Liban

Moi, Souffleur, sous-marin français échoué au large du Liban...

Récit

Deux producteurs français ont récemment plongé sur l'épave qui avait été torpillée par la flotte britannique en 1941. Un documentaire est en préparation sur cette tragédie oubliée.

13/10/2017

Le drame s'est déroulé le 25 juin 1941. En ces années sombres de la Seconde Guerre mondiale, la flotte française, au Liban et dans la région, répondant encore aux ordres du gouvernement de Vichy, est considérée comme une menace par la Royal Navy. L'un des bâtiments français de ce temps-là est le sous-marin Souffleur, avec à son bord quelque 57 marins : il est obligé, du fait de problèmes techniques, de faire surface régulièrement. Et c'est lors de l'une de ces manœuvres qu'il est la cible de cinq torpilles lancées à partir d'un sous-marin britannique, le HMS Parthian. Seuls cinq marins sont alors à la surface, ce qui leur sauvera la vie puisqu'ils seront éjectés vers la mer. Les 52 autres trouveront la mort en coulant avec le sous-marin, à plus de 30 mètres de profondeur. Les survivants devront nager près de quatre kilomètres afin d'atteindre Khaldé : seuls quatre seront capables de le faire.

Cette tragédie française largement oubliée a inspiré deux Français passionnés de plongée sous-marine sur épave, qui ont récemment filmé le sous-marin au large de Khaldé dans le cadre d'un projet de documentaire. Marc Langleur, mécanicien de métier et rédacteur en chef du magazine de plongée 2.Octopus, et Erwan Savin, qui travaille dans l'industrie et qui a filmé sous l'eau, ont à cœur de faire revivre cette histoire auprès du public français. « Il y a quelques années, alors que je faisais des recherches sur les sous-marins français disparus, le nom du Souffleur a émergé, raconte Marc Langleur. Je m'y suis intéressé, mais les informations à ce propos étaient minimes. »

Sa rencontre fortuite avec un Libanais remettra Marc Langleur sur la piste du Souffleur. « Nous avons contacté plusieurs clubs de plongée, et c'est le Dive The Med Club de Batroun qui nous a répondu et a facilité notre mission au Liban », raconte-t-il.

 

(Pour mémoire : Les trésors historiques du fond des mers au musée de l’AUB)

 

 

Brisé en deux
Il va de soi qu'après une si longue préparation, la plongée sur l'épave du Souffleur a été un moment de grande émotion pour les deux plongeurs. « Le simple fait d'apercevoir la plage de Khaldé nous a conduit à imaginer les circonstances dramatiques de ce jour de juin 1941, racontent les plongeurs. Et en voyant le sous-marin lui-même, c'est comme si tout le drame se déroulait en temps réel sous nos yeux. » Les deux plongeurs ont filmé l'épave sans pour autant y entrer, par respect pour ce bâtiment devenu sépulture.

Les plongeurs, avec l'aide de Kamal Greig, du club Dive the Med, ont effectué deux descentes en un jour, bénéficiant d'une bonne visibilité qui leur a permis de tourner des images de grande qualité du sous-marin échoué. « Il est brisé en deux, explique Marc Langleur. Le détail qui m'a interpellé de prime abord est le kiosque du sous-marin (la superstructure élevée au-dessus de la coque). C'est toujours ce qu'il y a de plus impressionnant dans un sous-marin. À voir l'état de l'épave, et les deux ouvertures béantes dans la coque, nous avons compris pourquoi il était impossible aux marins d'en réchapper. Comme d'habitude, même si une épave est belle à filmer, on ne peut que ressentir l'honneur du drame et des souffrances humaines du naufrage. »

 

(Pour mémoire : Trésors de sous-marin, coquillages par milliers, instruments de navigation Ali Baba à Aïn el-Mreissé)

 

 

Un travail de mémoire
En France, les deux coréalisateurs du documentaire ont retrouvé les traces de la fille du commandant du sous-marin, Benoît Lejay, et qui a aujourd'hui 84 ans. « Pour elle, l'équipage du Souffleur était formé de militaires obligés de suivre les ordres, même si ceux-ci ne correspondent pas nécessairement à leurs convictions, souligne Marc Langleur. Elle précise que son père en particulier n'adhérait personnellement pas aux idées du pouvoir à Vichy. » Par une des injustices de l'histoire, la mort du père, dans cette famille, s'est transformée, durant des années, de tragédie en tabou...

Le drame du Souffleur n'est pas non plus inconnu des marins et plongeurs libanais. L'amiral Samir Khadem, ancien commandant des forces navales libanaises et délégué au Liban de l'association française Aux Marins, qui a été interviewé par les deux réalisateurs français, a publié en 2012 un livre intitulé Le sous-marin Souffleur. Contacté par L'OLJ, il affirme « s'intéresser à l'histoire de la marine en général, et à celle-ci en particulier parce qu'il s'agit d'une étape de l'histoire du Liban, alors sous mandat français ». « Dans mon ouvrage, je décris d'ailleurs l'ambiance qui régnait dans le pays, les difficultés du quotidien, souligne-t-il. J'ai raconté l'histoire du Souffleur à travers les yeux du commandant Benoît Lejay, qui écrivait régulièrement à sa femme afin de lui livrer ses pensées. »

Tout comme les plongeurs français, l'une des préoccupations de l'amiral Khadem est le travail de mémoire qu'il pense qu'on doit à ces marins. « Après avoir écrit ce livre, où je rappelle que les marins suivent toujours les ordres de leurs chefs, je me suis rendu au site du Mémorial national des marins morts pour la France, à Brest, raconte-t-il. L'honneur de ces marins a été restitué au cours d'une cérémonie où leurs noms ont été ajoutés à ceux des marins morts pour la France. »

 

Le Liban, une découverte
Les deux plongeurs préparent donc un documentaire sur le Souffleur, qui sera présenté dans les festivals spécialisés, puis édité en DVD, pour être enfin proposé aux chaînes de télévision, suivant le circuit normal. Les deux coréalisateurs espèrent non seulement intéresser un public de plongeurs, mais aussi le grand public en France.

Outre leur mission principale qui était de filmer le sous-marin, les deux plongeurs assurent avoir découvert le Liban (qu'ils visitaient pour la première fois) sous un jour qui les a (agréablement) surpris. « Quand notre entourage a su que nous nous rendions au Liban pour une plongée, nous avons bien remarqué la connotation de crainte liée à la seule mention de ce pays, explique Erwan Savin. Beaucoup croient qu'il n'y a même pas l'infrastructure nécessaire pour plonger ici. Or nous avons découvert des plongeurs, notamment Kamal Greig, qui sont d'un professionnalisme et qui utilisent des équipements qui n'existent pas dans de nombreux autres pays où nous avons filmé. »

Le Liban a donc été une découverte pour les deux Français qui repartent avec une idée toute nouvelle du pays, et celle-ci sera reflétée, entre autres, dans leur documentaire, disent-ils. Un bémol cependant : l'ampleur de la crise des déchets qui n'épargne pas nos côtes, les a littéralement « choqués »...

 

 

Pour mémoire

Le « Souffleur », un bâtiment de type « requin »

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Bouez Chahine

Je me permets d'ajouter ce petit grain de sel sur l'amour d'un Français moyen qui avait servi au Liban. En 1980, je rentre dans une station d'essence à Paris, rue de Picpus (XIIème). Un employé d'une soixante d'années s'approche du pare-brise et embrasse le petit drapeau libanais qui y été collé. Puis il s'approche de moi, le sourire aux lèvres, pour me dire qu'il était marin et qu'il avait servi à la Base Navale à Beyrouth* de 1940 à 1944 et qu'il faisait partie du bataillon de l'armée française libre en compagnie d'un bataillon des Troupes Spéciales libanaises, pour former une haie pour accueillir le général de Gaulle qui arrivait à la Place des Canons pour visiter le Président libanais au Petit sérail**.
* La Base Navale est depuis, le siège des Kataeb à Saïfi.
** Le Petit Sérail aujourd'hui démoli, servait pour le Président Alfred Naccache tandis que le Grand Sérail servait pour le Haut-Commissaire de France.

Bouez Chahine

Un petit souvenir vague : Vers la fin de la Campagne de Syrie et du Liban en juillet 1941, le bateau-hôpital "Canada" était venu se placer dans la zone profonde de la Baie de Jounieh en face de l'endroit où fut construit le Casino du Liban 20 ans plus tard, afin de recevoir les blessés des soldats vichystes. Quelques bâtiments de la Marine vichyste venaient tous les soirs coller autour du "Canada" ce qui est contraire aux lois de la guerre. Un soir, des unités britanniques venues de l'ouest attaquent les unités françaises vichystes, j'ai aperçu un échange de torpilles de surface. Le lendemain, un torpilleur français avait échoué sans gros dégâts sur les hauts-fonds face à la Centrale-Chamoun actuelle à Zouk. Le 12-13 juillet 1941, le "Canada" leva l'ancre pour Bizerte en Tunisie.

Houri Ziad

Le sous marin britanique Parthian lui meme a ete coule au large de Chypre ds des circonstances mysterieuses. Par contre c vrai que la mer Libanaise regorge de sites naturels magnifiques de plongee specialement au large de Tyr....il y a des grottes ...des sources d'eau douce froide et chaude minerale, un volcan eteint et autres.....

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