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Moyen Orient et Monde

La Ghouta orientale à son tour affamée par le régime Assad

Syrie

La dernière enclave rebelle près de Damas est totalement assiégée par l'armée syrienne.

28/10/2017

C'est le même épisode qui recommence à chaque fois. Après Daraya, Alep, Wadi Barada et d'autres, c'est au tour de la Ghouta orientale d'apprendre à survivre au siège total imposé par le régime syrien. Rues dévastées, mais surtout enfants décharnés, côtes saillantes et pâleur morbide, telles sont désormais les images qui parviennent de cette dernière enclave rebelle près de Damas, assiégée depuis plus de quatre ans par les forces de Bachar el-Assad. Cette région rurale subit quasi quotidiennement des bombardements depuis plusieurs mois bien qu'elle fasse partie de l'une des quatre « zones de désescalade » instaurées cet été par la Russie et l'Iran, alliés de Damas, et la Turquie, soutien des rebelles, afin d'y instaurer une trêve. Le blocus s'est intensifié depuis près de six mois, dans cette région où vivent plus de 367 000 personnes, provoquant une grave pénurie de denrées alimentaires et de médicaments. Hier, à Douma, la plus grande ville de la Ghouta orientale, des militants ont appelé la communauté internationale à les aider à rompre le siège imposé aux civils par « le dictateur Assad ».

« Les habitants de la Ghouta orientale étaient pris depuis des années entre le marteau et l'enclume, c'est-à-dire entre le blocus du régime et ceux qui en profitent », explique Wissam al-Dimachqui, porte-parole officiel de l'agence d'informations Barada, contacté via WhatsApp par L'Orient-Le Jour. L'agence s'appuie sur un réseau de reporters, photographes et activistes résidant dans la zone assiégée. « Il n'y a plus assez de nourriture ni même de médicaments pour toute la population, et quand bien même il y en aurait, la plupart ne peuvent pas se les payer », rapporte le porte-parole. « Nous sommes aujourd'hui face à une situation de famine. Il manque d'absolument tout et tous les accès sont contrôlés par le régime », déplore le Dr Ziad Alissa, médecin anesthésiste franco-syrien et président de l'UOSSM (Union des organisations de secours et soins médicaux), contacté par téléphone.

 

(Lire aussi : Dans la Ghouta assiégée, de l'eau bouillante pour dîner) 

 

Onde de choc
Des photos de jeunes enfants morts de malnutrition ont provoqué une onde de choc. Le 21 octobre, l'AFP a publié la photo d'un nouveau-né d'à peine un mois, la petite Sahar Dofdaa, dans un état squelettique. Elle est décédée quelques jours après dans une clinique de la ville de Hamouria. « Les mères sont elles-mêmes en malnutrition et ne peuvent allaiter correctement. Il n'y a pas de lait pour bébé et très peu de vaccinations sont réalisées », explique le Dr Alissa, ajoutant que seuls 25 % des enfants de la région sont vaccinés, ce qui favorise grandement les risques de maladies infectieuses.

L'ONU a condamné hier la « privation de nourriture délibérée de civils » comme tactique de guerre, après la publication de ces photos « choquantes », de Sahar et d'autres petites victimes. Le haut-commissaire aux Droits de l'homme de l'ONU, Zeid Raad al-Hussein, a déclaré dans un communiqué que les photos étaient « une indication effrayante de la détresse de la population dans la Ghouta orientale », une région proche de la capitale syrienne qui vit sous le siège depuis 2013. « C'est une véritable tragédie, ce qui se passe actuellement avec le décès de ces enfants malheureusement sous-alimentés », poursuit Wissam al-Dimachqi.

Depuis le début du siège imposé en 2013, le lait infantile et le matériel médical ne peuvent pénétrer légalement dans la Ghouta orientale. Les aides humanitaires parviennent au compte-gouttes. Les dernières en date sont arrivées fin septembre, à travers un convoi de l'ONU qui transportait de la nourriture et des aides médicales à quelque 25 000 personnes. « Il est clair que c'était insuffisant au vu du nombre d'habitants », déplore Wissam al-Dimachqi.

La région agricole est aujourd'hui totalement désœuvrée, tant les coûts de la production agraire sont élevés. « La seule chose qu'il y ait abondament dans la Ghouta c'est l'eau », explique le porte-parole. Tout le monde n'a pas la chance de pouvoir acheter des fruits et légumes vendus à prix d'or. Les prix des denrées alimentaires sont en effet montés en flèche depuis que les forces loyales au président syrien ont pris en mai le contrôle de plusieurs districts et détruit des tunnels qui servaient à acheminer des vivres aux assiégés. Les féculents, tels que les lentilles, les haricots ou les fèves coûtent près de 5 000 livres syriennes le kilo, au lieu de 200 livres avant le début du siège. Le riz coûte dix fois plus qu'auparavant et le sucre a fait un bond de 2 300 %, de même que l'essence et le mazout, selon les chiffres rapportés par l'agence d'information Barada. « Les gens qui avaient des économies sont aujourd'hui à bout de leurs réserves, tandis que les autres vivent en dessous du seuil de pauvreté. »

 

(Lire aussi : Plus de 1 100 enfants souffrent de malnutrition dans la Ghouta assiégée)

 

 

Hôpitaux débordés
Contrôlée par l'Armée syrienne libre (ASL) et Jaïch al-islam, le groupe salafiste le plus puissant du rif de Damas, la Ghouta a résisté tant bien que mal aux offensives du régime, jusqu'à la mise en place de la zone de désescalade, faisant baisser l'intensité des combats. Une trêve que viole constamment Damas. Jeudi, huit civils ont été tués dans des tirs d'obus de l'armée syrienne, notamment à Douma. Ce climat destructeur ne permettait pas en outre aux 200 000 enfants pris au piège, selon les derniers chiffres de l'Unicef, de poursuivre un cursus scolaire normal. « Seuls 20 % d'entre eux ont accès à l'enseignement à travers des institutions éducatives extrêmement faibles et bénéficient d'un soutien psychologique », affirme Wissam al-Dimachqi.

Les hôpitaux ne sont pas en reste. La plupart ont été délibérément visés par les forces du régime durant l'année, se retrouvant ainsi hors service. « Les quelques centres médicaux qui fonctionnent encore ne parviennent pas à traiter tous le flux important de blessés et malades, dont certains nécessitent des opérations lourdes », poursuit le Dr Alissa. Aujourd'hui, quelque 250 patients nécessiteraient d'être évacués afin d'être opérés ou soignés en urgence. Quelques interventions chirurgicales ont été effectuées durant les dernières semaines, notamment à travers la télémédecine, des chirurgiens à l'étranger guidant les quelques médecins restés sur place et manquant de tout. L'UOSSM, qui soutient le service de soins intensifs de l'hôpital Douma, ainsi que plusieurs autres organisations humanitaires sur place mettent tout en œuvre pour faire face aux pénuries médicales. Or seule la création de corridors humanitaires, sous garantie internationale, permettrait désormais d'évacuer des dizaines de civils en danger, notamment les enfants. Les autorisations délivrées aux ONG sont extrêmement rares, se heurtant au refus catégorique de Damas. « Les gens craignent d'être évacués de peur que l'armée ou la police ne les arrêtent », explique le Dr Ziad Alissa. « Nous demandons, aux côtés des autres ONG, un accès humanitaire en urgence pour évacuer les blessés et les malades et approvisionner les populations », interpelle le président de l'UOSSM.

 

 

Pour mémoire

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Saliba Nouhad

Tout le monde déplore, s'apitoie, se révolte....
Et puis quoi....
Results de l'hypocrisie des super-puissances, des réalités de la géo-politique...
Du choc de deux mondes, deux réalités du monde actuel...
D'un côté les biens nantis, éduqués, vivant dans un monde des technologies de demain, et les autres, misérables, analphabètes, à mentalité moyenâgeuse, qui peinent à se nourrir et à survivre...
Finalement, votre sort dans la vie dépendrait simplement de votre bonne étoile...
C'est malheureux, mais c'est comme ça!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUT LE PEUPLE SYRIEN A ENDURE DES MEFAITS DU DESPOTE !

Beauchard Jacques

Honte et horreur, insupportable!

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