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Moyen Orient et Monde

Référendum kurde : Kirkouk au cœur des débats

Interview express

À l'approche du référendum d'indépendance du 25 septembre, Dlawer Ala'Aldeen en décrypte les enjeux pour les Kurdes et les Irakiens.

15/09/2017

La province de Kirkouk, non rattachée au gouvernement kurde d'Erbil, est une région-clé tant pour le gouvernement irakien que pour les Kurdes. Et ce d'autant plus à l'approche du référendum d'indépendance du Kurdistan prévu le 25 septembre. En témoigne le limogeage, hier, par le Parlement fédéral du gouverneur kurde de la province de Kirkouk, de Najm Eddine Karim, à l'unanimité des 173 députés présents et à l'appel du Premier ministre irakien Haïder al-Abadi. Pour L'Orient-Le Jour, Dlawer Ala'Aldeen, président du Middle East Research Institute (MERI) et ancien ministre de l'Éducation et de la Recherche scientifique du Kurdistan irakien (2009-2012), revient sur le cas spécial de Kirkouk, dans ce contexte de bras de fer entre Erbil et Bagdad.

Quelle importance revêt Kirkouk pour les Kurdes ?
Pour les Kurdes, la province de Kirkouk est indissociable du Kurdistan. Son importance repose sur le fait que la majorité de la population est kurde, sur ses ressources naturelles (gaz et pétrole) et sur les liens des Kurdes avec l'histoire politique de la région. Dès que le pétrole et le gaz ont été découverts à Kirkouk il y a un siècle, la province est devenue hautement importante pour Bagdad. Les populations arabes à Kirkouk ont alors augmenté pour des raisons économiques. Cependant, le régime baassiste a mis en place des politiques ultranationalistes et arabisé la province de manière systématique, au détriment des populations kurdes et turkmènes. De nombreux Kurdes ont été évincés physiquement de la province et leurs maisons occupées par des familles arabes, ou démolies. Malgré cela, il reste impensable pour les Kurdes de se détacher de Kirkouk. Suite au changement de régime en 2003, la nouvelle Constitution irakienne décrivait Kirkouk comme un « territoire disputé » en attendant une résolution permanente du problème par un mécanisme bien défini (article 140). Son implémentation relevait de la responsabilité de Bagdad qui ne l'a pas faite, et a laissé la province dans un état de crise permanent, contribuant à renforcer la perte de confiance entre Bagdad et Erbil.

Que représenterait la perte de cette province pour Bagdad ?
Aucun État souverain ne souhaiterait jamais perdre une portion de son territoire, spécialement si cela signifie également la perte d'une source majeure de revenus. Perdre Kirkouk ne veut pas dire que l'Irak deviendrait pauvre, mais Bagdad estime que Kirkouk doit rester une province irakienne. Bagdad craint que la perte de Kirkouk et du reste de la région du Kurdistan ne mène à une plus grande désintégration du pays, en encourageant d'autres provinces ou régions à réclamer leur indépendance.

Dans quelle mesure Bagdad peut-il s'imposer davantage dans cette province ?
L'élite au pouvoir à Bagdad a essayé d'imposer sa volonté sur Kirkouk et continuera de le faire. Elle est profondément inquiète par la perspective de l'indépendance kurde. Cependant, l'Irak est affaibli de manière significative par des divisions politiques, la corruption, les rivalités pour le pouvoir et la militarisation de ses communautés. L'armée irakienne et le système de sécurité de l'État ne disposent plus du monopole de la violence. Plus important, le processus décisionnel à Bagdad n'est pas suffisamment institutionnalisé. Ces éléments ont affaibli le pouvoir de contrôle du gouvernement irakien, pour qui il sera de plus en plus difficile de s'imposer face aux Kurdes sans avoir recours à la violence et provoquer un possible chaos.

 

 (Lire aussi : Pourquoi l'indépendance kurde est loin de faire l'unanimité)

 

Dans le cas où le référendum a lieu et que le « oui » l'emporte, peut-on craindre un conflit ouvert entre les Kurdes et les forces irakiennes ?
J'espère que les blocages politiques pourront être surmontés pacifiquement puisque la violence et la guerre civile ne sont dans l'intérêt de personne. Malheureusement, au lieu de faire des contre-propositions pour un partage du contrôle de l'Irak ou trouver un juste milieu mutuel et acceptable, nombreux sont ceux à Bagdad qui menacent d'avoir recours à la force. L'atmosphère est tendue, polarisée et électrisée par un populisme concentré sur les élections à venir. Par conséquent, tout incident ou étincelle peut dégénérer et devenir hors de contrôle. Je suis optimiste, cependant, car les forces étatiques armées – et non étatiques – sont menées par des politiciens qui ne souhaiteraient pas ajouter une autre couche de crises aux crises actuelles. L'Irak est un pays complexe et fragile et plus de violence le conduirait à la faillite.

Une intervention turque serait-elle envisageable dans ce cas de figure ?
La Turquie a une petite présence militaire en Irak et surveille les événements de près. Une éventuelle indépendance turque inquiète Ankara, mais la Turquie ne souhaite pas voir les paramilitaires pro-iraniens entrer en guerre contre le gouvernement régional du Kurdistan, qu'elle considère comme un partenaire économique stratégique. La Turquie est en guerre à la fois au niveau interne et à ses frontières au sud. Bien que les Turcs ne souhaitent pas voir un Irak divisé, ils ne veulent pas d'une autre guerre à leur porte, créant ainsi un plus grand vide dans lequel l'opposition kurde pourrait se développer. Cela rend la réaction turque imprévisible et, en cas de guerre, Ankara pourrait très bien intervenir.

 

 

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