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Aux Philippines, le budget des droits de l'Homme révisé à... 20 dollars

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"Cela nous place sur une trajectoire directe vers la dictature", dénonce le chef du Parti libéral, principal mouvement de l'opposition.

 

OLJ/AFP
13/09/2017

Les parlementaires philippins ont voté pour priver la Commission des droits de l'homme de son budget et fait un premier pas pour destituer la cheffe de la Cour suprême, faisant dire aux détracteurs de Rodrigo Duterte que l'archipel glisse vers la dictature. Ces deux votes à la Chambre des représentants montrent aux yeux de ses critiques que le président est en train de museler toute opposition à sa guerre controversée contre la drogue. Celle-ci s'est traduite par la mort de milliers de personnes et les défenseurs des droits jugent qu'il s'agit peut-être d'un crime contre l'Humanité.

 

Les parlementaires philippins ont ainsi voté une réduction drastique du budget de la Commission des droits de l'Homme qui enquête sur la guerre controversée contre la drogue du président Duterte, ont annoncé mercredi les autorités. La Chambre a décidé de ramener les fonds alloués à la Commission des droits de l'Homme à 1 000 pesos (16 euros, 20 dollars), dans le projet de budget 2018 de 3 800 milliards de pesos qui a été voté en deuxième lecture mardi soir.

M. Duterte a lui-même lié cette décision à l'enquête menée par la Commission des droits de l'Homme sur les morts de la guerre antidrogue et les critiques émises sur le sujet par son président, Jose Gascon.
"Il n'a que ce qu'il mérite", a-t-il lancé à la presse. "Ils lui ont donné 1 000 pesos seulement parce que le Congrès est en colère".

"Cela nous place sur une trajectoire directe vers la dictature", a dénoncé dans un communiqué le sénateur Francis Pangilinan, chef du Parti libéral, principal mouvement de l'opposition.

 

La Commission des droits de l'Homme est l'un des organes indépendants inscrits dans la Constitution pour surveiller le travail de l'exécutif. Elle enquête notamment sur quelques-uns des 3 800 décès de toxicomanes ou trafiquants de drogue présumés abattus par la police et les forces de sécurité dans des opérations "légitimes" selon ces dernières.

Cette "guerre contre la drogue" a déclenché une importante vague de violences dans le pays, qui a été marquée par la mort dans des circonstances inexpliquées de milliers d'autres personnes. Les organisations de défense des droits de l'Homme accusent les autorités de laisser des milices faire leur basse besogne, ce que le gouvernement dément. Rodrigo Duterte a été élu en 2016 en promettant d'éradiquer le trafic de drogue, quitte à tuer des dizaines de milliers de toxicomanes.

 

(Pour mémoire : La France réplique à Duterte sur les droits de l'homme)

 

Le budget doit encore être voté par le Sénat, et M. Pangilinan a promis une très forte opposition à cette loi à la chambre haute. "Nous ne permettrons pas que cela passe au Sénat, même si cela signifie que le budget 2018 n'est pas voté", a-t-il dit. La chambre haute est également dominée par les alliés du président, mais elle s'est montrée plus indépendante que la chambre basse et pourrait prendre le contre-pied des deux votes.

Le sénateur indépendant Panfilo Lacson, un ancien commandant de police, a indiqué dans une interview à la radio DZMM que la version préliminaire du budget préparée par le Sénat préconisait une allocation de 678 millions de pesos à la Commission des droits de l'Homme. Si les deux chambres diffèrent sur leurs versions du budget, elles doivent se réunir pour rédiger une version commune qui est ensuite soumise au vote des deux chambres, avant d'être signée ou censurée par le président.

 

Vote en faveur de la destitution de la présidente de la Cour suprême
Autre garde-fou constitutionnel, la Cour suprême est également dans la ligne de mire du pouvoir.

Les alliés du président à la Commission de la justice de la chambre basse ont en effet voté en faveur de la destitution de la présidente de cette juridiction, Maria Lourdes Sereno, jugeant que des accusations de corruption portées contre elle n'étaient pas sans fondement. Mme Sereno est une autre personnalité qui s'est montrée critique envers la campagne antidrogue. L'année dernière, elle avait écrit au président pour s'inquiéter du fait qu'il avait publiquement accusé sept juges, désignés nommément, d'être mêlés au trafic de drogue. M. Duterte avait répliqué en menaçant de décréter la loi martiale.

Si la Chambre des représentants votait la motion de la commission de la justice en assemblée plénière, le Sénat aurait alors à se réunir pour examiner la destitution de Mme Sereno.

"Nous considérons ceci comme une tentative de harcèlement et d'intimidation de la Cour suprême", a déclaré à l'AFP Teodoro Casino, ancien représentant issu du parti de gauche Bayan Muna. "Les institutions conçues pour être les organes de surveillance du gouvernement, particulièrement en matière de droits de l'Homme, sont attaqués et affaiblis".


L'une des principales opposantes du président, la sénatrice Leïla de Lima, avait été arrêtée en février pour des raisons qualifiées de "politiques" par une résolution du Parlement européen. Cette ancienne ministre considérée par l'ONG Amnesty International comme une prisonnière d'opinion était auparavant présidente de la Commission des droits de l'homme. Au cours du week-end, M. Duterte a également promis de "détruire" un autre de ses opposants, le sénateur Antonio Trillanes, grand pourfendeur de la guerre antidrogue.

 

 

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