Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Référendum

Le Kurdistan irakien vote massivement pour le « oui » à l’indépendance

Bagdad intensifie ses pressions alors que l'ultimatum pour lui restituer le contrôle des aéroports d'Erbil et Suleimaniyeh doit expirer demain après-midi.

Un enfant dans les rues de Touz Khourmatou en Irak, le 24 septembre. Thaier al-Sudani/Reuters

Le Kurdistan irakien a voté, sans surprise, à plus de 92 % en faveur de l'indépendance, selon les résultats du référendum organisé par cette région autonome malgré l'opposition du pouvoir central à Bagdad et de nombreuses capitales. « Sur 3 305 925 votants, le oui a obtenu 92,73 % et le non 7,27 % », a annoncé en fin de journée la commission électorale du Kurdistan. La participation a été de 72,16 %.

L'annonce de la très large victoire du « oui » est survenue quelques heures après que le Premier ministre irakien Haider el-Abadi eut posé comme condition à toute négociation l'annulation des résultats. Bagdad n'a en revanche pas encore réagi à l'annonce officielle, qui ne doit pas être suivie immédiatement d'une proclamation de l'indépendance.

Le Premier ministre irakien Abadi avait auparavant déclaré devant les députés que le référendum devait « être annulé » et un dialogue ouvert « dans le cadre de la Constitution ». « Nous ne discuterons jamais du résultat » du scrutin, a-t-il prévenu. « Nous imposerons la loi irakienne dans toute la région du Kurdistan. »
Les pays voisins de l'Irak, où se trouvent d'importantes minorités kurdes, ont eux aussi menacé haut et fort de prendre des sanctions contre la région autonome. Si ces menaces étaient mises à exécution, elles asphyxieraient totalement l'entité kurde. La première mesure de rétorsion irakienne a par ailleurs commencé à se faire sentir : les compagnies aériennes du Liban, d'Égypte et de Turquie ont annoncé hier qu'elles suspendaient leurs liaisons avec le Kurdistan irakien à compter de demain, à la demande de Bagdad.
Lors de la séance au Parlement, les députés ont par ailleurs voté en faveur de la fermeture des postes-frontières se trouvant hors de l'autorité de l'État. « Les marchandises qui pourraient y transiter » sont « des marchandises de contrebande », d'après un communiqué détaillant les décisions du Parlement. Il existe quatre postes-frontières kurdes avec la Turquie et l'Iran.

 

(Lire aussi : Le double message de Damas sur l'autonomie du Rojava)

 

« Maintenir l'unité »
Les députés ont également demandé au Premier ministre, en tant que chef des forces armées, de « prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir l'unité de l'Irak » et « protéger les citoyens ». Ils ont en outre réitéré leur exigence d'un envoi des forces de sécurité dans les zones disputées.
Ces zones disputées comprennent la province multiethnique de Kirkouk, riche en pétrole, mais aussi des secteurs des provinces de Ninive, Dyala et Salaheddine. La plupart avaient été conquises par les combattants kurdes en 2014, à la faveur du chaos après l'offensive du groupe jihadiste État islamique.
Le Premier ministre a encore intimé l'ordre au Kurdistan de remettre aux autorités centrales le contrôle de ses deux aéroports régionaux, à Erbil et Suleimaniyeh. En cas de refus, tous les vols internationaux depuis et vers le Kurdistan seront interdits à partir de demain.

En réaction aux menaces de Bagdad, le ministre des Transports du Kurdistan, Mowlud Bawah Murad, a souligné que les aéroports d'Erbil et Suleimaniyeh avaient été construits avec l'argent de la région autonome. Leur fermeture affectera « l'aide apportée à la coalition (internationale) dans sa guerre contre le terrorisme », a-t-il notamment estimé. Mais plus tard dans la soirée d'hier, le gouvernement du Kurdistan autonome du nord de l'Irak a déclaré accepter de tenir des discussions sur la présence d'observateurs du pouvoir central irakien dans ses aéroports, a rapporté la chaîne de télévision Rudaw, dont le siège se trouve à Erbil. Le gouvernement « a décidé de tenir des discussions avec le gouvernement irakien sur l'envoi d'observateurs dans les aéroports internationaux d'Erbil et de Sulaimaniyeh », a déclaré le ministre kurde des Transports, Mowlud Murad, cité par la chaîne.

 

(Lire aussi : Référendum kurde et peurs turques)

 

« Un meilleur avenir »
Les exigences de Bagdad constituent une fin de non-recevoir adressée à Massoud Barzani. « Au lieu de sanctions, venez aux négociations afin d'aboutir à un meilleur avenir pour vous et pour nous », avait préconisé mardi le président kurde. Il avait par ailleurs assuré que ce référendum ne visait pas à « délimiter la frontière ni à l'imposer de facto ». Dimanche déjà, à la veille du vote, Bagdad avait demandé aux pays étrangers de ne traiter qu'avec lui pour toutes les transactions pétrolières, l'or noir étant la principale source de revenus du Kurdistan irakien.

À l'étranger, ce scrutin est resté largement critiqué, tout particulièrement par les trois pays voisins (Turquie, Syrie et Iran), qui comptent des minorités kurdes. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé un risque de « guerre ethnique et confessionnelle » si le Kurdistan irakien menait à terme son projet. Ankara détient la clé de l'asphyxie du Kurdistan car la quasi-totalité de son pétrole transite par son terminal de Ceyhan. Une fermeture de l'oléoduc aurait toutefois un prix pour les voisins immédiats : la Turquie exporte annuellement environ huit à dix milliards de dollars vers le Kurdistan, et l'Iran six milliards.
Les États-Unis se sont dit « profondément déçus » de la tenue du scrutin et l'ONU a appelé « à des compromis ».

La Russie, qui compte d'importants intérêts économiques au Kurdistan, a dit considérer « avec respect les aspirations nationales kurdes ». Moscou considère toutefois « que les disputes entre Bagdad et Erbil doivent être résolues par le dialogue avec l'objectif de trouver une formule de coexistence au sein de l'État irakien ».

 

Lire aussi

Après le référendum d'indépendance, Bagdad durcit un peu plus encore le ton contre le Kurdistan

Un irréductible village chrétien en révolte contre le Kurdistan « dictatorial »

« Notre droit » ou « un enfer » ? Au Kurdistan irakien, la question de l’indépendance ne fait pas l’unanimité

En Irak comme en Syrie, péril en la demeure kurde

Pourquoi Israël est le seul État à soutenir une indépendance kurde

 

Repère
Les Kurdes, un peuple sans Etat en quête de reconnaissance

Le Kurdistan irakien a voté, sans surprise, à plus de 92 % en faveur de l'indépendance, selon les résultats du référendum organisé par cette région autonome malgré l'opposition du pouvoir central à Bagdad et de nombreuses capitales. « Sur 3 305 925 votants, le oui a obtenu 92,73 % et le non 7,27 % », a annoncé en fin de journée la commission électorale du Kurdistan. La participation a été de 72,16 %.
L'annonce de la très large victoire du « oui » est survenue quelques heures après que le Premier ministre irakien Haider el-Abadi eut posé comme condition à toute négociation l'annulation des résultats. Bagdad n'a en revanche pas encore réagi à l'annonce officielle, qui ne doit pas être suivie immédiatement d'une proclamation de l'indépendance.
Le Premier ministre irakien Abadi avait auparavant...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut