Nos Lecteurs ont la Parole

Le monde en tourment

Alain ANDRÉA
OLJ
04/01/2018

« Quand on enferme la vérité sous terre, elle s'y amasse, elle y prend une force telle d'explosion, que le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l'on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres. »
Et si ce futur abstrait, que décrit Zola dans son célèbre article « J'accuse... », n'est autre que la concrétisation d'un présent honteux, lui-même reflet d'un passé qu'on pensait être glorieux ? Et pourquoi pas ? N'est-il pas temps de faire face à la réalité ? N'est-il pas temps d'ériger les bases pour espérer un jour pouvoir vivre et non simplement subsister ? Le monde, aujourd'hui, avec ses flots tumultueux de tout genre : les guerres de plus en plus atroces et inédites en violence et en cruauté, la misère et l'injustice humaine dans des pays censés veiller au respect des droits de l'homme, la technologie et internet qui violent toutes les lois de la vie privée des gens, le manque de respect partout, dans les rues mais aussi à la télévision, dans les écoles et les universités, etc. et on pourrait continuer longtemps à les énumérer, risque de couler sans laisser la moindre trace.
Des guerres fratricides aux mythes de la victoire de la justice, des prétendues luttes contre le terrorisme à la ruine des sociétés, le chant de triomphe de l'humanité ne résonne plus, cédant ainsi la place au silence sinistre du désespoir et de la résignation. Puis, du jour au lendemain, une touche de couleur apparaît dans ce monde en noir et blanc, privé depuis longtemps de toute nuance de gris, et le bruit de la tempête qui menace de se déchaîner commence à se faire entendre dans les airs : « Quand l'injustice devient loi, la résistance est un devoir », c'est avec ce lyrisme optimiste du troisième président des États-Unis Thomas Jefferson – confirmé par l'article 35 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen – que le pessimisme de la soumission se dissipe, rappelant l'émergence de masse et l'éclatement historique des révolutions entre autres aux États-Unis en 1774 puis en France en 1789 et plus tard en Russie en 1917.
Partant du constat du romancier américain William Faulkner qu'il n'existe rien qu'on puisse appeler le passé étant donné que le passé existe dans le présent, et s'appuyant sur le fait que la relation entre le présent et le passé se mesure en termes de réciprocité, examinons de près les événements qui se sont déroulés ces quelques dernières semaines : suite au « coup d'État » mené par l'armée zimbabwéenne soutenue par la mobilisation massive de millions de Zimbabwéens le 18 novembre à Harare, capitale de la perle de l'Afrique australe, le « vieux lion » autocrate Robert Mugabe quitte son trône, mettant fin à 37 ans de pouvoir sans partage ; pour les uns, il reste le héros de l'indépendance, et, pour les autres, le dictateur qui a ruiné l'économie du pays, noyé jusqu'au cou dans la corruption. Par ailleurs, l'assassinat d'Ali Abdallah Saleh – ex-président du Yémen pendant plus de trois décennies – deux jours après son appel à tourner la page du conflit avec l'Arabie saoudite, par ses anciens alliés houthis, ennemis acharnés de Riyad, risque de mener le pays vers une phase encore plus sombre. Ainsi, cette idéologie meurtrière divisa le Yémen en deux : le premier camp qui considère cet assassinat comme un crime de guerre impardonnable, et le second camp qui le considère comme un acte glorieux afin de calmer les tensions au sein d'un pays anéanti par la guerre et d'un peuple ravagé par la famine. À tout cela vient s'ajouter la décision du président américain Donald
Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, une reconnaissance non conforme à la résolution du 5 mai 2017 adoptée par l'Unesco sur le statut d'Hiérosolyme présentant l'entité sioniste comme « puissance occupante » et précisant que toutes les mesures prises par celle-ci « qui ont altéré ou visent à altérer le statut de la Ville sainte de Jérusalem » seront « nulles et non avenues, et doivent être annulées ». En attendant, « le jour de rage », la « nouvelle intifada », risque d'éclater à tout moment.
En plus, en ces temps de rejet de Dieu et de la vérité de la religion, la Vierge Marie, victime de tant de blasphèmes et d'insultes de la part de personnes ignorantes et spirituellement perfides, et récemment de quelques-uns de nos compatriotes libanais, reste pour le monde des croyants l'emblème de la victoire contre le diable et la mort qu'il a déclenchée sur l'humanité. La femme de l'apocalypse, revêtue du soleil, la lune sous ses pieds et couronnée de douze étoiles, la nouvelle Ève, écrasera toujours et encore la tête du serpent de laquelle jailliront naturellement les vociférations et les insultes.
Au terme de cette réflexion, une conclusion s'impose ! Il est vrai que le grand succès des révolutions occidentales a été porteur d'espoir pour un certain nombre de mouvements de revendications nationales des peuples du tiers-monde en lutte contre leurs gouvernements despotiques, mais les questions les plus importantes restent les suivantes : ces révolutions ou du moins ces mouvements-là ont-ils abouti à l'amélioration des conditions de vie des populations ou bien ont-ils mené les pays à tomber sous le joug de nouvelles dictatures ? Sommes-nous en train d'assister au « dérèglement du monde » où l'humanité aurait atteint son « seuil d'incompétence morale » pour reprendre les mots d'Amin Maalouf ? Toute vérité n'est pas bonne à dire, et c'est là que la liberté s'éteint en silence.

 

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