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Moyen Orient et Monde

Riyad se veut en tête de la lutte contre le terrorisme

Réunion

Malgré une officialisation de la coalition antiterroriste, il existe « une grande méfiance de certains membres » à l'égard du royaume wahhabite, estime un chercheur.

Julie KEBBI | OLJ
27/11/2017

L'Arabie saoudite a décidé de renforcer son activité contre le terrorisme. Les pays membres de la coalition antiterroriste menée par l'Arabie saoudite se sont réunis hier à Riyad. La coalition, créée en 2015 sous l'impulsion du royaume wahhabite, réunit quarante pays s'étendant de l'Asie à l'Afrique et à majorité sunnite. Le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, a ouvert la réunion de lancement officiel de la coalition en présence des ministres de la Défense des pays membres, à l'exception notamment du Qatar, sous blocus saoudien depuis le 5 juin et accusé de « financer le terrorisme », et du Liban.

« Notre réunion est très importante car ces dernières années, les organisations (terroristes) agissaient dans nos pays sans qu'il n'y ait de coordination » pour les contrer, a déclaré MBS. « Cet état de fait prend fin aujourd'hui car plus de 40 pays envoient un signal très fort consistant à dire que nous allons travailler ensemble et que nous allons mettre ensemble nos capacités militaires, financières, politiques et de renseignement », a-t-il poursuivi. Dans cette optique, « cela se fera à partir d'aujourd'hui (dimanche) et chaque pays va y contribuer à hauteur de ses capacités », a annoncé le prince héritier. Et ainsi « commence une phase de lutte contre le terrorisme, qui enregistre déjà des défaites dans de nombreux pays musulmans », a observé MBS. « Plus que le meurtre d'innocents et la propagation de la haine, le terrorisme et l'extrémisme déforment l'image de notre religion », a-t-il martelé avant d'ajouter : « Nous allons continuer à pourchasser les terroristes jusqu'à ce qu'ils disparaissent de la terre. »

Le siège de la coalition sera à Riyad où son dirigeant militaire, le général pakistanais Raheel Sharif, disposera de son quartier général. M. Sharif a également indiqué lors de la réunion que sa mission consisterait à « mobiliser et coordonner les ressources, faciliter les échanges d'informations et aider les pays membres à bâtir leurs propres capacités en matière de lutte contre le terrorisme ».

Ce rassemblement intervient deux jours après l'attaque terroriste qui a fait 305 morts dans le Nord-Sinaï égyptien, où des drapeaux de l'organisation État islamique étaient brandis, a rapporté le parquet général égyptien. Cette attaque « a été un événement très douloureux et doit nous inciter à envisager une réponse forte et internationale à ce terrorisme et cet extrémisme », a insisté le prince héritier. « Nous allons nous tenir aux côtés de l'Égypte et de tous les pays du monde qui combattent le terrorisme et l'extrémisme », a-t-il ajouté.

(Lire aussi : Joumblatt salue la politique religieuse de MBS mais souhaite un compromis minimal avec l'Iran)

 

Dynamiques internes

Mais l'officialisation de la coalition antiterroriste s'inscrit surtout dans un contexte de tensions grandissantes avec Téhéran, grand rival du royaume dans la région, et qui ne fait pas partie de la coalition. L'Arabie saoudite, qui multiplie les réunions diplomatiques et les négociations avec ses alliés, cherche notamment à mobiliser ses partenaires traditionnels afin de monter un bloc d'opposition à la République islamique, sans grand succès pour l'instant.

« L'empressement saoudien est une réponse au vent de panique qui souffle face à la nouvelle configuration régionale, alors que Vladimir Poutine, Hassan Rohani et Recep Tayyip Erdogan se sont réunis au cours de la semaine écoulée pour discuter du dossier syrien et dont les Arabes sont en marge », explique Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) basé à Genève, interrogé par L'Orient-Le Jour. « Riyad veut revenir sur le devant de la scène régionale avec le levier de la lutte contre le terrorisme, de concert avec les États-Unis », poursuit-il. Riyad a notamment ouvert un Centre contre le financement du terrorisme inauguré en présence du président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, et du président américain Donald Trump lors de son passage à Riyad en mai.

Par le biais de cette coalition, le royaume wahhabite affiche ainsi une volonté de combattre le terrorisme dans la région auquel Riyad est souvent associé. « Riyad veut étoffer son portrait et garder le leadership régional sans pour autant s'afficher seul », note Hasni Abidi. Quant aux « terroristes » visés, Mohammad ben Salmane s'était gardé de mentionner directement l'organisation État islamique en 2015, précisant seulement que « toute organisation terroriste » serait combattue.

Pour autant, MBS va devoir faire face à certaines difficultés dans la réalisation de son projet d'institutionnaliser la coalition. L'Irak et la Syrie n'en font d'ailleurs pas partie, bien que fortement investis dans la lutte contre l'EI et d'autres groupes jihadistes sur leurs territoires. Riyad va aussi devoir conjuguer avec un nombre particulièrement élevés de membres avec une multitude de dynamiques internes sécuritaires propres. « Il est difficile par ailleurs de combattre une idéologie avec des moyens militaires », précise M. Abidi.

Et certains pays tels que le Pakistan, le Liban ou encore l'Indonésie étaient surpris de trouver leurs noms sur la liste des pays membres de la coalition lors de l'annonce de sa formation en 2015, ajoutant à la confusion quant à l'étendue de la coopération annoncée entre les États. Au cours de ces deux dernières années, le royaume wahhabite a dû faire face à « des résistances de certains membres qui considéraient ne pas être assez associés à la réflexion sur les grands axes de la coalition et ses modalités, et beaucoup pensent que Riyad a le monopole de la structure », souligne M. Abidi. Il y a donc « une grande méfiance au sein de la coalition », bien que les membres « soient conscients que la politique de la chaise vide ne leur serait pas utile politiquement et économiquement », poursuit-il. Selon le chercheur, « certains membres ne collaboreront pas de manière inconditionnelle avec Riyad et rechignent déjà à partager des informations avec l'Arabie saoudite, car ils ne savent pas quel sera le destinataire final ».

 

Pour mémoire

Terrorisme : Salam s'explique sur la participation du Liban à la coalition islamique

 

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Hallak Andre

Dans son discours au Caire Barack Obama s'est adressé aux peuples en défiant leurs régimes aux nom d'une valeur ancienne que peu d'entre eux pouvaient appréhender : la démocratie

S'en est suivie un soulèvement, épisode nommé printemps arabe qu'il n'a su guider.

Aussi il a vu dans les Ikhwan une alternative modérée aux obscurantismes et a favorisé leur accession au pouvoir .

Seuls l'Egypte et la Tunisie après des années d 'amertume ont pu s'en défaire.

A Dubaï Emmanuel Macron s'est adressé aux dirigeants arabes, il a loué l'universalité de la beauté et l absoluité de l'art rempart au fanatisme.

Mohammed ben Salman souhaite une ère Meiji pour l'islam qu'il pourra consacrer en inversant la rigueur pour la ramener en un premier temps au mode de vie saoudien antérieur à 1979 .

Sans doute quand les esprits seront à maturité Emmanuel Macron pourra même évoquer un islam terre de tolérance en pleine inquisition.

Au Maghreb ou le chemin à parcourir sera moindre il pourra conter un Nasser ôtant le voile des jeunes filles à l'université en leur déclamant "désormais vous êtes libres ".

Pour la théocratie perse, la rigueur constitue le fondement de sa doctrine , pour elle "Long et dur est le chemin qui de l'Enfer conduit à La Lumière ": John Milton paradis perdus.

Georges MELKI

Quelle mascarade! Mais c'est l'Arabie Saoudite qui a inventé le terrorisme, et qui l'a nourri pendant des décennies! Qui sont donc les terroristes qui ont organisé les attaques du 11 septembre 2001? N'étaient-ils pas presque tous saoudiens? Et puis moi j'ai vécu en Arabie Saoudite pendant 20 ans, et j'ai entendu les sermons du vendredi pleins d'invectives contre les juifs, les chrétiens, les chiites etc...bref contre tout ce qui n'est pas sunnite! Le Wahhabisme, issu d'Ibn Taymiyyah, est l'école principale du terrorisme takfiriste...

EL RIZ Mohamed

Le Liban fait bien de ne pas participer à cette mascarade. Le pyromane qui organise un colloque sur la Défense contre le feu et nous devrions y participer ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PLUS QU,UNE GRAVE ERREUR POLITIQUE QUE CELLE DE LA NON PARTICIPATION DE NOTRE PAYS A CETTE INITIATIVE CONTRE LE TERRORISME MONDIAL ! UNE MISCALCULATION DANGEREUSE !

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