L’édito de Ziyad MAKHOUL

Ahed et Leora

L’édito
09/01/2018

Avec tambours et tempêtes. 2018 veut commencer ainsi. Que ce soit, entre autres, en Amérique du Nord (entre l'halluciné et hallucinant Fire and Fury: Inside the Trump White House, de Michael Wolff, avec, en répliques sismiques, les tweets abracadabrantesques de M. Trump, et les tonnes de neige et le blizzard), ou au Liban (entre la guéguerre Aoun-Berry, qui fait les affaires de Hariri, le lancement mezzo voce de ces fameuses législatives mariales et des températures sibériennes prévues pour dans trois jours). L'Orient-Le Jour et ses lecteurs auront tout le temps de revenir sur tout cela. Parce que 2018 ne sera probablement pas marquée par les États-Unis vs Donald Duck, ni par le Liban de tous les maux. 2018 retournera, et boira, à la source. Au verbe et à la chair originels, passés sous quasi-silence depuis les printemps arabes, l'irruption de l'État islamique et les guerres en Syrie et en Irak, et ressuscités le 6 décembre dernier par... Donald Trump et sa décision intempestive de déclarer Jérusalem capitale d'Eretz Israël : le conflit israélo-palestinien – palestinien, ou israélo-iranien même, par Hezbollah interposé, mais pas/plus israélo-arabe.

En 2018, on entendra beaucoup parler de Benjamin Netanyahu, de Mahmoud Abbas, d'Ismaïl Haniyé, de processus de négociations avorté, de pax macronia peut-être, de Liban au-delà de la ligne bleue sûrement, de Hassan Nasrallah qui pointe l'index, du fantôme d'Yitzhak Rabin qui pleure de honte, d'ONG en tout genre, etc. Mais on devrait aussi se concentrer, fondamentalement, sur deux femmes qui ont participé à 2017, et qui ne devraient pas se taire cette année.

La première est de loin plus connue de par le monde. Il y a ce quelque chose en elle de cette figurine, de porcelaine, certes, mais incassable. Quelque chose de profondément tragique, shakespearienne, un peu Ophélie, avec le feu à la place de l'eau, un peu Jeanne d'Arc, donc, un peu Reine des Neiges ou Nicole Kidman à 20 ans, un peu Lady Macbeth qui mord, crache, gifle ces soldats israéliens qui dynamitent sa dignité, son peuple, son village où ont vécu ses ancêtres et où vit sa famille depuis le XVIIe siècle. On a beau (se) dire qu'il y a cent et une autres façons de résister, d'essayer de dialoguer, de réinventer la paix contre toute attente, l'infinitude d'Ahed Tamimi force un respect fou. Indiscutable. Irréversible. Pas parce qu'elle est blonde, non voilée, belle et noble comme tous les cœurs amoureux du monde; pas parce qu'elle se rend à 16 ans, c'était l'an dernier, en Afrique du Sud pour un hommage à son frère de sang Hector Pieterson, ce jeune garçon tué lors d'une manif blackpower dans le Soweto des 60s; pas parce qu'elle a été reçue en septembre à Strasbourg, en plein Parlement européen ; pas parce que les Israéliens, bourreaux (un peu) in love, la surnomment Shirley Temper, mais pour deux phrases, entre tant d'autres. Comment ne pas avoir une litanie de habibi en tête pour cette Lionel Messi au féminin quand, à 11 ans, elle dit à un officier israélien : « Je suis plus forte que n'importe lequel de tes soldats » ; ou quand, sur France 2, après que le président turc l'eut reçue et lui eut offert un iPhone : « Erdogan ne s'intéresse pas vraiment à notre cause. N'importe quel Palestinien vaut deux Erdogan, car on se bat pour notre terre. » Erdogan, Khamenei, ben Salmane, peu importe : tout est dit...

L'autre, star en Israël, commence à être connue en France par tous les amateurs de théâtre-tsunami. Grâce à un Libanais, résistant parmi les résistants : Wajdi Mouawad. « Quand mes enfants sont nés, j'étais persuadée qu'ils vivraient la fin de la guerre et connaîtraient l'existence de l'État palestinien – une évidence. » En hébreu. C'était mi-décembre, pour Libération, quelques minutes avant le début de Tous des oiseaux, l'épopée proche-orientale, universelle, si loin si proche, du Moby Dick/capitaine Achab Mouawad. L'histoire ad libitum d'une réconciliation. « En jouant, tout est devenu plus doux. Car 800 personnes qui sont émues ensemble et applaudissent des acteurs arabes et israéliens, c'est déjà un acte politique. » Leora Rivlin, qui a dans ses gestes, sa posture, son body language et la détermination pugnace de son menton quelque chose d'étonnamment Jeanne Moreau, est née en 1944 à Tel-Aviv, elle est la cousine du président israélien Reuven Rivlin, et elle ne cache nulle part sa fureur contre Benjamin Netanyahu, son gouvernement, sa politique.

Face à la surpuissance militaire, orwellienne presque, de ces régimes proche-orientaux qui ne doivent leur survie qu'à tellement de formes de coercition (Israël, Iran, Arabie saoudite...), il y a eu, il y a et il y aura, en 2018, les petits poings et les boucles d'or des Ahed Tamimi, aussi bien que les mots et les chansons de geste des Leora Rivlin. Il y a eu, il y a et il y aura, en 2018, ces fascinantes dynamiques que seules des femmes peuvent enclencher.

Bonne année.

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Wlek Sanferlou

L'appellation "héros" n'a plus de gendre avec ces jeunes femmes symboles du courage des palestiniennes et de la fierté de leur peuple! Allah, Dieu et Yahweh les protège quelque soit le nom qu'on lui a donné.

Antoine Sabbagha

Meilleurs souhaits en effet à ces courageuses femmes arabes dans ce monde ou l' Homme devient de plus en plus timide pour résister et faire face au Mal .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

COURAGE A CES JEUNES FEMMES ! L,INIQUITE NE VAINCRA JAMAIS !

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