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Économie

Stabilité financière : la BDL défend sa gestion

Liban

Dans une mise au point, la Banque centrale répond aux critiques visant notamment les opérations d'ingénieries financières lancées en 2016.

P.H.B. | OLJ
14/09/2017

Certains observateurs partagent depuis plusieurs mois leurs commentaires concernant la situation financière du pays du Cèdre, soulignant notamment les risques de la politique monétaire de la Banque du Liban. Une situation qui a poussé cette dernière, habituellement prudente face aux critiques, à sortir de sa réserve pour défendre sa gestion.

Dans sa ligne de mire : une analyse de l'économiste Toufic Gaspard, dans laquelle ce dernier souligne la probabilité que le Liban puisse se diriger « vers une grave crise financière qui mènera à une dévaluation de sa monnaie et à une déstabilisation de son secteur bancaire ». Rédigée pour la Fondation Konrad Adenauer – un think tank allemand – et éditée par le centre de documentation la Maison du futur, cette analyse articulée en cinq parties a été publié début septembre dans les colonnes du quotidien al-Akhbar – en deux fois.

M. Gaspard y expose les causes d'un scénario catastrophe en prenant à témoins une série d'indicateurs monétaires et bancaires. Il pointe notamment du doigt les taux d'intérêt « trop généreux » pratiqués par la BDL sur les dépôts des banques commerciales auprès d'elle, ainsi que les dégâts collatéraux subis par les banques et l'économie des suites de la politique monétaire menée. Dans sa mise au point, la BDL conteste plusieurs points de l'analyse de M. Gaspard en mettant en avant les effets vertueux de sa gestion. Contacté par L'Orient-Le Jour, M. Gaspard a de son côté affirmé qu'il allait prendre précisément connaissance du contenu du rapport de la BDL avant d'y répondre.

 

(Lire aussi : Salamé parmi les 8 meilleurs gouverneurs de banques centrales du monde)

 

Effets secondaires
La BDL revient également dans sa mise au point sur les opérations d'ingénierie financière qu'elle a menées au second semestre 2016. La Banque centrale avait ainsi cédé plus de 13 milliards de dollars de titres de dette publique en devises à des banques libanaises pour leur racheter en retour des obligations publiques en livres pour un montant équivalent, à taux d'escompte de 0 %. Cette opération lui avait permis d'augmenter ses réserves brutes en devises (à 34 milliards de dollars fin 2016, soit +11,1 %) et de permettre à la balance des paiements de réaliser un excédent de 1,24 milliard de dollars, après cinq ans de déficits successifs.
L'opération, qui avait également permis aux banques participantes d'engranger 5 milliards de dollars de revenus immédiats (selon la BDL), avait toutefois inquiété la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, notamment en raison de ses effets secondaires sur le plan financier – comme la très forte hausse de liquidités en livres libanaises des banques commerciales ou l'accroissement de leur exposition à la dette publique. Plusieurs sources bancaires anonymes ont confirmé ces derniers mois à L'Orient-Le Jour l'existence de ces effets, sans toutefois les identifier comme les signes d'une crise inévitable.

Une possibilité catégoriquement écartée par la BDL qui a notamment listé dans son droit de réponse plusieurs « résultats » atteints à travers ces opérations, comme notamment la consolidation du capital des banques pour leur permettre de se conformer à la norme comptable internationale IFRS 9 (à partir de 2018, NDLR), entre autres effets vertueux.

 

(Pour mémoire : Pourquoi le nouveau mandat de Salamé rassure les marchés ?)

 

La BDL a en outre estimé dans sa mise au point que « les indicateurs économiques actuels mettent en exergue la stabilité financière » du pays relevant que la croissance devrait atteindre 2,5 % en 2017. Elle a aussi soutenu que ses « réserves nettes » en devises étaient « suffisantes » pour « garantir la stabilité de la livre libanaise et la stabilité financière en général ». La BDL a enfin rappelé que le FMI avait dressé un bilan positif de son action lors de ses dernières consultations annuelles au Liban, fin 2016. Selon les auteurs du rapport, le FMI avait notamment « salué la BDL qui a pu maintenir ses réserves » en devises, après avoir « félicité » les autorités du pays pour avoir réussi à « préserver la stabilité macroéconomique et à maintenir la confiance dans une conjoncture extrêmement difficile ».

Il reste que la situation financière du Liban est encore jugée comme relativement stable par les principales agences de notation, comme en témoignent leurs dernières évaluations. Ainsi, Fitch et Standard & Poor's ont annoncé début septembre leur décision de maintenir leurs notations respectives du pays du Cèdre à B- avec une perspective « stable ». Une semaine plus tôt, Moody's avait décidé d'abaisser d'un cran la note souveraine de la dette libanaise, de B2 à B3 – un niveau qui correspond à un B- pour Fitch et Moody's – tout en relevant sa perspective de « négative » à « stable ». Les trois agences ont néanmoins toutes fait part de leur préoccupation à l'égard du niveau de la dette publique, tout comme le FMI (voir encadré).

 

 

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