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Économie

Les industriels libanais dénoncent le manque de soutien à l’export

Conférence

L'absence de vision du gouvernement et les accords de libre-échange signés par le Liban sont de plus en plus critiqués.

Sunniva Rose | OLJ
24/10/2017

Manque de soutien du gouvernement, accords de libre-échange désavantageux, prolifération d'usines illégales syriennes ...Tous les économistes et industriels présents à la conférence dédiée aux « soutien à l'industrie et promotion à l'export » organisée hier au Conseil économique et social s'accordaient sur les raisons pour lesquelles l'industrie libanaise a des difficultés à exporter ses biens. Le ministre de l'Industrie, Hussein Hajj Hassan, a, comme à son habitude, dénoncé l'accélération de la libéralisation de l'économie libanaise amorcée au début des années 2000. « Au nom de la liberté du commerce, le Liban se retrouve dans une situation de déficit commercial très grave », a-t-il souligné.

Selon les douanes, le déficit a atteint 15,7 milliards de dollars en 2016, dont près de la moitié est due au déséquilibre des échanges avec l'Union européenne (UE), avec qui le Liban a signé en 2003 un accord de libre-échange. D'après les chiffres de la Commission européenne, ce déficit a atteint 7,3 milliards de dollars l'année dernière. Ironie du sort, la conférence était financée par l'UE dans le cadre d'un projet d'« assistance technique pour soutenir la promotion du dialogue social au Liban ».

 

(Pour mémoire : Liban : baisse de 7 % des exportations industrielles au premier semestre)

 

« Lebexit »
Le président du comité des accords commerciaux de la Chambre de commerce, d'industrie et d'agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban, Naji Mouzannar, est aujourd'hui partisan du « Lebexit » – en référence au « Brexit » –, alors qu'il faisait partie des délégations qui ont négocié l'accord de libre-échange avec l'UE dès ses débuts, en 1999. « Lorsqu'un Libanais exporte des services vers la France, il paie une taxe de 33 % à la source, alors que l'inverse ne s'applique pas. Pareil pour les biens, imposés entre 4 % et 12 % par l'UE. Ces taxes ne peuvent être évitées que si le producteur montre un certificat d'origine libanaise, ce qui est pratiquement impossible », déplore-t-il.

Bien que l'accord signé avec l'UE soit souvent brandi comme exemple des dysfonctionnements des exportations libanaises, de nombreux problèmes moins faciles à quantifier ont été soulevés lors de la conférence. La contrebande internationale qui transite par la Syrie, ainsi que les usines syriennes illégales, estimées à 2 000 par M. Hajj Hassan, minent l'industrie locale qui souffre déjà de coûts élevés de production. Sans oublier les entreprises libanaises non déclarées, a souligné un membre de l'assistance, qui s'inscrivent dans le secteur informel, estimé à 30 % du PIB par le Fonds monétaire international (FMI) en 2011.

 

(Pour mémoire : Industrie : les nouvelles barrières tarifaires laissent sceptique)

 

De son côté, Fady Gemayel, président de l'Association des industriels, propose plusieurs solutions. Tout d'abord, la mise en place de subventions à l'export de 60 millions de dollars, pour compenser la hausse des coûts engendrée par la fermeture des frontières avec la Syrie. En plus d'une campagne de promotion des produits libanais à l'étranger, en particulier auprès de la diaspora, M. Gemayel réclame que les ONG internationales qui distribuent des produits alimentaires ou vestimentaires aux réfugiés syriens s'approvisionnent auprès d'entreprises libanaises. « Un coût plus élevé n'est pas une excuse. Ça nous coûte très cher d'héberger des Syriens chez nous. » Selon des estimations du gouvernement libanais citées dans un rapport de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l'Asie occidentale (Escwa) de 2016, le conflit en Syrie a coûté au Liban 13,1 milliards de dollars au total. M. Gemayel préconise aussi de renforcer le contrôle des douanes à la frontière syrienne et de coopérer avec l'UE pour relever le niveau des exportations libanaises, notamment des produits locaux comme la labné qui ne seraient pas en concurrence avec des produits européens.

Pas sûr que le gouvernement libanais soit prêt à mettre en place ces recommandations, au vu des critiques soulevées pendant la conférence. « J'ai préparé, comme tous les ministres qui m'ont précédé, un programme de développement de l'industrie libanaise. Mais aucun gouvernement ne l'a suivi », a ainsi déclaré M. Hajj Hassan, ajoutant, sous les applaudissements du public : « La vérité est amère. »

 

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