L’accord-cadre signé entre le Liban et Israël légitime l’occupation de terres libanaises pour une durée non déterminée et dépendant de parties tierces, les USA et Israël, et laisse à Israël une liberté d’action et d’agression suivant son appréciation de ce qu’il considère comme risques. Il est contraire au droit international et nie le droit du peuple libanais à obtenir justice. La clause 13 est et restera nulle et non avenue : les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ne se neutralisent pas par un accord politique.
L’armée libanaise, pratiquement la seule institution de l’État encore fonctionnelle, malgré le manque criant de ressources, doit rester unifiée et cohérente. Il ne faut en aucun cas la pousser vers une confrontation avec une partie du peuple libanais. Son commandement, son intégrité et sa souveraineté ne sauraient être placés sous supervision ou contrôle étranger. Il faut également lui donner les moyens de défendre seule tout le territoire libanais et ses frontières y compris le sud du Liban. À défaut de la prise en charge par l’État de la défense du territoire et des habitants, on retombera dans le cercle vicieux des groupes non étatiques qui assurent leur propre défense, comme c’est le cas depuis 1969.
L’approche devrait être réellement inclusive : c’est une condition de survie du processus, voire de l’État lui-même. Un désarmement imposé de l’extérieur, sans négociation politique directe avec les représentants du Hezbollah – principal détenteur d’armes non étatique –, ne laisse le champ qu’à deux issues : le pourrissement ou l’affrontement. Le Liban ne peut plus continuer à traiter sa population et à asseoir la légitimité branlante de son État suivant la même grille et le même modèle que les acteurs externes utilisent pour régler leurs différends et gérer leurs ambitions à ses dépens. Les acteurs communautaires invitent l’extérieur à intervenir, chacun cherchant un parrain, avec plus ou moins de succès et, le plus souvent, de drames.
Or ce cadre exclut du processus un acteur central. Sans dialogue direct entre l’État et cet acteur, aussi difficile soit-il, tout accord sur le monopole des armes restera fragile, et le pays s’exposera au risque d’une confrontation interne que rien ne justifie.
Le Hezbollah doit accepter d’abandonner les armes pour se rallier à une vision qui donne à toutes les régions et à tous les Libanais la même protection et la même garantie des droits, de la dignité, de la reconstruction et du développement.
Dans ce contexte, nous militons pour :
– Un cessez-le-feu effectif et un retrait immédiat et inconditionnel de l’armée israélienne de l’ensemble du territoire libanais. Et la justice pleine et entière pour chaque victime libanaise. La souveraineté du Liban n’est pas une variable d’ajustement.
– Le renforcement de l’armée pour qu’elle puisse assurer la défense de tout le territoire libanais, mais aussi de l’administration exsangue, en commençant par l’instauration d’un service national. Le monopole des armes qui en découle, sans violence mais avec un courage politique qui s’est fait longtemps attendre, remplit une condition nécessaire pour un État de droit au Liban.
– L’instauration de la légitimité laïque de l’État, l’adhésion à une communauté et par la suite au régime communautaire avec ses garde-fous, ne peut être que le résultat d’un choix individuel et ne concerne que ceux qui le choisissent. La légitimité laïque est la seule formule possible au Liban du fait de notre héritage social, et face à la montée des intégrismes identitaires et racistes autour de nous.
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