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La Dernière

« Aller jusqu’au bout de la nuit pour montrer la lumière »

Salon du livre

Pierre Adrian était au Salon du livre francophone pour présenter son roman Des âmes simples.

14/11/2017

Pierre Adrian ne parle pas avec sa tête, ses mots sortent tout droit du cœur. Rien de théorique quand il présente son second ouvrage mais une flamme incandescente. À 26 ans, le jeune auteur français a déjà été récompensé de trois prix littéraires pour ses deux ouvrages. La piste Pasolini (Équateur, 2015) suivait la trace du poète et cinéaste italien du même nom, Des âmes simples (Équateur, 2017) nous emmène sur les pas du curé d'une vallée sinistrée des Pyrénées. C'est ce second roman qu'il présentait au Salon francophone du livre de Beyrouth.

« Une passion pour la vie, pour la réalité qui m'entoure »
« Moi, ce que je voulais, c'est raconter des histoires. » Pierre Adrian n'ambitionnait pas vraiment de devenir écrivain. Il rêvait plutôt de prendre la plume du journaliste pour raconter des histoires. Pas forcément les plus belles ni les plus grandioses, mais les autres, celles qu'on oublie ou qu'on ne voit pas. Alors il s'est mis à écrire, comme pour donner une tribune à ceux qu'on n'écoute pas, par « passion pour la vie, pour la réalité qui (l')entoure », selon les mots de Pier Paolo Pasolini, son maître à penser, qu'il ne manque pas de citer.
À 23 ans, Adrian part sur les trace du cinéaste, assassiné à 41 ans dans des circonstances mystérieuses. À 24 ans, il pose ses bagages dans un monastère de la vallée d'Aspe. Des âmes simples est le récit de cet hiver pyrénéen. Ni reportage ni roman, son œuvre est un peu les deux à la fois. Le récit raconte son itinéraire auprès du frère Pierre, moine prémontré qui, depuis 50 ans, vit au service de Dieu et des habitants de sa vallée. Au chevet de chacun, le frère Pierre est tour à tour prêtre, conseiller, ami, assistant social. À la fois chronique de la vie de campagne et récit initiatique, l'ouvrage détonne par la justesse de son écriture et l'extraordinaire profondeur de son propos.

« L'amour pour unique boussole »
Pierre Adrian peint la détresse. Celle du berger qui appelle le frère Pierre au beau milieu de la nuit, celle de Pasolini qui arpente nuitamment les rues de Rome. Pierre Adrian est terrorisé par le néant, il le confesse lui-même. Ses livres sont la peinture cruelle, mais non dénuée d'espoir, d'un monde sans Dieu où la misère est avant tout spirituelle. Son écriture, nerveuse et visuelle à la fois, surprend autant qu'elle ravit : phrases simples et métaphores touchent de façon détournée ce qu'il veut exprimer : la perte des sens, l'effort pour espérer, la foi en Dieu, en l'homme.
Car si Des âmes simples s'ouvre de la plus sinistre des manières – le suicide d'un père et de ses filles – le récit ne crucifie pas l'espérance pour autant. « Il y a toujours un matin, il y a toujours une aurore », explique Pierre Adrian. Son œuvre naissante n'est pas nihiliste, loin de là. « Aller jusqu'au bout de la nuit pour montrer la lumière, s'enfoncer dans la dégradation de l'homme, tout désacraliser pour revenir au sacré », tel est le projet de Pierre Adrian qui s'inscrit, de son propre aveu, dans les pas de Pasolini. Le livre se clôt sur la magnifique figure du frère Pierre, saint méconnu de tous les jours, espoir au milieu du désespoir, âme simple au service des âmes simples.
La piste Pasolini, Des âmes simples, deux ouvrages ou deux faces d'un même médaillon. « En dehors du monde et pourtant au cœur du monde », tels sont les personnages de Pierre Adrian. Entre le prêtre et le poète se retrouvent la même passion pour l'être humain, la même conscience d'une verticalité mystérieuse, la même certitude : l'amour est l'unique boussole qui nous soit donnée. Pierre Adrian désoriente, frappe dur et fort là où on ne l'attend pas, mais nous bouleverse de son écriture lumineuse. La suite !

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