L’édito de Michel TOUMA

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L’édito
Michel TOUMA | OLJ
12/12/2017

C'est un message politique fort et ferme que le Groupe international de soutien au Liban (GSIL) a tenu à transmettre à qui voudrait bien l'entendre. Réunies vendredi dernier à Paris sous l'égide du président Emmanuel Macron, ces nouvelles assises du GIS n'ont pas débouché sur des mesures concrètes, mais plutôt sur une déclaration de principe. Nul ne s'attendait d'ailleurs à autre chose. Il reste que la teneur du communiqué final, concocté par les grandes puissances (Russie incluse), ne manque pas d'intérêt, à plus d'un titre.
Pour la première fois depuis sa création en 2013, le GSIL appelle explicitement à la mise en application de la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l'ONU qui réclame notamment, convient-il de le rappeler, la dissolution de toutes les milices au Liban. Insistant, à deux reprises, sur le fait que « seul l'État » doit détenir le monopole des armes, le GSIL associe sa mention de la 1559 d'une référence, non moins importante, à la déclaration de Baabda, adoptée en 2012 sous l'impulsion de l'ex-président Michel Sleiman et dans laquelle les parties libanaises (à l'exception du Hezbollah) se prononçaient en faveur d'une politique de dissociation du Liban des conflits régionaux. Reprenant à son compte le contenu de ce document – reconnu officiellement par les instances internationales et arabes –, le GIS invite expressément l'ensemble des factions locales à « mettre en œuvre cette politique concrète de dissociation et de non-ingérence dans les conflits externes ». Qualifiant une telle politique de « priorité importante », le GSIL souligne qu'il en « suivra de près » son application.
Toute l'importance de la réunion de Paris se situe au niveau de ces mentions et ces petites phrases. La clé de la stabilisation au Liban réside en effet dans la démilitarisation du Hezbollah et dans l'arrêt de son implication dans les guerres et tensions régionales. En clair, elle réside dans la « libanisation » et la « politisation » du parti chiite, en d'autres termes dans la limitation de son action à la seule sphère libanaise et au seul champ politique. Mais réalisme oblige : ce double objectif nécessite un forcing efficace non pas au Liban, mais à Téhéran, car tout changement radical dans la ligne de conduite stratégique du Hezbollah est le fruit d'une décision du guide suprême de la révolution iranienne, plutôt que du commandement du parti chiite. C'est donc à ce niveau précis que se doivent d'agir les signataires du communiqué final du GIS, s'ils sont réellement sérieux dans leur engagement à « suivre de près » la concrétisation de leur déclaration de principe avalisée à Paris.
L'enjeu de cette déclaration de principe dépasse largement le seul cadre libanais. Il porte en effet, aussi, sur la stabilité de l'ensemble de la région. Et pour cause : la présence de « l'État islamique » a été pratiquement éradiquée – ou presque – en Irak et en Syrie, comme l'ont annoncé très officiellement le Premier ministre irakien et le ministère russe de la Défense. Dans un tel contexte, préserver la présence de milices chiites
paraétatiques en Irak, au Yémen, en Syrie et au Liban – quel que soit le prétexte – aura irrémédiablement pour conséquence de maintenir, voire d'accroître, dans l'ensemble de la région la déstabilisation chronique représentée par l'expansionnisme iranien. Occulter cette question reviendrait à créer, encore une fois, les conditions d'une relance d'une nouvelle montée aux extrêmes, par le biais de l'émergence d'un quelconque substitut à l'État islamique ou d'une mouture réactualisée d'el-Qaëda, en réaction au maintien des différentes têtes de pont iraniennes dans la région.
Le passage obligé de toute solution politique dans les différents pays actuellement en proie aux troubles et aux conflits internes est le démantèlement des milices, notamment chiites, afin de garantir une stabilité pérenne. Le leader chiite irakien Moqtada Sadr a d'ailleurs franchi un pas dans cette direction en réclamant, pas plus tard qu'hier, la remise des armes de la milice irakienne pro-iranienne
al-Hachd al-Chaabi à l'État central, en soulignant qu'il était disposé à en faire de même pour sa propre milice.
En termes politiques, il s'agit de retourner aux thèses défendues à la fin de sa vie par l'ancien chef de la communauté chiite au Liban, l'imam Mohammad Mehdi Chamseddine, qui exhortait les chiites du Moyen-Orient à ne pas se laisser entraîner dans des projets transnationaux (donc iraniens) et de s'intégrer plutôt dans la société de leur pays respectif. Une option défendue aujourd'hui par le chef charismatique de la communauté chiite irakienne, l'ayatollah Sistani, ainsi que par Moqtada Sadr, lesquels refusent à l'unisson toute inféodation au pouvoir des mollahs iraniens de Téhéran.
La grande question qui se pose à ce stade est de savoir si les grandes puissances occidentales ont les moyens de contraindre l'Iran à accepter que les organisations militarisées qu'il a implantées au Moyen-Orient se transforment en des alliés non inféodés, non soumis à son diktat, tenant compte des intérêts et équilibres de leur pays au sein duquel ils sont censés s'être intégrés. C'est à cette seule condition que le M-O pourra jouir, un jour, d'une stabilité durable. Mais les puissances qui tirent les ficelles du jeu géopolitique régional ont-elles réellement la volonté de stabiliser, enfin, le Moyen-Orient ? L'interrogation reste, pour l'heure, sans réponse.

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RAISINS SECS

Oh Marie si tu savais
Tout le mal que tu m'as fait ......

Satané iranien , ils ont tué Johny Hallyday ....

Beauchard Jacques

Si voulez approfondir "la dissociation du Liban des conflits régionaux" lisez L'ennemi au cœur du politique vous y trouverez un argumentaire fort utile.

gaby sioufi

""si les grandes puissances occidentales ont les moyens de contraindre l'Iran à accepter""
TOUT EST LA BIEN SUR.
ET OUI, elles en ont les moyens a 2 conditions :
1- mettre a la remise leurs gains $ , appliquer un enbargo reel contre l'iran
2-vouloir vraiment assainir la situation ds cette partie du Globe.

Reste le facteur le plus important a considerer : ISRAEL, qui bon gre mal gre donne pretextes en or , comprendre liberation de la palestine .

la destabilisation de notre region fait son affaire,on le sait bien mais pour combien longtemps encore?

Saliba Nouhad

Question cruciale: jusqu’où l’Iran voudrait pousser son jeu de domination régionale et ses interventions militaires dans le monde Arabe?
Vont-ils continuer à utiliser la carte de la guerre totale contre Israël, abandonnée par les Arabes, et prendre le flambeau de la cause palestinienne, justifiant par ce fait même la présence de leurs milices armées, telles le Hezbollah?
Vont-ils jouer le jeu de domination et partage d’influences géopolitiques entre russes et américains au Moyen-Orient?
Je répondrais qu’au point où ils en sont, avec leurs pseudos victoires en Syrie, en Irak et au Yémen et leur domination de la vie politique au Liban, ils ne vont pas s’arrêter en si bon chemin!
Sauf si, en effet, les grandes puissances voudraient stabiliser la région et éviter une conflagration globale, avec les Israéliens au milieu, et qui pourrait mener à une guerre totale et dévastatrice menaçant la paix mondiale!
Espérons que ce serait le cas.

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