Nabil Nicolas (bloc du Changement et de la Réforme) s'est chargé hier de répondre au député Robert Ghanem. Ce dernier avait évoqué la veille, à l'issue de la réunion de la commission de l'Administration et de la Justice qu'il préside, l'illégalité du décret d'ancienneté de la promotion de 1994. Ce décret serait non conforme à la loi sur la défense, qui ne prévoit un décret de cette nature qu'en cas d'exploits hors norme en cas de guerre ou de conflit interne. « Maître Robert, votre père était à la tête de l'institution militaire dont la dignité ne vous inspire manifestement pas », a déclaré avec virulence M. Nicolas, avant de souligner que « l'État a privé injustement les officiers (de la promotion de 1994) de leurs droits pendant deux ans ». Paradoxalement, il a défendu la nécessité de leur offrir une compensation « financière » en guise de reconnaissance, sachant que toute la polémique gravite autour des effets financiers du décret, qui justifieraient le contreseing du ministre des Finances. Mais manifestement, la polémique n'en est plus à une nuance près...

 

 

Pour mémoire
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Irene Said

...ici au Liban...malheureusement sept jours sur sept...vu qu'ils ne savent rien faire d'autre !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LA BATAILLE ENTRE LE COQ ET GOUPIL SUR LE FROMAGE CONTINUE...

Sarkis Serge Tateossian

Je pense que cette affaire est d'une futilité incroyable qui a pris une ampleur insoupçonnée.
Que voulez-vous que le premier ministre fasse dans ces conditions ?

Mais pourquoi les êtres humains sont-ils incapables de partager un lieu de travail sans le transformer en terrain miné par les rivalités personnelles et les petites jalousies ? C'est comme si, au lieu de reconnaître la totale futilité de leurs actes, ils se sentaient obligés d'en faire un drame ridicule, huit heures par jour, cinq jours sur sept. ..

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