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Santé

Diabétiques ? Ne négligez pas les pieds !

Endocrinologie

L'atteinte des nerfs des membres inférieurs constitue l'une des principales complications du diabète. Au Liban, le problème reste important en raison notamment de la négligence.

Nada MERHI | OLJ
16/12/2017

Se blesser au pied et ne pas éprouver de douleur, se faire un bain de pieds d'eau chaude et ne pas ressentir la brûlure qu'elle provoque, avoir les pieds secs et sujets à des lésions fréquentes... Autant d'aspects de la neuropathie (atteinte des nerfs) des membres inférieurs, l'une des principales complications du diabète, une maladie qui touche plus de 422 millions de personnes dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

« La neuropathie diabétique est la complication la plus fréquente et la plus négligée du diabète », constate le Dr Sélim Jambart, endocrinologue et professeur honoraire d'endocrinologie à la faculté de médecine de l'Université Saint-Joseph. « Elle est secondaire à une atteinte microvasculaire, c'est-à-dire une atteinte des petits vaisseaux, ce qui se traduit, en ce qui concerne les membres inférieurs, par des effets néfastes sur les nerfs du pied », poursuit-il.

Ainsi, « les nerfs de la sensibilité qui transmettent l'information de la douleur au cerveau seront touchés ». Donc, en cas d'une lésion, « le patient n'aura pas mal et laissera la lésion évoluer négativement ». « La sensibilité proprioceptive, c'est-à-dire la sensibilité du système nerveux aux informations provenant des muscles et des articulations, sera également altérée, ajoute le Dr Jambart. D'habitude, lorsque le pied est en mauvaise position, on le ramène, par réflexe, dans une bonne position. Chez la personne diabétique, ce réflexe est perdu. De ce fait, l'appui se fera toujours sur un même point du pied, entraînant, au fil du temps, des ulcères et des infections. »

« Les nerfs agissant sur les glandes sudoripares, qui sécrètent la sueur et le sébum, seront aussi atteints, causant un dessèchement du pied, et par conséquent des lésions et des blessures que le malade ne va pas non plus ressentir », constate le Dr Jambart. Et d'ajouter : « Le diabète étant une maladie à tropisme vasculaire, il est souvent accompagné d'autres pathologies, comme l'hypertension artérielle, l'hypercholestérolémie ou le tabac, qui affectent aussi les vaisseaux. Ceux-ci ne pouvant plus véhiculer correctement le sang, notamment vers les périphéries, il entraîne un risque d'ischémie et, à un stade plus avancé, des amputations. »

Le Dr Jambart note en outre qu'« un diabète mal contrôlé peut entraîner, au fil des ans, une déformation du pied, une complication désignée par le pied de Charcot, peu adapté aux chaussures et donc sujet à des blessures et des infections ».

 

(Lire aussi : Le diabète de l’enfant n’est pas une fatalité)

 

Négligence
La neuropathie diabétique est d'autant plus grave que de nombreux patients ne consultent les spécialistes qu'à un stade avancé de la lésion, en raison de la « négligence » , constate le Dr Roula Husni Samaha, spécialiste en médecine interne et en maladies infectieuses. « Ils se laissent aller et ne pensent à demander une aide spécialisée que lorsque l'infection s'aggrave, alors que si nous intervenions tôt, les résultats seraient meilleurs, déplore-t-elle. Malheureusement, nous continuons à avoir des patients qui présentent des infections profondes, pouvant atteindre les os, et nécessitant un traitement antibactérien par voie intraveineuse. »

Au Liban, les bactéries rencontrées « sont différentes de celles décrites dans la littérature internationale ». « En Europe et aux États-Unis, les infections les plus courantes du pied diabétique sont celles à staphylocoque doré », note le Dr Husni. Faisant référence à une étude qu'elle a menée sur les infections du pied diabétique, elle précise qu'au Liban, « nous avons plus affaire à des infections à gram négatif, notamment les entérobactériacés retrouvés dans les intestins et les Pseudomonas aeruginosa retrouvés dans l'eau ». D'où la nécessité de laver la plaie avec de l'eau embouteillée. « Nous rencontrons aussi, dans une mesure moindre, des infections à staphylocoque doré », avance-t-elle, soulignant que l'objectif de cette étude « est de développer des recommandations pour un meilleur traitement du pied diabétique au Liban ».

Quelle que soit la nature de la bactérie, un problème majeur peut se poser lors de l'administration du traitement. Les vaisseaux étant altérés, le sang ne peut pas véhiculer l'antibiotique vers le pied. L'intervention d'un chirurgien vasculaire est nécessaire. « Chez nous aussi, le patient arrive très tard, à un stade où le pontage et toutes les autres techniques susceptibles d'assurer un flux sanguin jusqu'aux pieds ne sont plus efficaces », constate le Dr Fadi Hayeck, président de la Société libanaise de chirurgie vasculaire. « Dans ces cas, nous sommes contraints d'amputer un orteil, une partie du pied et même une partie de la jambe pour sauver la vie du patient », regrette-t-il.

 

(Lire aussi : Le diabète de type 2 commence à être diagnostiqué chez des enfants de 12 ans)

 

 

Problème majeur
Il n'existe pas de chiffres sur la prévalence du pied diabétique au Liban. Selon les études internationales, cette pathologie atteint près de 20 % des personnes diabétiques. « Au Liban, le problème reste grave, parce que les patients arrivent toujours en retard, insiste le Dr Hayeck. Rares sont ceux qui pensent à consulter un chirurgien vasculaire lorsqu'ils ressentent des fourmillements aux pieds ou des douleurs aux mollets, qui sont des symptômes prémonitoires de la maladie. La perte de poils au niveau des jambes est aussi un signe d'une mauvaise vascularisation. Malheureusement, la sensibilisation dans ce sens est encore timide. Lorsque les patients arrivent chez nous, le mal est souvent fait. »

Les trois spécialistes insistent sur l'importance de la prévention. Celle-ci consiste à bien contrôler son diabète, mais aussi sa tension artérielle et son cholestérol. Il faut également arrêter la cigarette si l'on fume, puisqu'il s'agit de facteurs qui « entraînent une obstruction des artères ». « Il ne faut pas non plus négliger les pieds et penser à se les faire examiner au même titre que le cœur et les yeux », insiste le Dr Hayeck, qui affirme qu'au Liban, le plus grand défi pour les chirurgiens vasculaires reste celui de « sauver le pied et d'éviter une amputation, aussi minime soit-elle ». Mais pour cela, les patients doivent se mettre à contribution et « ne pas négliger leur état de santé ».

« De nos jours, nous possédons une panoplie de médicaments qui agissent sur les différents facteurs de l'hyperglycémie, permettant un contrôle optimal de la maladie, affirme de son côté le Dr Jambart. Malgré cela, nous rencontrons toujours des patients qui développent des complications graves du diabète. La principale cause reste le manque d'information du diabétique quant à sa maladie, d'où la nécessité d'implémenter des centres d'éducation du diabète. Dès qu'une complication apparaît, sa prise en charge par une équipe multidisciplinaire s'impose. »

 

 

 

 

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