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La Dernière

Naji Raji, Beyrouth n’est pas impossible

Positive Lebanese
15/11/2017

On a tous le blues de Beyrouth. Qu'on l'aime à la folie ou un peu moins, qu'on y vive ou qu'on y passe, qu'on l'encense ou qu'on la stigmatise, Beyrouth est toujours un combat. Une bataille de plus en plus inégale pour préserver une ville qui nous a vus naître, qui a résisté à tout, dont on connaît les rues, les maisons, les boutiques, les coins d'ombre, les arbres qui restent, les voisins, les klaxons, l'agitation, la mélancolie et l'euphorie. À chaque coup de pioche, on tremble, on frissonne et puis on hausse les épaules. Les pots-de-vin, les investisseurs, les gros sous sont plus forts que Abou Raymond le coiffeur, Margot la fleuriste et Abou Ali l'épicier. Plus forts que l'héritage familial, que l'identité d'une ville, que le patrimoine indispensable. Des 4 500 bâtiments classés traditionnels au lendemain de la guerre, il ne reste plus que 300. Plus de 90 % de ces bâtiments n'ont pas résisté à la spéculation et à l'absence de plan directeur, de vision urbaniste et de conscience patrimoniale.

Alors quand on rencontre Naji Raji, le fondateur de l'ONG Save Beirut Heritage, on a envie de s'accrocher à son énergie, à ses nombreuses activités, à ses projets fondateurs et surtout à son optimisme quant à l'avenir de cette ville. Depuis sa fondation en 2008, cette association, dont le but était de préserver l'histoire archéologique, architecturale et urbaine de la ville, n'a pas chômé. Avec de grandes victoires, de grandes déceptions aussi, les jeunes de Save Beirut Heritage n'ont reculé devant aucun sacrifice pour tenter coûte que coûte de sauver les vieux bâtiments, les pans d'histoire, les belles maisons, et garder un tant soit peu ses couleurs à Beyrouth.

Né dans un quartier traditionnel de la capitale, chassé de sa maison vouée à la démolition, Naji Raji s'est engagé corps et âme pour arrêter les bulldozers qui rasaient l'histoire. S'il a souvent réussi à geler des démolitions, il a également versé de nombreuses larmes sur les pierres qui sont tombées, victimes de l'avidité et de l'ignorance. Mais aujourd'hui, le jeune homme est souriant. Il parle avec enthousiasme de cette nouvelle loi pour sauver le patrimoine, une loi approuvée à la mi-octobre par le Conseil des ministres et qui attend désormais d'être ratifiée par le Parlement. Son combat de nombreuses années semble avoir abouti sous l'égide de partenaires intelligents qui ont su contourner les écueils et faire en sorte que tout le monde y trouve son compte. En effet, les propriétaires des vieilles demeures pourront vendre la surface d'exploitation de leur bien-fonds à des entrepreneurs partout dans Beyrouth, et pourront alors conserver et rénover leur maison grâce à l'argent acquis sans avoir à verser de taxes. Personne ne sera lésé et Beyrouth pourra alors sauver ce qui peut l'être de son patrimoine architectural.

En attendant que cette loi soit votée, Save Beirut Heritage organise, dans les prochaines semaines, des séminaires et des conférences pour les propriétaires qui souhaitent en savoir plus. En attendant, les activités de cette ONG dynamique se multiplient. Après avoir réussi à inscrire le palais Heneiné sur la liste des monuments historiques mondiaux, organisé un Heritage Watch Day à Zokak el-Blatt pour expliquer l'importance de ce quartier, une exposition à Beit Amir, à Clemenceau, retraçant l'évolution de Beyrouth de 1850 à 2050, c'est une activité artistique inédite au Liban qui sera proposée à Art Lab à partir du 28 novembre. De l'immeuble Art déco en face du restaurant Ginette à la rue Gouraud qui vient de s'incliner face aux promoteurs, Naji Raji a fait une histoire et tout une installation/performance. Il a d'abord recueilli des pièces de l'édifice et a demandé à des artistes libanais de s'en inspirer pour redonner vie au bâtiment. Il a également recueilli des témoignages des habitants et voisins de l'immeuble disparu. Tout un programme pour ne pas accepter ce qui semble inéluctable, et prouver une fois de plus que Beyrouth mérite bien que l'on se batte pour elle. Et que parfois, on peut même gagner.

*Positive Lebanon est un concept basé sur les initiatives concrètes de la société civile libanaise. Ces initiatives qui font que le pays tient encore debout. Mais derrière chaque initiative se tient une Libanaise ou un Libanais courageux, innovant, optimiste et plein d'amour pour son pays. (voir ici)

 

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