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À La Une - Irak

Le référendum kurde, un projet de Massoud Barzani

Les détracteurs du président du Kurdistan irakien l'accusent de tenter avec ce scrutin un coup de poker pour rester au pouvoir.

Massoud Barzani, président du Kurdistan irakien, lors d'un meeting à Duhuk, en Irak, le 16 septembre 2017. REUTERS/Ari Jalal

Massoud Barzani, président du Kurdistan irakien, mène avec son référendum un nouveau bras de fer avec Bagdad, pour réaliser le rêve d'un Etat disent ses partisans, pour se maintenir au pouvoir assurent ses détracteurs alors qu'il fait face à une crise politique interne.

Ce Kurde de 71 ans, petit, rond, réservé et toujours vêtu de l'habit traditionnel, se veut le champion de la cause de sa communauté, n'hésitant pas à aller à contre-courant de la classe politique pour défendre ses revendications. Et cette fois-ci, il poursuit également son projet contre l'avis de Bagdad et de Washington mais aussi des deux imposants voisins turc et iranien.

A l'approche du référendum, il n'a cessé de répéter n'avoir "d'autre choix" face à "un Etat religieux et confessionnel" que celui du séparatisme pour préserver les droits des Kurdes, durement réprimés par le régime de Saddam Hussein, déchu en 2003 lors de l'invasion américaine de l'Irak.

Faute d'avoir trouvé un "partenaire" à Bagdad, "nous avons dû organiser ce référendum", plaide le premier et jusqu'ici unique président kurde, fils du chef historique des Kurdes, Moustapha Barzani, et patron du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) depuis la mort de son père en 1979.

Elu en 2005 lors d'un scrutin indirect, M. Barzani a ensuite été reconduit en 2009 avec près de 70% des voix pour ce premier scrutin au suffrage universel, obtenant un nouveau mandat de quatre ans. A l'expiration de cette période, le Parlement kurde a prolongé sa présidence de deux ans. Puis, face à la percée fulgurante des jihadistes en 2014, M. Barzani s'est maintenu à son poste.

Aujourd'hui, ses détracteurs l'accusent de tenter avec le référendum un coup de poker pour rester au pouvoir. Pour tous les Kurdes, un Etat indépendant à cheval sur l'Irak, l'Iran, la Syrie et la Turquie est un rêve qui ne peut être remis en cause. Mais pour beaucoup, le calendrier choisi pour le référendum d'indépendance n'est pas le bon.

 

(Lire aussi : En Irak comme en Syrie, péril en la demeure kurde)

 

"Servir Barzani"
La date a été fixée "de façon intentionnelle", souligne la chercheuse Denise Natali, de l'Institute for National Strategic Studies (INSS). Ce référendum intervient alors que "Massoud Barzani fait face à d'importantes crises internes et a besoin de faire authentifier son statut de leader nationaliste". "De toutes parts, on lui demande d'organiser l'élection de la présidence de l'autorité autonome et surtout de ne pas se présenter", ajoute Karim Pakzad, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

La division créée par ce référendum, entre Erbil, bastion pro-Barzani, et Souleimaniya, province voisine où ses rivaux sont les plus forts, illustrent les profonds clivages mis de côté par la priorité donnée à la lutte antijihadiste. Depuis deux ans pourtant, ces divisions empêchent le Parlement de se réunir. Avec leur campagne "Non au référendum", ces opposants de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani, de Goran et de la Jamaa islamiya ont montré leur force. Cette consultation "peut débloquer la crise politique interne au Kurdistan, ou au moins servir Massoud Barzani face aux contestataires, notamment Goran, influent dans la jeunesse kurde", affirme encore à l'AFP M. Pakzad.

La lutte antijihadiste qui lui a permis de mettre en avant les peshmergas -les combattants kurdes-, dont il a adopté l'habit, lui, l'ancien guerrier qui a passé sa jeunesse dans les montagnes à combattre les régimes successifs de Bagdad, touche à sa fin. Au terme de trois années de combat, les peshmergas ont grignoté du terrain dans le nord de l'Irak, aux abords de Mossoul et dans la province pétrolière de Kirkouk.

Le Kurdistan entend ne pas renoncer à ces territoires une fois la bataille finie, même s'ils ne sont pas dans les frontières officielles du Kurdistan irakien. Une position qui fait redouter des tensions avec Bagdad. Et le soutien indéfectible qu'il apporte aux peshmergas permettrait à M. Barzani de s'appuyer sur ce noyau d'armée dans un Kurdistan qui jouit d'une quasi autonomie depuis 1991, au cas où la "guerre civile" éclaterait en Irak, comme certains chefs militaires disent le redouter.

 

 

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Ce Kurde de 71 ans, petit, rond, réservé et toujours vêtu de l'habit traditionnel, se veut le champion de la cause...

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