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Moyen Orient et Monde

Après #metoo et #balancetonporc, #3ilaka_moukabel_wazifa

Société

Depuis quelques jours, plusieurs centaines de Saoudiennes dénoncent le harcèlement sexuel dont elles sont victimes, notamment dans les milieux professionnels.

01/11/2017

Il aura fallu 48 heures à peine pour que le hashtag #3ilaka_moukabel_wazifa (une relation en échange d'un emploi) soit repris plus de 5 000 fois et que les témoignages inondent Twitter. Le sujet est pourtant tabou. Mais de plus en plus de Saoudiennes sont décidées à dénoncer le harcèlement sexuel dans les milieux professionnels.

Tout commence le jour où une jeune Saoudienne, nouvellement mariée et décidée à travailler, présente sa candidature à Taqat, un service de soutien à l'emploi. L'un des directeurs de l'agence la contacte quelques jours plus tard pour un entretien au téléphone... à minuit. Ce premier contact, particulièrement suspect, lui met la puce à l'oreille, mais des problèmes de santé soudains l'empêchent de travailler dans l'immédiat et d'accepter un second entretien. Quelques mois plus tard, le même homme la rappelle, une offre alléchante à la clef. Intéressée mais méfiante, elle lui envoie son CV et lui demande un contrat en bonne et due forme, qu'il lui envoie rapidement. Elle s'aperçoit immédiatement qu'il est rédigé au nom d'une autre femme et l'assaille de questions. Il finit par lui avouer qu'il s'agit de l'une de ses anciennes maîtresses, et commence à la harceler à son tour, n'hésitant pas à lui faire miroiter un emploi bien rémunéré en échange de faveurs, ou d'une « relation ». Elle porte plainte auprès de trois autorités gouvernementales différentes, dont le ministère du Travail. Rien n'y fait. Elle finit par se tourner vers les médias et les réseaux sociaux. En l'espace de quelques heures, des centaines, puis des milliers de femmes témoignent de tentatives de harcèlement par des employeurs potentiels, preuves à l'appui, notamment des captures d'écran de conversations sur la messagerie WhatsApp.

 

(Lire aussi : La timide libéralisation des droits des Saoudiennes)

 

 

« Victim-shaming »
Dans le royaume ultraconservateur, l'accès des femmes à l'emploi reste limité, leurs droits encore plus. Les récents efforts de réforme du roi Salmane et de son fils, le prince héritier Mohammad ben Salmane, à l'endroit de la société et plus particulièrement des femmes, contribuent néanmoins à délier les langues.

Le tollé occasionné par le hashtag fut tel que le ministère du Travail a publié un communiqué selon lequel des mesures ont été prises, sans plus de détails. Dans la foulée, certains internautes ont rappelé l'existence d'une application mobile, Koullouna Amn. À l'origine créée en février 2016 pour permettre aux citoyens du royaume de dénoncer les infractions de la route, elle a très vite été utilisée pour tous genres de crimes, y compris virtuels, jusqu'au terrorisme. En septembre 2017, quelques jours après la décision historique du roi Salmane de permettre aux femmes de conduire, un autre décret royal est passé un peu plus inaperçu : selon un communiqué du palais, il aurait ordonné au ministre de l'Intérieur de rédiger une loi criminalisant le harcèlement sexuel et en sanctionnant les auteurs. Les retombées de ces différentes initiatives ne sont pas sans danger, et peuvent très vite dégénérer en dénonciations mensongères et vendettas. Plusieurs internautes ont d'ailleurs été prompts à accuser les ressortissants étrangers travaillant dans le royaume d'« abus de pouvoir » et de « harceler » les femmes, comme si les Saoudiens étaient incapables de tels actes.

 

(Lire aussi : Une princesse saoudienne à la tête d'une fédération omnisports, une première)

 

 

Le phénomène n'est certainement pas récent, ni au royaume wahhabite ni ailleurs. Ces dernières semaines, les accusations de viol et de harcèlement sexuel à l'encontre du producteur américain Harvey Weinstein ont fait boule de neige et ont vite été suivies de nombreuses autres à l'échelle internationale. Les hashtags #metoo (et ses équivalents en plusieurs langues) et #balancetonporc font fureur. Ce n'était qu'une question de temps pour que les Saoudiennes fassent de même. « Celles qui comme moi ont un réel besoin de travailler tombent très souvent sur de tels employeurs, qui profitent en quelque sorte de leur position de pouvoir », affirme une certaine « Noura » à L'Orient-Le Jour. Elle refuse d'en dire plus, malgré l'anonymat.

La peur, les tabous, la honte, l'absence de lois empêchent de nombreuses femmes de s'exprimer à ce sujet. Le fait d'être une ressortissante étrangère est également un obstacle majeur pour certaines. Les réactions négatives aussi : de nombreux internautes n'ont pas hésité à accuser les femmes de « provocation », et donc de leur imputer la responsabilité de ce qui leur arrive. Le victim-shaming (accuser la victime d'un délit ou d'un crime d'en être la cause) a encore de beaux jours devant lui.

 

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