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Moyen Orient et Monde

Que risque Donald Trump dans l’enquête sur les ingérences russes ?

Justice

« En général, il n'y a pas de limites au fantasme », ironisait hier le ministre russe des Affaires étrangères.

Julie KEBBI | OLJ
01/11/2017

L'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection américaine de 2016 prend de plus en plus d'ampleur, alors que les auditions des dirigeants des réseaux sociaux Facebook, Twitter et Google s'ouvraient hier devant les commissions parlementaires en charge de l'affaire russe au Congrès.

Lundi, trois des anciens conseillers du président américain Donald Trump ont été inculpés. Le procureur spécial en charge du dossier, Robert Mueller, a mis en accusation Paul Manafort, l'ex-directeur de campagne de M. Trump d'avril à août 2016, ainsi que son associé, Richard Gates. Parmi les douze chefs d'inculpation, les deux conseillers sont accusés de « complot contre les États-Unis », blanchiment d'argent et non-déclaration de comptes à l'étranger. Tous deux ont plaidé non coupables lundi. M. Manafort a par ailleurs déjà dû témoigner fin juillet devant la commission judiciaire du Sénat des États-Unis avec le gendre et conseiller du président, Jared Kushner, et son fils, Donald Trump Jr, concernant une réunion avec une avocate russe qui avait promis des informations compromettantes sur Hillary Clinton pendant la campagne.

George Papadopoulos, ancien conseiller de M. Trump en politique étrangère durant la campagne présidentielle, est également concerné. Ce dernier a plaidé coupable pour faux témoignage au FBI en janvier dernier. Interrogé sur ses rapports avec des intermédiaires de Moscou lors d'un voyage en Russie, il aurait su que les Russes détenaient « de quoi salir Hillary (Clinton) » avec « des milliers d'e-mails », avant que l'affaire ne soit dévoilée par WikiLeaks. M. Papadopoulos a ainsi « entravé l'enquête en cours du FBI sur l'existence de liens ou de coordination éventuels entre des personnes associées à la campagne et le gouvernement russe », a déclaré à son propos M. Mueller. Le document d'inculpation ne suggère cependant pas qu'il y a eu collusion entre l'équipe de campagne de Donald Trump et les Russes.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a réfuté les accusations de la justice américaine hier, estimant qu'il n'y avait « pas le moindre début de preuve » d'ingérence russe. « Nous sommes accusés comme vous le savez d'ingérence non seulement dans l'élection américaine, mais aussi dans des États européens. Récemment, il a été allégué que Moscou avait décidé quel ministre nommer en Afrique du Sud.

En général, il n'y a pas de limites au fantasme », a-t-il ajouté. Ces accusations sont « absolument ridicules, gratuites et sans fondement », a fustigé pour sa part le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Moscou a par ailleurs souligné que les chefs d'inculpation qui ne mentionnent pas les Russes étaient donc une « question intérieure aux États-Unis ».

 

(Lire aussi : USA : des Etats clés de l'élection 2016 visés par des pirates russes)

 

 

« Pas de collusion »
Le président américain s'est quant à lui tourné vers Twitter, à nouveau, pour se défendre de tout lien avec les Russes pendant la campagne et tenter de rediriger l'attention médiatique vers le Parti démocrate et l'affaire des e-mails de l'ancienne candidate Hillary Clinton. « Pardon, mais cela date d'il y a plusieurs années, avant que Paul Manafort ne fasse partie de la campagne Trump. Mais pourquoi Hillary la véreuse ("Crooked Hillary") et les démocrates ne sont-ils pas au centre de l'attention ? » s'interroge-t-il avant d'insister : « ... Aussi, il n'y a pas de collusion. »

Le locataire de la Maison-Blanche fait ici référence aux activités de M. Manafort et son associé en Ukraine. Ils ont travaillé pour le gouvernement ukrainien entre 2006 et 2015 et ont été lobbyistes à l'étranger en tant qu'agents non répertoriés, rapporte le document d'inculpation publié lundi. Ils ont notamment collaboré comme consultants pour le prorusse Viktor Ianoukovitch, président de l'Ukraine entre 2010 et 2014. Si Donald Trump souligne que ces actes ont pris place avant la campagne, le Washington Post a cependant rapporté que selon les dossiers d'affaires ukrainiennes, les activités de l'entreprise de M. Manafort en Ukraine ont cessé un mois après qu'il eut rejoint la campagne Trump ; et avant de devenir le directeur de campagne.

Puis dénonçant les porteurs de fausses informations (« fake news »), M. Trump a également tenté de minimiser ses liens avec M. Papadopoulos. « Peu de personnes connaissaient le jeune volontaire de bas niveau nommé George, qui a déjà prouvé être un menteur, vérifiez les démocrates », a-t-il insisté. Pour sa part, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee-Sanders, a affirmé lundi que M. Papadopoulos n'a eu qu'un rôle « extrêmement limité » en tant que « bénévole » durant la campagne. Mais des éléments de l'enquête ont révélé plus tôt cette année que l'ancien conseiller aurait essayé d'arranger une réunion entre l'équipe de Donald Trump et Moscou. Et dans un entretien accordé au Washington Post durant la campagne, le 21 mars 2016, Donald Trump alors candidat chantait les louanges de M. Papadopoulos. Ce consultant « en gaz et en pétrole » est un « gars excellent », avait-il déclaré.

 

(Lire aussi : Qui est Papadopoulos, l'obscur conseiller de Trump au centre de l'affaire russe)

 

 

« Le choc serait tel... »
Mais que risque pour sa part Donald Trump dans cette tempête judiciaire ? « Les inculpations de MM. Manafort et Gates ne mettent pas directement en danger le président car elles portent sur des faits de fraude fiscale, blanchiment de fraude et lobbying clandestin sans aucun rapport avec la campagne 2016, explique Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste de la politique américaine, contacté par L'Orient-Le Jour. Mais en inculpant ces deux anciens très proches, le procureur Mueller signifie à Trump qu'il ne reculera pas et que l'enquête commence à peine, contrairement aux affirmations du président ces dernières semaines. »

En revanche, « la déclaration de culpabilité de M. Papadopoulos est beaucoup plus ennuyeuse pour
Trump », note M. Sellin, même si, « bien sûr, les démarches de M. Papadopoulos ne semblent pas avoir abouti, puisqu'aucune collusion active n'a été prouvée ». « Mais une fois de plus, l'équipe Trump cherchait l'appui russe. » Autant d'éléments qui mettent la présidence américaine dans l'embarras alors qu'elle essaye de se distancier des accusés.

Le terme « collusion » ne constitue pas un crime en lui-même selon le droit américain fédéral, relèvent de nombreux juristes. Avec le manque de précédents en la matière et la complexité de l'affaire, des zones d'ombre restent à éclaircir pour la justice américaine pour qualifier les faits de crime.
« Si aucune collusion n'était prouvée à l'issue de l'enquête Mueller – et sous réserve que le procureur ne trouve pas en chemin d'autres faits qualifiables de crimes –, cela serait une immense victoire pour Trump, qui a toujours crié au canular monté par des démocrates mauvais perdants. » En revanche, « si l'enquête Mueller prouvait la collusion, elle ne pourrait que recommander au Congrès un impeachment du président », précise Corentin Sellin, qui juge que « le choc serait tel, qu'une démission interviendrait probablement avant cette échéance ».

 

 

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