Un vaisseau spatial conçu par la start-up Katalyst Space, attend son encapsulation à bord d'une fusée Pegasus XL de Northrop Grumman, au centre de vol Wallops de la NASA, en Virginie, le 8 juin 2026. Photo Ron Beard / NASA / Reuters
Les conditions météorologiques et des problèmes techniques ont contraint la NASA et son partenaire, l'entreprise spatiale Katalyst, à reporter pour une durée indéterminée une mission inédite visant à remorquer un ancien observatoire spatial américain vers une orbite plus sûre à l'aide d'un vaisseau robotisé, a annoncé la NASA.
Cette mission très attendue, organisée selon un calendrier de production exceptionnellement court de seulement neuf mois, devait constituer un test majeur d'une technologie de saisie en orbite, aux implications importantes tant pour l'industrie commerciale des satellites que pour la compétition spatiale entre les États-Unis et la Chine. Mais ce lancement atypique, effectué depuis un avion au-dessus du Pacifique afin de placer le vaisseau de secours en orbite, a été reporté à plusieurs reprises cette semaine en raison des conditions météorologiques et de difficultés techniques, poussant l'équipe de la mission à en repousser le décollage sine die.
Selon la NASA, le dernier problème, dont la nature n'a pas été précisée, concernait le lanceur Pegasus XL, construit par Northrop Grumman, chargé de placer en orbite basse le vaisseau spatial de 500 kg de Katalyst, baptisé LINK. Ce vaisseau a été spécialement conçu pour sauver l'observatoire Neil Gehrels Swift, d'une valeur de 500 millions de dollars, en s'arrimant au satellite défaillant afin de le remorquer vers une orbite plus élevée et durable, ce qui pourrait prolonger sa mission de plusieurs années. L'observatoire, également connu sous le nom de SWIFT, ne dispose d'aucun système de propulsion embarqué. Sans intervention, il dériverait naturellement vers la Terre avant de se consumer dans l'atmosphère d'ici la fin de l'année.
Katalyst Space Technologies, dont le siège est situé à Flagstaff, en Arizona, indique avoir conçu, construit et testé le véhicule LINK en un temps record de neuf mois, dans le cadre d'un contrat de 30 millions de dollars conclu avec la NASA. Selon le plan de mission, le vaisseau doit être déployé depuis la coiffe du lanceur Pegasus, qui sera propulsé dans l'espace après avoir été largué depuis le ventre d'un avion Lockheed TriStar volant à environ 12 200 mètres d'altitude au-dessus de l'océan Pacifique. L'appareil doit décoller vers l'Est depuis une base aérienne américaine située sur le petit atoll de Kwajalein, dans les Îles Marshall.
Trois ensembles de propulseurs
Une fois séparé de la fusée Pegasus, LINK entamera un voyage d'environ un mois jusqu'aux abords du télescope spatial de la NASA, qui observe les galaxies lointaines et les trous noirs depuis 2004. Il avait initialement été conçu pour étudier les sursauts gamma dans l'Univers. À la fin du mois de juillet, si tout se déroule comme prévu, LINK s'approchera à environ 9,6 kilomètres de l'observatoire avant d'entamer sa phase finale d'approche et ses opérations de proximité.
Le vaisseau autonome, équipé de trois ensembles de propulseurs et de cinq systèmes de capteurs, devrait ensuite mettre environ une semaine supplémentaire pour rejoindre SWIFT. Il utilisera alors ses trois bras robotisés, chacun muni de pinces ressemblant à des mains, afin de saisir délicatement le satellite. Les deux engins orbiteront ensuite ensemble autour de la Terre à une vitesse d'environ 27 360 km/h. Une fois solidement arrimé à l'observatoire, LINK devrait mettre environ 60 jours pour le remorquer jusqu'à son altitude cible, située à environ 600 kilomètres au-dessus de la Terre, soit le double de l'altitude à laquelle il serait descendu avant son sauvetage, selon Katalyst. Le vaisseau devrait achever sa mission principale de récupération du satellite avec suffisamment de carburant restant pour effectuer des manœuvres supplémentaires de proximité, en utilisant SWIFT comme partenaire immobile de « danse » en orbite.
Cette opération de rehaussement orbital de SWIFT, la première du genre menée par les États-Unis, est suivie de près comme un banc d'essai d'une technologie-clé de maintenance des satellites, susceptible d'avoir des applications militaires à double usage. Elle illustre les dernières avancées technologiques stimulées par la rivalité géopolitique entre Washington et Pékin. « Le Commandement spatial américain s'y intéresse énormément, car il s'agit au final d'un élément fondamental de la supériorité spatiale », a déclaré le PDG de Katalyst, Ghonhee Lee, lors d'un récent entretien accordé à l'agence Reuters.
L'an dernier, la Chine a démontré sa capacité à faire évoluer deux satellites à très faible distance l'un de l'autre, après un essai réalisé en 2022 au cours duquel un satellite chinois s'était agrippé à un autre avant de le déplacer vers une orbite différente. Cette démonstration avait alarmé les responsables américains, qui craignent que Pékin puisse un jour utiliser de telles techniques contre des satellites américains.


