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Liban

À la frontière sud, l’« effeuillage » des miliciens étrangers...

Éclairage

La priorité du Hezbollah est à rechercher au plan régional et non plus national, estiment les analystes.

30/12/2017

Le « tourisme politique » à la frontière libano-israélienne amorcé depuis quelques semaines par des chefs de milices irakienne et syrienne a nourri, dans les milieux opposés au Hezbollah, une polémique que certains analystes ont qualifiée de rudimentaire par rapport aux véritables enjeux en cause qui se situent désormais en Syrie.

Initiée par le Hezbollah, la tournée à Kfarkila du commandant de la brigade chiite syrienne Imam al-Baqer, du nom de Hajj Hamza, alias Aboul Abbas, précédée par celle de Kaïs el-Khazaali, un chef milicien irakien, a été perçue, dans certains milieux, comme un défi à la politique de distanciation entérinée par le gouvernement après un forcing de l'Arabie saoudite. Pour d'autres, le message est double et s'adresse à l'intérieur libanais aussi bien qu'à Israël, histoire de lui faire comprendre que le Hezbollah n'est plus la seule force à affronter, mais que « des dizaines de milliers de combattants du monde arabe et islamique seront partenaires » dans une guerre contre l'État hébreu, comme l'avait signifié le secrétaire général du parti chiite, Hassan Nasrallah, il y a quelque temps.

Le jeu de devinette et de tâtonnement pour comprendre l'intention réelle du parti chiite à travers ce type de provocations a donné lieu à des interprétations divergentes sur la portée de ces visites incongrues et leur signification géopolitique à l'heure où se négocie un règlement de paix en Syrie.

 

(Pour mémoire : Après l'intrusion de l'Irakien Khazaali, la tournée du Syrien Hajj Hamza suscite de vives réactions)

 

Pour certains, il ne faut pas prendre trop au sérieux la portée de ces parades.
Ali el-Amine, fondateur de l'hebdomadaire Chou'oun Janoubiyya, estime ainsi que « si le Hezbollah voulait véhiculer un message plus austère, il aurait fait venir toute une brigade étrangère pour la placer à la frontière et non pas se contenter de la fanfaronnade d'Aboul Abbas et Kaïs el-Khazaali ». M. el-Amine pousse son analyse plus loin en établissant un parallèle entre ces visites et la récente déclaration de Gebran Bassil sur Israël, affirmant que le Liban « ne refuse pas l'existence d'Israël et son droit de jouir de la sécurité ». Une telle fleur lancée à l'État hébreu par un allié stratégique du Hezbollah est, selon l'analyste, un message que le parti chiite a voulu transmettre à Israël, via M. Bassil.
« En somme, il s'agit de faire comprendre à l'État hébreu qu'en dépit des remous suscités par l'annonce choc sur le statut de Jérusalem, le statu quo entre le Liban et Israël restera de mise et le Liban ne sera pas source de tracas pour l'État hébreu », dit-il.

Autant d'indicateurs qui signifient que le Hezbollah chercherait en fait à éviter tant que possible une bataille avec son voisin du Sud et que sa marge de manœuvre à l'égard d'Israël, à la lumière des développements majeurs au niveau régional, notamment en Syrie, a rétréci à la lumière du changement des priorités géopolitiques. D'ailleurs, la tonalité du discours du secrétaire général du parti chiite a changé ces derniers temps, comme le démontrent les propos de Hassan Nasrallah au lendemain de la déclaration choc de Donald Trump sur Jérusalem, invitant sa base à affronter cette décision en s'activant sur les médias sociaux, sans faire la moindre allusion à un engagement militaire.
« Cela démontre que la priorité aujourd'hui pour le Hezbollah est la Syrie et le règlement en gestation que parrainent, à divers degrés d'implication, les États-Unis, la Russie et l'Iran », précise encore Ali el-Amine.

L'analyste évoque une sorte de « troc » géopolitique que le parti chiite chercherait actuellement à proposer, à savoir une marge de manœuvre assez ample en Syrie, en contrepartie du calme qu'il s'engagerait implicitement à préserver au Liban-Sud et du respect des règles du jeu auquel il aurait consenti.
C'est ce qui fera dire d'ailleurs à un observateur que les tournées effectuées respectivement par des responsables de milices irakienne et syrienne ne sont rien d'autre qu'un « effeuillage ». « On pourrait tout au plus l'interpréter comme une démonstration populiste destinée à calmer la base, notamment après la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël », dit-il.

 

(Pour mémoire: Nouvelle controverse autour de la tournée d’un milicien syrien au Liban-Sud)

 

 

Cet avis n'est toutefois pas partagé par Lokman Slim, essayiste et réalisateur. Selon lui, parler de répercussions sur le plan libanais interne de ces visites relève d'une « vision libano-centriste étriquée ». Pour M. Slim, le message est on ne peut clair : « En cas de conflit avec Israël, il y aura un théâtre d'opérations bien plus large, puisqu'il sera désormais régional, s'étendant du Liban jusqu'en Syrie, voire plus. »
Le second message que le Hezbollah veut véhiculer est que « la priorité pour le parti chiite n'est plus d'ordre national mais la seule cause incarnée par l'axe iranien dans la région ».

Le Hezbollah est d'autant plus à l'aise aujourd'hui dans sa marge de manœuvre qu'il n'a plus à s'inquiéter d'une opposition quelconque que pourrait exprimer le Premier ministre, Saad Hariri. Depuis son épisode houleux avec l'Arabie saoudite et sa démission forcée, ce dernier cherche à montrer patte blanche au parti chiite. « À l'image du Bon Samaritain, le bon sunnite qu'il est devenu aux yeux du Hezbollah ne risque plus de revirer », ironise l'écrivain.

Si le « nouvel allié » du Hezbollah n'inquiète plus, comment expliquer le mutisme des institutions, notamment de la présidence ou du commandement de l'armée face à cette violation claire de la souveraineté libanaise ?
Wafic Hawari, un autre analyste de Chou'oun Janoubiyya, répond en se disant « étonné d'entendre évoquer la souveraineté d'un État qui n'existe plus. Chaque partie ou clan exerce, comme bon lui semble, une forme d'autorité sans se soucier de respecter les lois des règles en vigueur ». Sur cette question, mais aussi sur le fait de savoir pourquoi la Finul non plus n'a pas bronché, Lokman Slim répond, en soulignant que ce n'est pas à la force onusienne de réagir mais plutôt aux représentations diplomatiques « qui sont parfaitement conscientes de ce qui se passe ».

L'analyste faisait allusion notamment aux « rumeurs » qui circulent au sujet d'un couloir qui s'étend entre Chebaa et Beit Jin en Syrie où se déroule depuis quelques jours une bataille décisive contre les forces de l'opposition syrienne, transformé en ligne d'approvisionnement pour le Hezbollah. « Il s'agit d'une violation encore plus grave que celle de la 1701 », dit-il, en rappelant que cette ligne, qui fait près de 11 km, était la route qui desservait la contrebande avant de se transformer en un point de passage des jihadistes sunnites, supplantés aujourd'hui par les combattants du Hezbollah.

 

 

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Wlek Sanferlou

Le tourisme est au Liban l'une des sources importantes de devises étrangères, bien sûr en attendant le pétrole Salvatore! :
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Médaille de la meilleure gestion financière à suivre...

Le Faucon Pèlerin

Pourquoi toute cette tempête ? Le milicien syrien Hamza Aboul-Abbas et le milicien irakien Kaïs el-Khazaali sont chez eux dans le Kaliningrad iranien qu'est devenu le Liban, une enclave perse sur la Méditerranée... Kfarkila c'est la ligne Maginot à l'Est et la ligne Siegfried à l'Ouest en vue d'une prochaine guerre entre l'Iran et Israél sur le territoire libanais.

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