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Liban

Machnouk boycotte le voyage de Aoun pour protester contre l’entretien Bassil-Moallem

« Le ministre des Affaires étrangères est étranger aux affaires du Liban », déplore Marwan Hamadé.

25/09/2017

Le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, a décidé de se retirer de la délégation accompagnant le président Michel Aoun dans sa visite d'État ce lundi à Paris, afin de protester contre l'entretien qu'a eu la semaine dernière à New York son collègue des Affaires étrangères, Gebran Bassil, avec son homologue syrien, Walid Moallem.

Cet entretien libano-syrien survenait alors que la querelle autour d'éventuelles négociations avec le régime syrien autour du dossier des réfugiés continuait de battre son plein, sous l'effet du forcing exercé par le Hezbollah pour contraindre le gouvernement à aller dans ce sens.

Si les milieux proches du chef de la diplomatie tentent d'expliquer la rencontre de New York par la nécessité de résoudre le problème de la présence syrienne massive sur le territoire libanais, il reste que M. Bassil a décidé unilatéralement de s'entretenir avec son homologue syrien, sans en avertir le gouvernement dont le chef, Saad Hariri, ne reconnaît même pas le régime dirigé par Bachar el-Assad.

Partant, d'aucuns estiment que la rencontre entre les deux ministres est une nouvelle atteinte à la cohésion de l'équipe ministérielle, mais aussi et surtout au compromis politique élargi qui a donné le coup d'envoi à la présidence de Michel Aoun et a permis au cabinet Hariri de voir le jour.

C'est le cas du ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, qui a ouvertement accusé le chef de la diplomatie d' « attaquer politiquement la présidence du Conseil ». « Il s'agit d'une atteinte au compromis politique (conclu entre Michel Aoun et Saad Hariri en octobre 2016 pour mettre fin à la vacance présidentielle) et à la déclaration ministérielle qui stipule la distanciation du Liban (par rapport aux conflits des axes) », a renchéri le ministre de l'Intérieur qui s'exprimait lors d'une rencontre avec des habitants de Beyrouth.

Si Nouhad Machnouk a fait état de sa détermination à affronter toute atteinte au compromis présidentiel, il a adressé un sévère message à Michel Aoun, en se retirant de la délégation accompagnant le président de la République en France, à partir d'aujourd'hui, apprend-on de sources concordantes.

 

(Lire aussi : Mouallem à l'ONU : "La victoire est à portée de mains")

 

« Bassil devrait démissionner »
Mais à l'heure où les regards restent braqués sur le Conseil des ministres et les choix auxquels il pourrait recourir pour résoudre la question des contacts avec le régime syrien, le vice-président de la Chambre, Farid Makari, confie ne pas être « surpris » de ces derniers développements. Dans un entretien à L'Orient-Le Jour, M. Makari estime que le ministre de l'Intérieur « a très bien exprimé le sentiment général ». « La méthode de travail du chef de la diplomatie correspond à la logique du Hezbollah, dans la mesure où celui-ci se permet de prendre le Liban là où il ne voudrait pas », souligne le vice-président de la Chambre, avant de faire valoir que « normalement, le ministre des Affaires étrangères devrait exprimer l'opinion du gouvernement et non celui de son parti ». Farid Makari estime dès lors que l'entretien Bassil-Moallem est une « atteinte flagrante à la déclaration ministérielle et au compromis politique qui a mené Michel Aoun à Baabda ».
Interrogé sur les choix de Saad Hariri face à cette nouvelle crise dont risque de souffrir son cabinet, le vice-président de la Chambre affirme ne pas vouloir « engager » le Premier ministre, dont il se démarque depuis l'élection de M. Aoun à la tête de l'État. Il se contente donc de l'appeler à « ne pas laisser passer cette question ». Il estime, par contre, que « Gebran Bassil devrait démissionner ».

De même, le Parti socialiste progressiste a ouvertement stigmatisé l'entretien entre les deux homologues. Le chef du parti, Walid Joumblatt, a ainsi estimé que « la rencontre est une séance de spiritisme », alors que le ministre de l'Éducation, Marwan Hamadé, tirait à boulets rouges sur le ministre des Affaires étrangères, lui reprochant d'être « étranger aux affaires du Liban ». « Ce genre de comportement n'est certainement pas à même de souder la cohésion ministérielle », ajoute-t-il, dans une déclaration à L'OLJ, notant un point important : « Avec le retrait de Nouhad Machnouk de la délégation présidentielle en France, il s'agira du deuxième déplacement monochrome (après New York) du chef de l'État (sans musulmans) à l'heure où il plaide pour faire du Liban un centre international du dialogue des religions ».

 

(Lire aussi : Chéhayeb stigmatise l'entretien Bassil-Moallem)

 

« Les constantes » des FL
Du côté de Meerab, on se veut plus prudent, dans la mesure où les Forces libanaises semblent déterminées à ne pas secouer le gouvernement, conduit par leur allié traditionnel Saad Hariri, et encore moins le sexennat Aoun, auquel le parti a efficacement contribué. Mais en dépit de ce constat, la formation de Samir Geagea reste attachée à ses constantes, dont l'opposition catégorique au régime Assad. « Nous refusons toute relation avec Damas et toute rencontre avec ses dirigeants revêt un caractère strictement personnel », dit ainsi un cadre FL à L'OLJ, refusant de commenter aussi bien les propos du ministre de l'Intérieur que la réunion Bassil-Moallem. Il estime toutefois que « le ministre des AE s'efforce de rester au centre, tout en gravitant dans l'orbite du 8 Mars ».

Pour ce qui est des aounistes, et en dépit de toute la polémique suscitée dans la journée d'hier, ils sont confiants que la relation entre Michel Aoun et Saad Hariri est bonne. Ils en veulent pour preuve l'entente conclue entre les composantes du gouvernement pour éviter les disputes, malgré toutes les contradictions.
Interrogé par L'OLJ, Farid el-Khazen, député du Kesrouan, indique que la discussion entre MM. Bassil et Moallem a porté sur la question des réfugiés. « Il est dans l'intérêt du Liban de résoudre ce problème, à l'heure où la communauté internationale œuvre pour garder les réfugiés dans les pays d'asile », souligne-t-il, appelant le gouvernement à élaborer un plan permettant de mettre fin à ce fléau.

 

 

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Gebran Eid

OFFICIEUSEMENT LE PRÉSIDENT LIBANAIS ET SON GENDRE LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES SONT EN VOYAGE POUR REPRÉSENTER LE LIBAN. OFFICIELLEMENT ILS REPRÉSENTE LE HEZBOLLAH.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL A TRES BIEN FAIT YIA YAMOOOO YIA BASSILO !

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