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Moyen Orient et Monde

Mohammad ben Salmane s’attaque à nouveau aux tabous du royaume saoudien

Arabie saoudite

Le prince héritier annonce vouloir retourner à un islam « tolérant et plus ouvert sur le monde ».

25/10/2017

Une annonce inattendue. Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane, a indiqué hier vouloir « retourner à un islam modéré, tolérant et ouvert sur le monde et toutes les religions », en marge d'une conférence économique donnée hier à Riyad, et qui a attiré plus de 2 500 décideurs et investisseurs du monde entier. « Nous voulons vivre une vie normale. Une vie où notre religion signifie tolérance et bonté », a ajouté le prince.

Cette déclaration rappelle fortement le discours du roi marocain Mohammad VI, à l'occasion de la célébration du 63e anniversaire de la Révolution du roi et du peuple, et au cours duquel il a dit vouloir incarner la modération face à l'extrémisme. Pour un participant américain à la conférence, le prince « envoie un message non seulement aux Saoudiens mais aussi au monde : le royaume est prêt au changement ».

Ces développements assoient plus encore Mohammad ben Salmane en tant qu'homme fort d'Arabie saoudite. Nommé à la tête de la Défense du royaume en janvier 2015, le jeune vice-prince héritier conduit les opérations contre les milices houthis au Yémen (soutenus par l'Iran), et place pour ce faire son pays à la tête d'une coalition de 34 pays arabes. Le prince héritier engage, dans le même temps, l'Arabie saoudite en Syrie, aux côtés de la Coalition internationale menée par les États-Unis, contre le groupe État islamique. Mais le royaume cesse toutes ses opérations en Syrie pour se concentrer sur le conflit yéménite.

De grandes réformes nationales sont également entreprises par Mohammad ben Salmane. Il dresse, en avril 2016, la liste de plusieurs réformes socio-économiques à entreprendre pour faire face aux difficultés financières qu'affronte le royaume. L'ensemble de ces réformes, appelé Vision 2030, vise à transformer de manière profonde l'économie saoudienne, secouée par la baisse des prix du pétrole. Il s'impose pour de bon en juin 2017, lorsqu'il parvient à faire écarter et a remplacer Mohammad ben Nayef, alors prince héritier, connu pour sa lutte contre le terrorisme et le jihadisme dans la péninsule Arabique.

 

(Lire aussi : Quand Riyad veut se convertir à la société de divertissement)

 

Rupture réelle ?
Un « coup de théâtre » de la part du prince héritier saoudien ? Pas vraiment. Cette décision s'inscrit dans la continuité de sa politique. Depuis son accession à un haut niveau de responsabilité politique dans le royaume, « MBS » prône une politique plus ouverte avec des décrets allant vers plus de tolérance, pour plus de liberté et une lutte plus forte contre l'extrémisme religieux. Il est considéré comme l'inspirateur de la décision de lever l'interdiction qui était faite aux femmes de conduire. Les divertissements se multiplient aussi : en un an, plus d'une centaine de concerts ont été organisés dans le royaume. De quoi plaire aux jeunes en mal de loisirs.

À travers ces nouvelles déclarations, un message fort est également adressé aux autorités religieuses du pays. « 70 % de la population saoudienne a moins de 30 ans et, franchement, nous n'allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d'idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant et tout de suite », a déclaré hier le prince hériter dans son allocution. « Nous allons détruire l'extrémisme », a-t-il martelé. Depuis sa nomination en tant que prince héritier, Mohammad ben Salmane s'attache à réduire l'influence des milieux religieux sur la société saoudienne. La montée en puissance des courants religieux dans le royaume, qui s'est effectuée depuis les années 70, semble avoir atteint ses limites. À cette époque, une série d'importantes réformes sont lancées dans le pays, malgré la forte résistance des conservateurs. Comme par exemple l'enseignement aux jeunes filles et l'arrivée de la télévision. Mais l'assassinat du roi Fayçal, en 1975, paralyse ce mouvement.

 

(Lire aussi : La timide libéralisation des droits des Saoudiennes)

 

« Il s'agit d'une rupture, d'un message public destiné notamment aux alliés de l'Arabie saoudite, aux jeunes, qui représentent la majorité de la population, et aux conservateurs », confie, à L'Orient-Le Jour, Olivier Da Lage, auteur de plusieurs ouvrages sur le Moyen-Orient et l'Arabie saoudite. « On voit depuis quelques mois le prince héritier se confronter aux autorités religieuses », ajoute-t-il, en référence aux réformes adoptées ces derniers mois, dont l'autorisation historique faite aux femmes de conduire. « Les livres mentionnant la haine envers les autres religions sont en train d'être réécrits », indique-t-il également.

Bien que les propos du prince puissent susciter l'espoir, une ouverture totale et rapide ne serait pas à entrevoir, en tout cas pas dans l'immédiat. Le prince saoudien semble chercher, par ses paroles, des appuis politiques. « Il joue sur l'opinion publique. Il y a une ouverture politique inexistante, mais en s'adressant aux jeunes, il espère trouver le soutien dont il a besoin pour mener les réformes économiques et politiques qu'il veut mettre en œuvre », tempère le spécialiste.

Une Arabie saoudite « modérée ». Des mots, porteurs d'espérance et d'ouverture, pour une société saoudienne jeune et enfermée dans les carcans religieux qui pourraient bien avoir atteint leur seuil de pouvoir. Reste à savoir si les déclarations du prince seront suivies d'actes concrets ou resteront de simples paroles.

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN JEUNE PRINCE QUI PROMET BEAUCOUP !

Irene Said

Enfin une lueur d'espoir...
Bravo "MBS", et bon courage !

Puissent d'autres chefs d'états et de partis en prendre de la graine, pour le bien de leurs pays !
Irène Saïd

Sam

L Arabie n a plus le choix, soit des reformes profondes et sincères, soit une fin comme l EI

Sarkis Serge Tateossian

Tout ce qui modernise la pensée saoudienne sera salué dans le monde.
Il est temps de mettre le curseur des valeurs de ce royaume à l'endroit qu'il mérite.
Ça passe, par plus de modération, plus de droits aux femmes, plus de respects aux différences, plus d'humanité dans toute action politique et judiciaire....

Bravo au prince, c'est un pas important vers l'avant

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