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Moyen Orient et Monde

Poutine place Assad au centre des discussions pour la paix

Éclairage

Le président russe a reçu son homologue syrien lundi soir à Sotchi, avant une rencontre aujourd'hui avec les autres parrains du conflit, Ankara et Téhéran.

22/11/2017

C'est la deuxième fois que Bachar el-Assad sort du territoire syrien, du moins officiellement, depuis le début du conflit en 2011. Le président syrien et son homologue russe Vladimir Poutine se sont à nouveau rencontrés lundi soir à Sotchi, en Russie, afin d'évoquer l'avenir politique du pays. L'ambiance qui prédomine à l'heure actuelle est loin d'être la même que lors de leur dernière rencontre, le 20 octobre 2015.

Bachar el-Assad s'était en effet rendu dans le plus grand secret auprès du président russe pour une « visite de travail » à Moscou, trois semaines seulement après le début de l'intervention militaire russe sur le territoire syrien. Ce déplacement du chef de l'État syrien ressemblait davantage à une révérence faite à celui qui s'était imposé comme le maître du jeu, alors que la partie semblait terriblement compromise pour Damas au vu des défaites successives. Si cette nouvelle rencontre, lundi, résonne une fois encore comme une convocation de la part du tsar russe, il est certain que le rapport de force sur le terrain n'est plus le même. Ce n'est plus un président syrien aux abois que l'on retrouve ici, mais plutôt un président triomphaliste après avoir largement repris l'avantage face aux rebelles et aux jihadistes, essentiellement grâce à ses soutiens russe et iranien.

Vladimir Poutine a accueilli lundi son allié pour passer à la phase deux, autrement dit pour convertir les succès militaires en règlement politique afin d'instaurer une paix durable. Après avoir « félicité » Bachar el-Assad pour ses résultats dans la lutte contre le « terrorisme », proche d'une défaite « inévitable et définitive » suite à la prise de Boukamal dimanche, dernier fief urbain de l'EI en Syrie, le maître du Kremlin a ajouté « qu'il est maintenant temps de passer au processus politique ». « Nous avons intérêt à faire avancer le processus politique (...) Nous ne voulons pas regarder en arrière et nous sommes prêts à un dialogue avec tous ceux qui souhaitent vraiment aboutir à un règlement politique », a souligné pour sa part Bachar el-Assad.

 

(Pour mémoire : Trump et Poutine "d'accord pour dire que le conflit en Syrie n'a pas de solution militaire")

 

Astana, Sotchi...
Cette rencontre exceptionnelle entre les deux hommes intervient surtout peu de temps avant une rencontre prévue aujourd'hui à Sotchi avec les autres parrains du processus de paix, le président turc Recep Tayyip Erdogan, soutien des rebelles, et son homologue iranien Hassan Rohani, allié de Damas. Mais elle intervient également quelques jours avant la tenue de nouveaux pourparlers sous l'égide de l'ONU prévus à Genève le 28 novembre

La dernière initiative russe visant à réunir régime et opposition en Russie avait été reçue froidement par les rebelles et aucune date n'avait été fixée. Avec cette réunion, Vladimir Poutine espère ainsi prendre la main face aux Occidentaux, en imposant un processus concurrent à Genève, donc hors du cadre internationalement défini. Les différents acteurs réunis à Genève réclament une solution au conflit sur la base de la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui prévoit un gouvernement de transition, sans précisément évoquer la question du départ du président syrien. Cette résolution est la seule à avoir été acceptée par Moscou, même si ce dernier fait tout pour la contourner. C'est pourquoi la Russie avait initié les négociations d'Astana, qu'elle parraine avec l'Iran et la Turquie, afin de concurrencer Genève. Le processus a réuni sept fois au cours de l'année le régime et l'opposition dans la capitale kazakhe, aboutissant notamment à la mise en place des « zones de désescalade » dans les régions d'Idleb, de Homs, dans la Ghouta orientale, près de Damas, ainsi que dans le Sud.

L'objectif de Vladimir Poutine est clair. Il est désormais temps de réhabiliter le président syrien. Mais il est aussi temps de lui rappeler que, sans Moscou, il ne serait certainement pas là aujourd'hui, dans le but de le forcer au compromis. Selon une correspondante à Moscou d'AP, la télévision russe a retranscrit des images de vives embrassades entre Vladimir Poutine et Bachar el-Assad, à son arrivée à la résidence du président à Sotchi. « J'ai demandé au président syrien de passer », a dit le président russe à ses généraux avant de se retourner vers Bachar el-Assad et lui lancer : « Je voudrais vous présenter à des personnes qui ont joué un rôle-clef afin de sauver la Syrie. »

 

(Pour mémoire : Assad a gagné la guerre, mais doit remporter la bataille politique)

 

Position de force
Moscou espère réunir désormais les différentes parties syriennes autour de Bachar el-Assad, afin de former un nouveau contrat social, dont les Russes seraient les arbitres, et les Turcs ainsi que les Iraniens les parrains. Ce forcing russe intervient alors que les chancelleries diplomatiques ont changé leur discours quant au départ du président syrien. Ankara a ainsi assoupli sa position jusque-là ferme à ce sujet. « Il faut d'abord en parler avec l'opposition (syrienne). Désormais, la Russie et l'Iran ne sont pas les seuls à dire que Bachar el-Assad peut rester. L'Arabie saoudite et la France disent la même chose. Il ne faut pas être trop dans l'émotion, mais réunir tout le monde autour de Bachar el-Assad ne sera pas chose facile », a déclaré il y a quelques jours le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Çavusoglu. Comme Ankara, Paris et Riyad ont pris acte de la position de force obtenue par le président syrien, et apparaissent plus que jamais enclins à préserver l'unité de la Syrie.

Faire avaler la pilule aux différents groupes de l'opposition syrienne ne sera pas une mince affaire. Son négociateur en chef, le président du Haut Comité des négociations, Riad Hijab, a d'ailleurs annoncé sa démission lundi, après avoir assuré avoir résisté aux « tentatives cherchant à abaisser le plafond de la révolution et à prolonger le régime de Bachar el-Assad ». Plusieurs autres responsables du Haut Comité ont ensuite annoncé leur retrait, notamment Souheir el-Atassi et Riad Naassan Agha. Une réunion de l'opposition devrait se tenir aujourd'hui à Riyad afin d'espérer unifier les positions en vue de la reprise des négociations à Genève. Mais le constat est amer.

Vladimir Poutine a certes gagné la guerre du maintien au pouvoir de Bachar el-Assad, mais il en a une autre, bien plus difficile, à gagner : celle de sa relégitimation.

 

 

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Henrik Yowakim

Poutine place Assad au centre des discussions pour la paix

C'EST LE NOMMÉ HUSSEIN BARAQUE QUI A TOUT FAIT POUR TUER LA RÉBELLION SYRIENNE QUI DOIT JUBILER

C.K

Il ne manque pas de sens de l'ironie, ce Tsar.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

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