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Bagdad reprend des positions aux peshmergas dans la province disputée de Kirkouk

Irak

En face, des milliers de peshmergas étaient déployés, prêts à se "défendre quel qu'en soit le prix", selon Erbil.

 

OLJ/AFP
13/10/2017

Les forces irakiennes ont repris vendredi des positions occupées depuis 2014 par les peshmergas kurdes dans le sud de la province pétrolière de Kirkouk, que le Kurdistan autonome dispute aux autorités à Bagdad.

En face, des milliers de peshmergas étaient déployés, prêts à se "défendre quel qu'en soit le prix", selon Erbil en crise ouverte avec Bagdad depuis son référendum d'indépendance tenu le 25 septembre contre l'avis des autorités centrales.

"Les forces irakiennes avancent pour reprendre les postes militaires dont (les peshmergas) se sont emparés en juin 2014", a indiqué à l'AFP sous couvert d'anonymat un général irakien, en référence au chaos engendré par l'offensive fulgurante du groupe Etat islamique (EI).

Ce général, qui s'exprimait depuis une position au sud de la ville de Kirkouk, a indiqué que les forces avançaient vers le sud de la province après avoir repris "la Base-102, à l'ouest de Kirkouk (...) désertée sans combat par les peshmergas".

 

"Nous nous battrons"
Jaafar Cheikh Moustafa, commandant kurde à Kirkouk, a confirmé que les peshmergas venaient de se retirer de certaines zones dont ils avaient pris le contrôle en 2014. "Nous sommes revenus sur nos lignes dans les environs de Kirkouk et nous défendrons la ville de Kirkouk", a-t-il ajouté. "Si l'armée s'y avance, nous nous battrons".

"Nous avons informé les commandants militaires (irakiens) que nous étions en contact" avec le Premier ministre Haider al-Abadi et "qu'il nous avait dit que nos problèmes seraient réglés par le dialogue sous 48 heures", a-t-il rapporté. "Mais ils nous ont répondu qu'ils avaient reçu l'ordre d'avancer vers ces régions et qu'ils ne se préoccupaient pas des déclarations de M. Abadi".

Un député proche du Premier ministre, Jassem Jaafar, a affirmé que les unités d'élite de la police et du contre-terrorisme, ainsi que les Unités paramilitaires de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi, en arabe), avaient entamé ces mouvements pour "reprendre le contrôle des champs de pétrole pris par les peshmergas" en 2014. Face à cette "force importante", a-t-il dit, "la logique serait de se retirer" pour les peshmergas.

Hadi al-Ameri, chef de l'organisation chiite Badr, puissant groupe paramilitaire soutenu par Téhéran et faisant partie du Hachd, a appelé les peshmergas à revenir à leurs positions d'avant 2014 et à laisser la place aux forces irakiennes. "Revenir dans ces zones fait partie du devoir qu'a l'armée irakienne envers ces régions" dont les peshmergas n'ont pu prendre le contrôle qu'à la faveur de "conditions exceptionnelles", a-t-il dit depuis le sud de Kirkouk.

Interrogés par l'AFP, des porte-parole de M. Abadi et du Hachd, se sont refusé à tout commentaire.
Le Hachd a toutefois publié des photos montrant un de ses membres en tenue kaki faisant le V de la victoire devant un drapeau kurde.

Des milliers de peshmergas
Hemin Hawrami, conseiller du président kurde Massoud Barzani, a assuré que "l'escalade ne viendra pas de notre part". "Nous nous défendrons seulement et les repousserons s'ils attaquent", a-t-il toutefois prévenu.

Erbil dit redouter que les forces irakiennes, qui n'ont plus qu'une poche à reprendre dans l'ouest à l'EI retournent leurs armes contre les peshmergas.

Jeudi encore, M. Abadi a assuré ne pas vouloir "mener une guerre contre nos citoyens kurdes", mais depuis le début de la semaine, Bagdad a durci le ton et multiplié les sanctions, économiques et judiciaires, pour faire plier la région autonome en pleine crise financière.

Pour tenter de désamorcer la crise, le Premier ministre du Kurdistan, Netchirvan Barzani, en a appelé au grand ayatollah Ali Sistani, plus haut dignitaire chiite du pays à l'appel duquel le Hachd avait été formé. Il doit s'impliquer pour "éloigner une nouvelle guerre dans la région", a-t-il plaidé.
Il a en outre une nouvelle fois appelé au dialogue avec Bagdad, alors qu'autorités kurdes et centrales s'accusent mutuellement d'avoir fermé la porte aux négociations.

Vendredi soir, le président irakien, Fouad Massoum, lui-même kurde, était à Souleimaniyeh, au Kurdistan, pour rencontrer des responsables, selon de sources kurdes.

Dans la soirée, une explosion a visé le siège de Korek, une compagnie de téléphonie mobile kurde, à Hilla, au sud de Bagdad, faisant des dégâts mais pas de victime, selon de source policière.

Dans la ville même de Kirkouk, les habitants se ruaient sur les stations-service, tandis que dans les quartiers à majorité kurde, des civils étaient sortis avec des armes.

Erbil affirme que les forces de Bagdad ont l'"intention de s'emparer des champs pétroliers, d'un aéroport et d'une base militaire". Les autorités centrales étaient en charge des champs pétroliers de Kirkouk jusqu'à ce qu'en 2008, les Kurdes prennent le contrôle de celui de Khormala. Et en 2014, ils se sont également emparés de ceux de Havana et Bay Hassan. Ils fournissent 250.000 barils de pétrole par jour sur les 600.000 b/j qu'exporte le Kurdistan contre l'avis de Bagdad.

 

 

 

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