Diplomatie

Jérusalem : peu d’illusions sur une condamnation de Washington par l’ONU

Les diplomates s'attendent à ce que les États-Unis mettent leur veto au projet de résolution rejetant la décision américaine sur Jérusalem, qui pourrait être voté aujourd'hui.

Des manifestants agitant des drapeaux palestiniens lors d’un rassemblement le 16 décembre près de la Maison-Blanche, à Washington DC. James Lawler Duggan/Reuters

La reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale de l'État d'Israël continue de faire polémique au sein de la communauté internationale. Le Conseil de sécurité de l'ONU examinera un projet de résolution visant à rejeter la décision du président Donald Trump. L'Égypte a fait circuler samedi un texte aux quinze membres du Conseil, obtenu par l'AFP et Reuters, et qui demande notamment que la décision unilatérale prise par les États-Unis soit révoquée. Ce projet de résolution pourrait être mis au vote dès aujourd'hui.

Le texte affirme que « toute décision ou action visant à altérer le caractère, le statut ou la composition démographique de Jérusalem n'a pas de force légale, est nulle, non avenue et doit être révoquée ». Le projet de résolution souligne également que le statut de Jérusalem « doit être résolu par la négociation » et fait part de « profonds regrets concernant les récentes décisions sur Jérusalem », sans mentionner nommément les États-Unis ni Donald Trump. Enfin, le document « exige que tous les États se conforment aux résolutions du Conseil de sécurité concernant la ville sainte de Jérusalem et ne reconnaissent aucune action ou mesure contraire à ces résolutions ». Le projet de résolution appelle par ailleurs tous les pays à s'abstenir d'établir des représentations diplomatiques dans la ville trois fois sainte.

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« Scène contre Israël »

Pour qu'une résolution soit adoptée, elle doit obtenir neuf voix sur quinze et aucun des cinq membres permanents ne doit mettre son veto. Dans le cas de cette résolution sur Jérusalem, les diplomates s'attendent à ce que les États-Unis opposent leur veto, même si elle devrait recevoir le soutien des 14 autres membres du Conseil de sécurité, la décision américaine ayant été l'objet d'une réprobation quasi unanime de la communauté internationale. Dans ce contexte, le Conseil dispose d'une marge de manœuvre particulièrement limitée face à la décision unilatérale américaine. Peu d'illusions donc, puisque la réunion du Conseil ne devrait pas pouvoir aboutir à des mesures contraignantes à l'égard des États-Unis.
Contactée par Reuters, la mission américaine aux Nations unies a décliné l'invitation à commenter le projet de résolution. L'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Nikki Haley, avait cependant qualifié auparavant la décision de M. Trump comme étant « la chose juste à faire ».
L'ambassadeur d'Israël à l'ONU, Danny Danon, a pour sa part « vivement condamné » le projet de résolution, qui relève selon lui d'une tentative des Palestiniens de « réinventer l'histoire ». « Aucun vote ou débat ne changera la réalité évidente que Jérusalem a été et sera toujours la capitale d'Israël », a-t-il déclaré dans un communiqué. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a également salué « le leadership » des États-Unis lors de la réunion du cabinet ministériel hebdomadaire hier à Jérusalem, applaudissant « la détermination avec laquelle ils repoussent les efforts visant à utiliser les Nations unies comme une scène contre Israël ».

Une décision « non conforme aux résolutions du Conseil »

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est déjà réuni en urgence le 8 décembre courant afin de débattre de la décision de la Maison-Blanche concernant le statut de Jérusalem et le transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. À l'issue de cette réunion, les ambassadeurs de France, du Royaume-Uni, d'Italie, de Suède et d'Allemagne avaient estimé dans une déclaration solennelle que l'annonce de M. Trump « n'est pas conforme aux résolutions du Conseil de sécurité ». Celle-ci « ne favorise pas la perspective de paix dans la région », avaient-ils souligné. Beaucoup de condamnations donc, mais toujours pas de sanctions contre la décision de Donald Trump qui a depuis déclenché la colère des Palestiniens et des manifestations dans le monde musulman.
Plusieurs résolutions de l'ONU ont été adoptées, au cours des cinquante dernières années, pour appeler Israël à se retirer des territoires saisis lors de la guerre de 1967 et réaffirmer la nécessité de mettre fin à l'occupation. Israël a annexé la partie orientale de Jérusalem, dont elle a pris le contrôle pendant la guerre de 1967, puis voté une loi faisant de la ville sainte sa capitale « indivisible ». Cette annexion n'a jamais été reconnue par la communauté internationale et les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme la capitale de leur futur État.
En 1980, le Conseil de sécurité avait adopté une résolution déclarant que « toutes les mesures et actions législatives et administratives prises par Israël, puissance occupante, qui visent à modifier le caractère et le statut de la ville sainte de Jérusalem n'ont aucune validité juridique ». Les États-Unis s'étaient abstenus lors de ce vote, autorisant l'adoption de la mesure. La dernière en date, adoptée en décembre de l'année dernière, « souligne qu'il ne reconnaîtra aucune modification aux lignes du 4 juin 1967, y compris en ce qui concerne Jérusalem, autres que celles convenues par les parties au moyen de négociations ». La résolution avait également été approuvée par 14 voix et une abstention par Washington, alors sous la présidence de Barack Obama.

 

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