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À La Une - Questions-Réponses

Perte de Raqqa par l'EI : quelles conséquences géopolitiques en Syrie?

"Si les Américains partent, les FDS seront vulnérables", explique à l'AFP Aaron Stein, chercheur au centre de réflexion Atlantic Council. Dans ce cas, les Kurdes, d'après des experts, pourraient composer avec le régime de Bachar el-Assad, qui les traitait jusqu'alors avec méfiance.

Un combattant des Forces démocratiques syriennes se prend en photo devant l'horloge d'une place à Raqqa, le 18 octobre 2017. Photo REUTERS/Erik De Castro

Ex bastion syrien du groupe Etat islamique (EI), Raqqa est désormais aux mains d'une alliance dominée par les Kurdes, alliés à Washington mais qui pourraient à terme se rapprocher du régime de Bachar el-Assad et de la Russie, dans ce pays morcelé par la guerre.

 

Rapprochement Kurdes/régime?

La capture de Raqqa, l'ex-"capitale" de l'EI en Syrie, est la dernière victoire en date des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance antijihadistes disposant du soutien aérien crucial des Etats-Unis.
Depuis 2015, elles ont chassé l'EI de plusieurs régions, s'imposant comme une force incontournable dans la lutte contre l'organisation jihadiste.
Mais alors que le "califat" autoproclamé par l'EI s'écroule, avec le risque d'un désengagement américain de Syrie, les FDS pourraient se retrouver isolées, selon les analystes.
"Si les Américains partent, les FDS seront vulnérables", explique à l'AFP Aaron Stein, chercheur au centre de réflexion Atlantic Council.
Dans ce cas, les Kurdes, d'après des experts, pourraient composer avec le régime de Bachar el-Assad, qui les traitait jusqu'alors avec méfiance.

Profitant en 2012 du retrait de l'armée de Damas --trop occupée à combattre la rébellion ailleurs--, les Kurdes ont établi une administration semi-autonome dans des régions du nord syrien, frontalières de la Turquie.
Leur annonce d'une "région fédérale" en 2016 et la tenue de leurs premières "élections" ont provoqué l'ire du régime, qui veut aujourd'hui reprendre tout le territoire perdu depuis 2011.
Mais si "les Etats-Unis retirent leurs troupes rapidement, dans les six mois, les Kurdes (...) vont devoir se rapprocher de Damas" --avec Moscou en arrière-plan--, affirme Fabrice Balanche, analyste auprès de la Hoover Institution de l'Université de Stanford.

Aaron Stein va dans le même sens en estimant que "les FDS sont bien placées pour négocier avec le régime".
Un analyste proche du régime pense également que l'heure est au rapprochement.
"Les discussions portent aujourd'hui sur la tenue de négociations entre (les Kurdes) et le gouvernement syrien", avance Bassam Abou Abdallah, directeur du Centre de Damas pour les études stratégiques.

 

(Lire aussi : En Syrie, le rêve des étudiants brisé par la guerre)

 

Retour du régime à Raqqa?

Le régime n'a pas officiellement réagi à la prise par les FDS de Raqqa, région qui "n'a aucune importance stratégique" pour lui, selon M. Balanche.
"Pendant que les FDS et les Etats-Unis se concentraient sur Raqqa, l'armée syrienne et ses alliés s'emparaient du désert et fonçaient sur Deir ez-Zor", explique-t-il, en référence à la province orientale où l'EI conserve de nombreux secteurs.
Les forces du régime ont progressé rapidement ces dernières semaines dans cette province, avec l'appui crucial de l'aviation russe.

Fabrice Balanche note le côté "stratégique" de Deir ez-Zor, région pétrolière frontalière de l'Irak.
Mais cela ne veut pas dire que le régime, qui dit contrôler aujourd'hui 52% du territoire, a abandonné toute prétention sur Raqqa.

"Pour l'Etat syrien, l'autorité doit être rétablie dans toute la Syrie", fait valoir M. Abou Abdallah. "Une structure séparée (...) est inacceptable, même si cela implique un recours à la force", poursuit-il, en référence à l'administration autonome kurde.
En outre, au vu des énormes destructions à Raqqa, les Kurdes risquent de ne pas être en mesure de gérer seuls la reconstruction.
"En échange d'une protection russo-syrienne, ils vont rendre Raqqa au gouvernement de Damas", qui réoccupera des bâtiments officiels et ramènera la police, prédit en conséquence M. Balanche.

 

(Lire aussi : Raqqa remise à une autorité civile après le déminage)

 

Retrait américain?

"Il ne reste plus grand-chose à faire en Syrie pour les Etats-Unis puisque l'EI est pratiquement éliminé", soutient par ailleurs Fabrice Balanche. "Trump semble vouloir en finir avec l'EI et s'arrêter là".
"Les Etats-Unis utilisent les Kurdes comme une carte dès qu'ils auront réalisé une partie de leurs objectifs, ils vont les lâcher", estime Bassam Abou Abdallah.
Dernier grand bastion urbain de l'EI en Syrie, la ville de Boukamal, dans la province de Deir ez-Zor, devrait tomber dans les prochains mois, très probablement aux mains du régime.
Du coup, les Etats-Unis vont se trouver "dans une situation géopolitique inconfortable" en Syrie, selon M. Abou Abdallah, ajoutant: "la Turquie, la Russie et l'Iran veulent les voir partir".
Ankara, qui appuie la rébellion, d'une part et Téhéran et Moscou, qui soutiennent Damas, d'autre part, ont effectué ces derniers mois un rapprochement inédit, isolant Washington dans le jeu syrien.

 

 

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