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Moyen Orient et Monde

Le double message de Damas sur l’autonomie du Rojava

Syrie-Kurdes

L'objectif du régime de Bachar el-Assad est de se différencier de Bagdad, tout en faisant pression sur la Turquie.

27/09/2017

Les Kurdes syriens « veulent une forme d'autonomie dans le cadre de la République arabe syrienne. Cette question est négociable et peut faire l'objet d'un dialogue », a déclaré le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, lors d'une interview accordée lundi à Russia Today et rapportée par l'agence syrienne officielle SANA. L'utilisation du terme « autonomie » pour le Kurdistan syrien est une première pour Damas. « Quand nous aurons éliminé Daech (acronyme arabe de l'État islamique), nous pourrons nous asseoir avec nos fils kurdes et parvenir à un accord de principe sur une formule pour l'avenir », a-t-il précisé.

Le timing n'est pas anodin. Walid Moallem a évoqué cette « autonomie » le jour même de la tenue du référendum pour l'indépendance du Kurdistan irakien, fustigé par Bagdad et la communauté internationale. une consultation à laquelle Damas est d'ailleurs fermement opposé. Cherchant à supprimer toute ambiguïté sur un possible scénario similaire au référendum des Kurdes d'Irak, le chef de la diplomatie syrienne a qualifié le référendum « d'inacceptable », avertissant qu'il pourrait aboutir à la « fragmentation » du pays.

Les propos de Walid Moallem interviennent en outre seulement trois jours après la tenue des premières élections de conseils municipaux organisées par le Parti de l'union démocratique (PYD), dans le but de créer un système fédéral décentralisé dans le Kurdistan syrien. Cette élection marque la première étape avant l'élection de conseils législatifs par cantons et d'une assemblée législative pour la région fédérale, en janvier 2018. Le régime de Bachar el-Assad s'était alors empressé de qualifier le scrutin de « blague ».

 

(Lire aussi : Élections locales inédites dans les régions kurdes de Syrie)

 

Se distancer de Barzani
Communauté marginalisée, les Kurdes de Syrie représentent 15 % de la population syrienne selon les estimations, et sont répartis dans trois cantons au nord et au nord-est du pays, Afrine, Kobané et Jaziré, réunis sous l'appellation « Rojava ». Le PYD et sa branche armée, les Unités de protection du peuple (YPG), se sont pourtant attiré la sympathie du régime d'Assad et de Moscou, ainsi que de la coalition internationale menée par Washington, grâce à leur appui dans la lutte contre l'État islamique dans la région depuis 2014.

Contrôlant les cantons du nord de la Syrie d'où ils ont chassé les jihadistes, et notamment le point stratégique de Kobané reliant la Syrie à la Turquie, les Kurdes y bénéficient d'une autonomie de facto. En 2016, le PYD avait d'ailleurs proclamé la création d'un système fédéral autonome de Rojava, rejeté par Damas. Mais à la différence des Kurdes d'Irak, le projet du PYD se base théoriquement sur des considérations territoriales et non ethniques.

La déclaration du chef de la diplomatie syrienne marque-t-elle dès lors un tournant dans la nature des relations entre les Kurdes et le régime syrien ? « Ce n'est pas une grande avancée », nuance Jordi Tejel, professeur titulaire rattaché à l'Institut d'histoire de l'Université de Neuchâtel et spécialiste des Kurdes. « Depuis 2012, le régime syrien joue avec l'idée selon laquelle il a un canal de communication solide avec le PYD, alors que le PYD le nie », note-t-il. Ouvrir la possibilité à un « accord de principe » n'engage concrètement ni Damas ni le PYD. « Il y a beaucoup de grandiloquence derrière ces déclarations de principe, qui ne sont pas les premières, et peu d'avancées concrètes », poursuit le professeur.

Les propos de Walid Moallem ne sont pas, en outre, sans certaines ambiguïtés, souligne M. Tejel : « Parle-t-on d'une autonomie pour une entité unie ? D'un Kurdistan syrien ? D'une fédération ? » L'objectif du discours tenu par le régime syrien est de « se distancer du projet de Massoud Barzani en Irak », alors que le contexte régional est bien agité sur la question kurde, soulève-t-il. Le PYD et le Parti démocratique du Kurdistan irakien de Barzani entretiennent par ailleurs des relations tendues. Pour le chercheur, « il y a une espèce d'entente tacite entre les Kurdes et Damas pour la "sous-location" du nord du pays, au moins sur le court terme ». Il s'agit en outre pour le régime de Damas d'afficher l'image d'un « pays modéré prêt à reconnaître l'autonomie des Kurdes » à l'opposé de la Turquie, ajoute M. Tejel.

 

(Lire aussi : Référendum kurde et peurs turques)

 

 

Message à Erdogan
Le second objectif sous-jacent des déclarations du ministre syrien des Affaires étrangères est en rapport direct avec la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, qui a récemment répété qu'il « n'autorisera jamais » la création d'un État kurde dans le Nord syrien par le PYD. Ankara voit d'un mauvais œil les liens entre le PYD et l'YPG, d'une part, et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) turc, d'autre part, qu'elle considère, à l'instar de certains pays occidentaux, comme « organisation terroriste ». Affirmer que des négociations sont possibles en vue d'une autonomie des cantons kurdes en Syrie « vise à faire pression sur la Turquie », observe M. Tejel. Les deux pays entretiennent des relations houleuses alors qu'Ankara s'est montré tantôt conciliant, tantôt critique envers le régime de Bachar el-Assad.

L'ouverture de Damas en direction des Kurdes est donc aussi « une réponse au changement de politique d'Erdogan », vertement critique d'Assad, observe l'expert. Une autonomie du Kurdistan syrien inquiète Ankara alors que les Kurdes de Turquie représenteraient plus de 15 % de la population. De peur que les velléités autonomistes kurdes des pays voisins n'insufflent un mouvement similaire en Turquie, M. Erdogan n'a cessé de condamner le référendum kurde en Irak et de menacer de fermer la frontière entre son pays et l'Irak, par laquelle transite le pétrole en provenance du Kurdistan irakien.

 

 

 

Pour mémoire

Damas dénonce un référendum "inacceptable", insiste sur l'unité de l'Irak

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE MOU3ALLEM SOUFFLE LE CHAUD ET LE FROID... GARE AU MAUVAIS COMPTE !

Bery tus

Hehe toutes les milices ont commis des atrocités au Liban meme le hezb d'ailleurs bcp le hezb !! On oublié pas les colonels assassiner de l'armée libanaise a rayak et la guerre entre Amal et hezb !! Et surtout surtout selon leur dire ils doivent la décision de guerre ou de paix au waliyat el fakih of que les autres milices parmi elles les FL ne se réfèrent qu'au liban

Sarkis Serge Tateossian

Quoi qu'il en soit ...la position officielle de la Syrie concernant le Kurdistan, est dune grande maturité et finesse politique. Est ce un conseil de la Russie ? Possible et probable.

VITESSE DE CROISIÈRE

C'est pas parce qu'on a le support des usurpateurs de terre de Palestine usurpee qu'on se croit tout permis, et qu'on s'imagine pouvoir réussir son forfait .

Une certaine milice de chez nous en a fait les frais pendant la guerre civile de 75 .

LE régime du heros syrien Bashar sait faire dans la finesse et le doigté.

VITESSE DE CROISIÈRE

Cest au cas par cas , la difference entre ces regions est dans la cooperation quils auront avec les usurpateurs de terre Palestinienne .

Il vaudrait mieux s'en éloigner, l'histoire ne se tromper pas .

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